‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 88 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le Ciel entre vos mains a remis son tonnerre; Devant vous marchera l'ange exterminateur; Et Dieu fera pleuvoir les traits de sa colère Sur le peuple blasphémateur.

Vous allez immoler la sanglante victime; Le sacrifice est prêt, vous allez l'accomplir; Vous montrerez qu'il est un Dieu vengeur du crime, Et des Français pour le servir.

Votre Dieu vous appelle aux terres étrangères; Peuple de saint Louis, levez-vous, armez -vous; Et la perfide Alger, la ville des corsaires, Alger va tomber sous vos coups l.

Nous terminerons ces différentes citations par la pièce de vers suivante qu'il adressa à son père, pour le 1er janvier 1831 :

La nouvelle année.

Ainsi le voyageur au bord de la rivière Dépose son bâton et s'assied sur la pierre , Et le front incliné vers l'onde qui s'enfuit, D'un regard de ses yeux l'accompagne et la suit.

Ainsi, lorsque, entraînant nos faibles destinées, S'écoulent flot à flot les jours et les années , Pour regarder passer le rapide courant, Je m'assieds sur le bord et je rêve un instant.

Adieu, vous qui fuyez d'une fuite infinie, Premiers ans de bonheur, premiers ans de ma vie, Tels que de vieux amis qui s'en vont pour jamais , Recevez en partant quelques mots de regrets.

1 Abeille française, t. V, liv. XXIX (mai 1830), p. 415.

Avec vous s'en iront vos plaisirs et vos fêtes, Vous effeuillez les fleurs dont se paraient vos têtes, Vous emporterez tout, tout jusqu'à la douleur; Mais vous n'emportez pas la mémoire du cœur.

La mémoire d'un fils, elle est longue et sincère; Le plus profond de Fâme en est le sanctuaire. En vain le temps s'écoule, elle brave son cours; Les ans peuvent passer, elle reste toujours.

Et toi, bénis sois-tu, nouvel an qui t'avances, Qui t'avances chargé de vœux et d'espérances. Viens-tu faire lever sur les pauvres humains Un soleil plus brillant et des jours plus sereins?

Écoute ma parole, ohi'donne, je t'en prie, Le bonheur et la paix à ma belle patrie, Rapproche les esprits, étouffe dans les bras Le démon renaissant du sang et des combats.

A ceux dont je tiens tout, dont la sage tendresse Entoura mon enfance, entoura ma jeunesse, Donne-leur un bon vent pour les conduire au port, Et remplis- leur de miel la coupe jusqu'au bord.

Donne à moi, leur enfant, la force et la lumière Pour fournir sans tomber une longue carrière. Fais-moi porter des fruits que je puisse à. mon tour Leur offrir pour payer un peu de mon amour.

Nous ne croyons pas avoir trop insisté sur ces premiers essais, sur ces bégaiements du génie. Nous voulions montrer ce qu'Ozanam faisait à dix-sept ans. Déjà on y voit le germe de toutes ces qualités éminentes qui s'épanouirent et se développèrent bien autrement plus tard sous la parole du professeur et sous Ja plume de l'écrivain. Pensées profondes, philosophiques, style

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