‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 94 sur 313 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ozanam étudiant en droit à Paris.

De 1831 à 1833.

Ozanam n'était encore que dans sa dix-neuvième année, lorsque arriva pour lui le triste moment où il allait qtritter poUr la première fois le toit paternel, le centre et l'aliment de toutes ses affections, le foyer de sa piété et de sa vertu. La tendresse extraordinaire qu'il avait pour sa famille, et la défiance extrême de sa faiblesse, qui donna toujours à son caractère une teinte mélancolique, peuvent nous aider à comprendre ce que son cœur dut souffrir en se séparant des siens, pour aller à Paris commencer ses études à l'École de droit.

Le fragment suivant de l'une des premières lettres qu'il écrivit à sa mère , après son arrivée dans la capitale , nous peint toutes les tristesses de son âme ; la date est du 7 novembre 1831 : « Ma gaieté passagère, écrit-il, a totalement fait naufrage ; à présent que me voilà tout seul, sans distraction, sans consolation extérieure, je commence à sentir toute la tristesse, tout le vide de ma position. Moi, si habitué aux causeries familières,

qui trouvais tant de plaisir et de douceur à revoir chaque jour, réunis autour de moi, tous ceux qui me sont chers, qui avais tant besoin de conseils et d'encouragements , me voilà jeté, sans appui, sans point de ralliement, dans cette capitale de l'égoïsme, dans ce tourbillon des passions et d'erreurs humaines. Qui se met en peine de moi? Les jeunes gens de ma connaissance sont trop éloignés de mon domicile, pour que je puisse les voir souvent. Je n'ai, pour épancher mon âme, que vous et le bon Dieu. Mais ces deux-là en valent bien d'autres1. »

En arrivant à Paris, Ozanam se logea dans une modeste chambre garnie, et prit ses repas dans une de ces rares pensions où l'on observe fidèlement les abstinences prescrites par l'Église.

Ces arrangements étaient pris à peine depuis quelques jours , lorsqu'il alla rendre une visite d'honnêteté à M. Ampère , membre de l'Institut, qu'il avait vu à Lyon avec M. Périsse. Après lui avoir fait un accueil très cordial, l'illustre physicien lui adressa quelques questions sur sa situation à Paris, sur le prix de sa pension. Puis, se levant tout à coup, il le conduisit dans une chambre très agréable, occupée jusqu'alors par son fils, et là : « Je vous offre, lui dit-il, la table et le logement chez moi , au même prix que dans votre pension ; vos goûts et vos sentiments sont analogues aux miens , je serai bien aise d'avoir l'occasion de causer avec vous. Yous ferez connaissance avec mon fils, qui s'est occupé de littérature allemande ; sa bibliothèque sera à votre

Lettres de Frédéric Ozanam, t. I, p. 23.

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