CHAPITRE XIV
Rossini trouva l'impressario du théâtre Argentina, à Rome, tourmenté par la police, qui lui refusait tous les libretti ( poèmes ) , sous prétexte d'allusions. Quand un peuple est spirituel et mécontent, tout devient allusion. Dans un moment d'humeur , l'impressario romain proposa au gouverneur de Rome , le Barbier de Séville, très-joli libretto , mis jadis en musique parPaësiello. Le gouverneur, ennuyé ce jour-là de parler mœurs et décence, accepta. Ce mot jeta Rossini dans un cruel embarras ;
124 IL IïARBIÈRE DI SIVIGLIA.
car il a trop d'esprit pour n'être pas modeste envers le vrai mérite. Il se hâta d'écrire à Paèsiello à Naples. Le vieux maestro, qui n'était pas sans un grand fonds de gasconisme , et qui se mourrait de jalousie du succès de Y Elisabeth, lui répondit très-poliment qu'il applaudissait avec une joie véritable au choix fait par la police papale. Il comptait apparemment sur une chute éclatante.
Rossini mit une préface très-modeste au-devant du libretto, montra la lettre de Paësiello à tous les dilettanti de Rome, et se mit au travail. En treize jours, la musique du Barbier fut achevée ; Rossini, croyant travailler pour les Romains, venait de créer le chef-d'œuvre de la musique française, si l'on doit entendre par ce mot la musique qui, modelée sur le caractère des Français d'aujourd'hui, est faite pour plaire le plus profondément possible à ce peuple, tant que la guerre civile n'aura pas changé son caractère.
Les chanteurs de Rossini furent Mme Giorgi pour le rôle de Rosine, Garcia pour celui d'AImaviva , Zamhoni faisait Figaro et Bolicelli le médecin Bartholo ; la pièce, donnée au théâtre d'Argentina le 26 décembre 1816, fut portée aux nues.