CHAPITRE IV 1 /.'i
tait les trois pestes les plus célébrées par la littérature : Thucydide et la pesta sous Périclès; plus celle de Lucrèce et celle de Milan, dans les Fiancés de Manzoni.
A 1 époque où l'épidémie exerçait ses plus grands ravages, où il mourait jusqu'à treize cents personnes par jour, il resta sur la brèche , alors que tout le inonde fuyait, et il écrivit à sa mère fort inquiète une lettre des plus touchantes , qui malheureusement n'est pas parvenue jusqu'à nous, mais que cette excellente mère lisait à toutes ses amies avec des larmes d'un indicible attendrissement. Il s'efforçait de la rassurer sur son propre sort, en lui disant que le fléau, qui avait envahi avec une sorte de fureur la rue qu'il habitait, avait néanmoins respecté tout le côté où se trouvait la maison de M. Ampère avec lequel il demeurait encore. Puis il ajoutait ces paroles du xce psaume que l'on récite à Compiles : « Mille tomberont à votre gauche, et dix mille à votre droite ; mais la mort n'approchera point de vous..., parce que vous avez dit : Seigneur, vous êtes mon espérance , et que vous avez choisi le Très- Haut pour votre refuge. »
Sa confiance et sa charité reçurent, en effet, leur récompense, car il sortit de cette épidémie sans avoir éprouvé la moindre indisposition.
Ozanam s'était lié avec plusieurs jeunes gens qui unissaient à des talents peu communs et à des sentiments élevés un dévouement sans bornes à la cause du catholicisme. Ils se trouvaient ensemble aux leçons des professeurs rationalistes, et toutes les fois que ces messieurs se permettaient d'élever la voix contre la révélation, des voix catholiques s'élevaient pour ré-
pondre. Deux fois Ozanam fut chargé par ses condisciples d'adresser leurs objections écrites à ces tristes champions de Terreur. Mais ce fut principalement au cours de M. X"* qu'ils réussirent admirablement. Deux fois il avait attaqué l'Église, la première, en traitant la papauté d'institution passagère, née sous Charlemagne, mourante aujourd'hui. La seconde en accusant le clergé d'avoir constamment favorisé le despotisme. Leurs réponses lues publiquement, produisirent le meilleur effet, et sur le professeur, qui en vint presque jusqu'à se rétracter, et sur les auditeurs, qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements.
Après ces premières escarmouches , ces jeunes gens, généreux athlètes de la foi , livrèrent un combat plus sérieux au cours de philosophie professé alors par M. Jouffroy. Jouffroy, l'un des plus illustres rationalistes de cette époque, avait osé attaquer la révélation. Ozanam sentit s'éveiller en lui toute la fierté d'une âme blessée dans ce qu'elle a de plus cher au monde , dans ses croyances ; il adressa au professeur quelques observations par écrit : le philosophe promit d'y répondre. Il attendit quinze jours, pour préparer ses armes sans doute, et au bout de ce temps, sans lire la lettre, il l'analysa à sa manière, et essaya de la réfuter. Ozanam, voyant qu'ii était mal compris, présenta une seconde lettre à M. Jouffroy; celui-ci n'en tint pas compte, il n'en fit point mention, et il continua ses attaques, jurant que le catholicisme répudiait la science et la liberté. Alors les jeunes catholiques dont nous avons parlé se réunirent; ils dressèrent une protestation où étaient énoncés leurs vrais sentiments ; elle fut revêtue