‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 86 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Moi, jadis votre roi, j'irai dans les déserts,

J'irai cacher ma honte et pleurer mes revers.

On ne me verra point mendier un asile

Dans des lieux où jadis on redoutait mon nom.

Je veux seul, toujours seul , disputer au lion

Son repaire inconnu, son empire stérile.

Je ne vous verrai plus, bords charmants du Xénil,

Bords charmants, beaux vallons où je régnais naguère;

Théâtres passagers de ma gloire éphémère,

Adieu, souvenez-vous du jeune Boabdil.

Adieu, ville des rois, demeure glorieuse;

Je mourrai loin de toi , je mourrai dans l'exil ;

Adieu, bel Alhambra, terre délicieuse !

Adieu, souvenez-vous du jeune Boabdil.

Il dit, et par trois fois roula dans la poussière

Son front où s'asseyait l'orgueil; Trois fois il déchira ses vêtements de deuil , Et d'inutiles pleurs mouillèrent sa paupière '.

Nous trouvons encore dans le même recueil un dithyrambe sur le génie de Carthage , puis une pièce de "vers d'une assez longue étendue, intitulée : Agar, ou la Prophétie accomplie. Nous citerons seulement le chant de guerre adressé aux Français, contre les Algériens, comme la contre-partie du morceau précédent :

Français, assez longtemps tous vos foudres de guerre Sont restés assoupis dans le sein de la paix; Levez-vous, il est temps de montrer à la terre Que vous êtes toujours Français.

1 Abeille française , t. V, liv. XX.V (janvier 1830), p. 851.

Détachez ces fusils suspendus aux murailles, Et ces sabres rouilles dans leurs fourreaux poudreux. Oh! comme j'aime à voir le drapeau des batailles Se déployer devant nos preux !

Courage, vieux guerriers, vos têtes vénérables S'ombrageront encor du casque des combats ; Vous pourrez ceindre encor ces glaives redoutables , Ces glaives dont s'armaient vos bras.

Et vous, venez aussi, jeunesse florissante, Le laurier croît toujours dans le champ de l'honneur. Courage, il reste encore une palme brillante Pour parer votre front vainqueur.

La gloire vous appelle aux terres étrangères; Peuple de saint Louis, levez-vous, armez-vous : C'est la perfide Alger, la ville des corsaires, Qu'il faut écraser sous vos coups.

Les voyez-vous , gorgés des richesses du monde , Engraissés de rapine, ils désirent encor; Et leurs légers vaisseaux vont attendre sur l'onde Nos riches vaisseaux chargés d'or.

Un peuple de forbans dans sa coupable ivresse Dévore nos trésors entassés dans sa main : Un peuple de forbans s'abreuve d'allégresse, Et des Français manquent de pain!

Et depuis trois cents ans nos princes tributaires, Se courbant lentement aux pieds de ces tyrans, Rachètent à grand prix de la main des corsaires La liberté de nos marchands.

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