CHAPITRE III
per son oreille. Il rougissait d'entendre un ennemi aussi méprisable parler si haut. D'autre part, il voyait l'âme de plusieurs s'ouvrir au doute. Il ne put plus se contenir, et, malgré son extrême jeunesse, il n'hésita pas à descendre dans la lice , pour défier des adversaires d'une habileté reconnue , et rompus depuis longtemps à ce genre de controverse.
Il commença par faire insérer dans leur Journal, le Précurseur, n° 11 et n° 14, quelques articles d'une dialectique tellement serrée , qu'après avoir promis de répondre, messieurs les saint -simoniens trouvèrent plus prudent de se taire. Le Globe avait fait la même promesse, qu'il se garda bien aussi de tenir.
Ozanam, cependant, ne s'en tint pas là; il ne faisait rien à demi. « L'a peu près, disait-il plus tard, ne devrait jamais satisfaire une conscience chrétienne, quand il s'agit de défendre la vérité. » C'était déjà sa devise , ce fut la règle de toute sa vie. Il entreprit donc une réfutation sérieuse et méthodique de la nouvelle religion. Il l'intitula : Réflexions sur la doctrine de Saint- Simon. C'était une brochure d'une centaine de pages, qu'il publia en avril 1831. 11 le dit lui-même, les articles qu'il avait lancés dans le Précurseur n'étaient que le germe de ces réflexions. Nous indiquerons brièvement le plan de cet opuscule et la nature de ses preuves; quelques courtes citations feront juger de l'élévation et de la vigueur qui caractérisaient déjà son style. On verra qu'il commence, dès son premier essai, par appliquer la méthode qu'il suivra constamment plus tard dans ses œuvres les plus sérieuses et les plus importantes.
L'histoire sera le trésor inépuisable où il cherchera toujours ses meilleures preuves. Il discute les faits. A force de recherches scrupuleuses et sincères , il les dépouille des nuages ou des fables dont la mauvaise foi se plaît trop souvent à les envelopper, et il en fait jaillir la vérité.
Il examine d'abord le système historique ou critique qui sert de base à la doctrine de Saint-Simon, puis il jette dans le creuset son système dogmatique et organique.
Il débute , dans sa première partie , en donnant l'appréciation du christianisme par Saint-Simon, avec les paroles mêmes de ses apôtres. Il lui oppose aussitôt l'exposition abrégée, mais d'une lucidité parfaite, de la foi catholique, indiquant les sources où il l'a puisée : le livre des Proverbes et Y Ecclésiastique , Y Evangile selon saint Jean, les épîtres de saint Paul ; saint Justin, Apologie; saint Clément, Stromates; Origène , Contre Celse ; saint Augustin, De quanti tate animas, etc.; Fénelon, Existence de Dieu ; Bossuet Connaissance de Dieu et de soi même, etc.
Quelque concluant que fût ce parallèle, ce n'était qu'un préambule ; il voulait traiter la question d'une manière plus sérieuse. Suivons-le dans cette lutte brillante , heureux présage des succès éclatants qu'il obtint pendant tout le reste de sa trop courte carrière.
1° La doctrine saint-simonienne invoquait l'histoire, pour prouver que la religion primitive de l'homme était un fétichisme grossier. Ozanam ouvre l'histoire à son tour, et répond aux assertions vagues et gratuites de ses adversaires par des faits positifs et des citations