CHAPITRE III
j'ai jeté le germe de l'idée qui doit occuper notre vie '. »
Voici l'éloge que M. J.-.I. Ampère, de l'Académie française, fait lui-même de cet opuscule dans la notice biographique qu'il écrivit sur Frédéric Ozanam : « A peine âg'é de dix-huit aus, il fut en état de publier une brochure contre le saint-simonisme , écrit où l'on sent la jeunesse de l'auteur, mais qui néanmoins mérite d'être cité à cause du sentiment sincère et courageux qui poussait un jeune homme inconnu à entrer en lice contre une secte qui renfermait des hommes de talent, et dont les prédications avaient eu un certain succès. Cel écrit est encore remarquable en ce qu'on y trouve déjà en germe la plupart des qualités qui .se sont depuis développées chez Ozanam : un goût vif, bien que novice encore, pour l'érudition puisée aux sources les plus variées, de la chaleur, de l'élan, et, avec une conviction très arrêtée sur les choses, une grande modération envers les personnes. J'aime à y signaler cette libéralité de \ lies qui lui faisait reconnaître des sympathies même hors du camp pour lequel il combattait, et honorer généreusement, par exemple,, dans ce livre, catholique s'il en fut, les luttes que la philosophie spiritualiste soutenait contre le matérialisme. »
Nous partageons complètement les jugements de l'illustre académicien. Nous respectons assurément les motifs de la délicatesse qui ont fait regretter à quelques-uns des biographes d'Ozanam , de retrouver dans ses œuvres complètes les Réflexions sur la doctrine de
1 Lettres, \. I, p. 21.
Saint-Simon, et quelques autres opuscules de sa jeunesse. Au point de vue du style et de certaines citations, d'une application un peu hasardée , ils ont assurément raison. La disparate entre ces premiers essais du débutant et ce qui est sorti de la plume du professeur consommé, est sans doute on ne peut plus frappante; mais plusieurs seront heureux de trouver le prélude de ses grands travaux, de constater ainsi par eux-mêmes les pas de géant qu'il fit dans la carrière des lettres, et les immenses progrès que l'on peut réaliser par des études sérieuses et opiniâtres.
Quant à nous , notre rôle d'historien nous faisait un devoir de signaler à nos lecteurs ce premier combat d'Ozanam contre l'erreur. Le zèle, l'ardeur, la vivacité de la foi qu'il y a déployée, nous le font connaître , dès sa jeunesse, tel qu'il fut pendant tout le reste de sa vie.
Toutefois, malgré l'orthodoxie incontestable des moyens qu'il emploie dans cet écrit pour la défense de sa cause , nous sommes obligé de convenir qu'il exagère souvent les pensées généreuses et le spiritualisme de son époque , et qu'il prend presque pour des réalités des espérances bien lointaines encore. L'ardeur de ses désirs lui créait sans doute ces douces illusions, bien pardonnables à son âge, d'autant plus qu'elles révélaient un cœur passionnément chrétien.