CHAPITRE III
nombreuses d'auteurs célèbres. Il démontre jusqu'à l'évidence, parles autorités les plus respectables, que le monothéisme pur, c'est-à-dire une sorte de christianisme primitif, a été, contrairement aux enseignements de Saint-Simon, la religion originelle dé l'humanité, et que le peuple juif seul la conserva dans toute son orthodoxie première, parce que, seul, il fut le gardien fidèle des traditions du genre humain.
2° Notre jeune controversiste prend ensuite la défense du christianisme , que les apôtres de la nouvelle doctrine « regardent comme usé, et tombant en ruines, ne répondant plus aux besoins de l'homme, méconnaissant les nécessités physiques en jetant l'anathème sur la chair, et par conséquent sur l'industrie...; condamnant à l'oubli les sciences, les arts et la vie sociale ; absorbant toutes les facultés de l'homme dans la contemplation de mystères surannés et d'un culte ridicule. La raison, ajoutaient -ils, a jugé la loi qui lui était imposée, elle l'a trouvée trop lourde... ' »
A ces accusations banales , vides de sens, à ces affirmations sans preuves , Ozanam répond par une dialectique serrée, accable ses contradicteurs sous le poids de témoignages historiques multipliés et écrasants. Il développe la doctrine évangélique, cite à l'appui le langage des Pères, celui des conciles, comme aurait pu le faire un théologien consommé. Ses nombreuses lectures lui fournissent ensuite une page entière des noms les plus illustres de religieux , de prêtres , d'hommes pleins de foi et de
1 Doctrine de Saint-Simon. Exposition, lre année, séances 5, 13, 14, 15, etc. Enseignement central, p. 19, 24. Le Globe, passim. Le Précurseur, 6 et 10 mai.
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savoir auxquels les sciences, les arts et l'industrie doivent leurs plus éclatants succès. Tous ces développements sont exposés avec une conviction, un enthousiasme, une sainte fierté qui donnent à son style une éloquence, une vie, une force irrésistible.
3° Les disciples de Saint-Simon avaient appelé au secours de leur cause X époque actuelle: « Les croyances, disaient-ils, vont s'affaiblissant de jour en jour; le temps vient où il n'y aura plus de foi dans le monde. Le protestantisme et la philosophie ont enlevé à l'Église sa vieille autorité. Les catholiques sont obligés de reconnaître qu'ils ont ignoré la perfectibilité humaine... » Ozanam les suit sur ce nouveau terrain. Après des considérations philosophiques très élevées, opposant aux vues étroites de ses adversaires un large et judicieux examen de l'état actuel du catholicisme dans le monde entier, il en vient aux chiffres des statistiques, et prouve d'une manière irréfutable que, depuis Luther, le nombre des catholiques, bien loin d'être diminué, s'est accru de trente-cinq millions.
11 y a trente -sept ans qu'Ozanam adressa cette réponse aux saint-simoniens ; il pourrait aujourd'hui leur parler d'une manière bien autrement concluante. Depuis cette époque, en effet, le catholicisme a marché comme un géant. En Amérique, en Angleterre, en Hollande, au pôle nord, en Océanie, en Afrique, en Chine et en Cochinchine ses progrès sont incalculables. De nos jours, surtout, nous assistons àl'un des plus beaux spectacles qu'ait jamais offerts le christianisme. Blessé au cœur par les attaques dirigées contre le saint- siège, nous voyons le monde catholique tout entier s'émou-