‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 85 sur 313 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Des guerriers castillans le glaive redouté

A fait trembler le Maure en son dernier asile;

Le Maure, dépouillant un orgueil inutile,

Courbe aux pieds du vainqueur son front épouvanté.

Gonzalvc a triomphé du fier Abcncérage,

Et, libre enfin après sept cents ans de combats,

L'Espagnol a vu fuir ces farouches soldats

Qui des bords de la mer jusqu'aux rives du Tage

Naguère allaient porter le deuil et le trépas.

Tandis que les chrétiens de la cité déserte

Inondaient les tristes remparts, La plaine d'alentour apparaissait couverte D'une foule d'enfants, de femmes, de vieillards :

Des pleurs arrosaient leur visage ; Vers la belle Grenade ils tournaient leurs regards , Et leurs pas. se pressaient vers le lointain rivage.

Seul et désespéré, le rejeton des rois

Oui fit trembler trois ans ce peuple sous ses lois,

Le jeune Boabdil, abreuvé d'infamie,

Errant, abandonnait son trône et sa patrie.

La rage dans le cœur et les larmes aux yeux ,

Il prononça, dit-on, ces funèbres adieux :

Adieu, ville des rois, demeure glorieuse,

Adieu, magnifique cité, Superbes minarets, terre délicieuse ,

Alhambra, séjour enchanté!

Merveilleux Alhambra, palais aux cent portiques,

Brillant asile des plaisirs , Que j'aimais, égaré sous tes voûtes antiques,

Rêver de nobles souvenirs !

Qu'ils étaient beaux ces jours de bonheur et d'ivresse , Où, ceint de mes guerriers vainqueurs dans les combats , J'entendais retentir les clameurs d'allégresse, D'un peuple qui baisait les traces de mes pas !

Les princes de l'Afrique enviaient ma puissance; Et quittant sans regret leurs sauvages déserts , Pour admirer ma gloire et ma magnificence, On les vit traverser les sables et les mers.

Dans mes porfs, sur les eaux, j'avais mille corsaires; Mon sérail était plein de belles prisonnières; L'Orient m'envoyait des parfums et de l'or; Les rançons des chrétiens remplissaient mon trésor, Et mes jours s'écoulaient ainsi qu'un fleuve immense Qui, dans un beau vallon couronné d'abondance, Roule paisiblement ses flots voluptueux... Insensé que j'étais! je me croyais heureux.

J'ai péché.., La tempête

S'entasse sur la tête

Du plus heureux des rois.

Voici venir la foudre

Qui va réduire en poudre

Ma gloire et mes exploits.

Mahomet abandonne

Ses fidèles élus,

Allah ne sera plus

L'appui de ma couronne;

En vain fume l'encens;

Allah dans sa colère

Rejette la prière

De ses tristes enfants , Et dans les mains des mécréants Lui-même a remis son tonnerre.

Allez, ô vil troupeau dont je fus le pasteur! Insensible à la gloire, insensible au malheur, Allez mourir esclave aux rives étrangères. Cherchez loin de Grenade un moins fatal destin, Heureux de retrouver sur le sol africain Un asile assuré, des amis et des frères.

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