‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 98 sur 313 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la rendant affectueuse, et lui fait des clients qui n'ambitionnent que d'aimer ce qu'ils admirent '. »

•Nous avons été souvent l'heureux témoin de l'exercice de ce zèle et de cette charité vraiment apostolique d'Ozanam. Nous dirons même que ce dévouement exerça plus d'une fois notre patience, étantobligé, par le respect qu'il nous imposait, d'attendre pendant de longues heures quelques moments d'entretien que nous désirions avoir avec notre bien-aimé frère.

Tout en travaillant consciencieusement à l'étude du droit, il savait trouver du temps pour une foule d'autres occupations. Le commerce des hommes éminents dont la maison de M. Ampère était le rendez -vous, les bibliothèques qui lui étaient ouvertes, et surtout celle de l'Institut que son aimable protecteur lui avait rendue accessible , toutes les fois qu'il voulait y aller : en fallait-il davantage pour attiser en quelque sorte l'ardeur du savoir qui le dévorait ?

C'est ainsi qu'il continua l'étude de l'hébreu et du sanscrit commencée à Lyon ; qu'il traduisit de l'allemand un opuscule curieux de Bergmann sur la religion du Thibet, et un livre thibétain dont le même auteur avait fait la version en allemand. C'était une Genèse , un système cosmogonique , où sont fortement empreintes les traces de la révélation.

Il lisait avec plaisir les ouvrages de M. Ballanche, quoiqu'il y eût reconnu un certain nombre d'erreurs sur la philosophie de l'histoire ; mais les grandes idées qu'y développe l'éminent écrivain le ravissaient. Il ne

1 Frédéric Ozanam, par le P. Lacordaire , note biographique, p. 23.

pouvait surtout parler de la Vision cVHébal sans manifester le plus vif enthousiasme. M. Ballanche était son compatriote, il avait fait sa connaissance chez M. Ainpère; sa douceur et sa modestie l'avaient séduit au moins autant que son talent.

Ozanam suivait encore des cours : celui d'économie politique de M. Decoux, plein de profondeur et d'intérêt, de vérité et de vie. On y voyait un homme qui avait une grande connaissance de la plaie qui ronge la société, et du remède qui seul peut la guérir.

Un travail aussi continu ne semblait compatible qu'avec une vie solitaire. Il n'en était rien, pourtant. Malgré son air pensif efe distrait, malgré son humeur mélancolique, qui était le fruit de sa constante application aux études les plus sérieuses, de ses découragements et de sa conscience trop souvent inquiète, Ozanam fut le condisciple le plus aimable ; des saillies spirituelles et pleines de gaieté assaisonnaient fréquemment ses conversations, comme il est facile de le voir dans plusieurs de ses lettres. Il avait même horreur de la solitude complète, et il disait en plaisantant, « qu'il n'avait pas de plus mauvaise société que lui-même. »

Toutefois, le charme de son commerce ne se bornait pas à quelques bons mots ; il était plein de charité pour ses amis. Pendant le choléra de 1832 , il se montra admirable de dévouement pour ceux d'entre eux qui avaient été atteints par le fléau. L'abbé Duchesne, l'ancien curé de Notre-Dame-des-Champs , mort aujourd'hui, fut de ce nombre. Il nous a raconté qu'étant fort malade, Ozanam, qui lui faisait de fréquentes visites, lui apporta quelques volumes pour le distraire. C'é-

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