‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 89 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

toujours coloré d'images vives et saisissantes, souvent énergique et concis; sans autre prétention que celle d'exprimer ses idées telles qu'il les a conçues et qu'il les sent lui-même, el de communiquer à ceux qui le lisent ou qui l'entendent, l'enthousiasme dont la sincécérité de ses convictions l'anime presque habituellement. Enfin, par-dessus tout, la défense de sa foi et de sa patrie qui le préoccupe sans cesse et lui inspire, dès l'âge de quinze ans, le plan de l'ouvrage dont nous avons parlé, défense au service de laquelle il a voué son talent et sa vie. C'est là qu'Ozanam est tout entier, tel qu'il s'est montré depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à son dernier soupir, sans se démentir un seul instant.

11 n'avait que dix-sept à dix-huit ans, et déjà il marchait clans les rues d'un air distrait, feuilletant souvent un vieux livre qu'il parcourait avec une avidité dévorante ; absorbé dans les pensées qui l'occupaient , souvent il heurtait, sans le savoir, les personnes qui se rencontraient sur son passage. Au reste , il avait la vue très basse, ce qui contribuait singulièrement à multiplier ces petites mésaventures , dont il s'empressait de s'excuser avec beaucoup d'humilité. Ce fut une habitude de toute sa vie ; son ardeur pour l'étude , et l'économie avare de son temps, en étaient les principaux motifs.

Vers cette époque, c'est-à-dire à la fin de 1830 , les saint -simoniens envoyèrent à Lyon quelques-uns de leurs prédicateurs. Ces hommes ne manquaient point de talent : ils ne se contentaient pas d'exposer leur nouvelle doctrine de vive voix, ils avaient des livres tels que Y Exposition de la doctrine de Saint-Simon, — Ta-

bleau de la religion saint - simonienne , — Nouveau Christianisme. Ils avaient comme moyen de publicité des revues et des journaux : le Précurseur, le Globe. Néanmoins ils firent bien peu de prosélytes dans une ville aussi solidement chrétienne que Lyon , comme l'écrivait Ozanam à deux de ses amis : « Le saint- si monisme, leur disait-il, ne prend point ici, et l'on n'en pense généralement pas d'une manière favorable '. » Nous nous rappelons fort bien les avoir vus avec leur uniforme assez prétentieux , parcourant les rues de la ville, attelés quelquefois à une charrette à bras, faisant eux-mêmes leur déménagement, tandis que les gens du peuple les regardaient en pitié , et répétaient avec malice le fameux principe de ces sectaires : à chacun selon sa capacité. Comment de pareils apôtres auraient-ils pu ébranler à Lyon la foi que saint Pothin et saint Irénée étaient venus y implanter au prix de leur vie, et que quatre -vingt mille martyrs avaient scellée de leur sang? Aussi, le bon sens populaire et le ridicule ne tardèrent pas à faire justice de la nouvelle doctrine.

Toutefois , les beaux discours et les écrits de ces novateurs avaient attiré l'attention de quelques curieux, et causé une certaine émotion dans les esprits légers ou peu éclairés. Leurs doctrines si favorables aux passions, devenaient facilement l'objet des conversations. Ozanam fut souvent pris à partie par les jeunes gens avec lesquels ses travaux le mettaient en rapport, et brisa plus d'une lance avec eux. La fierté de sa foi était profondément blessée des sarcasmes qui venaient si souvent frap-

1 Œuvres complètes d'Ozanam. Lettres, t. I, p. lu.

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