‹ Vie de G. RossiniChapitre 37 sur 56 · IL BARBIÈRE DI SIVIGLIA · texte numérisé non relu

IL BARBIÈRE DI SIVIGLIA

L'ouverture du Barbier amusa beaucoup à Rome ; on y vit ou l'on crut y voir les gronderies du vieux tuteur amoureux et jaloux, et les gémissements de la pupille. Le petit terzetto :

Zilli, zitti, piano, piano,

du second acte, était bien goûté.

Le Barbier, si facile à comprendre par la musique, et surtout par le poëme, a été l'époque de la conversion de beaucoup de gens. Il fut donné à Paris le 23 septembre 1819; mais la victoire sur les pédants qui défendaient Paësiello comme ancien, n'est que de janvier 1820 (Voir la Renommée, journal libéral d'alors). Je ne doute pas que quelques dilettanti ne me reprochent de m'arrêter à des lieux communs inutiles à dire; je les prie de vouloir bien relire les journaux d'alors, et même ceux d'aujourd'hui; ils ne les trouveront pas absurdes, quoique le public ait fait d'immenses progrès depuis plusieurs années.

La musique aussi a fait un pas depuis Paësiello; elle s'est défaite des récitatifs ennuyeux, et a conquis les morceaux d'ensemble. Il est ridicule, disent les pauvres gens froids, de chanter cinq ou six à la fois. — Vous avez raison ;

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il est même souverainement absurde de chanter deux ensemble ; car, quand est-ce qu'il arrive, même sous l'empire de la passion la plus violente , de parler un peu longtemps deux à la fois? au contraire, plus le mouvement de passion est vif, plus on accorde d'attention à ce que dit la personne que nous voulons persuader. Voyez les sauvages?

Rossini, luttant contre un des génies de la musique dans le Barbier, a eu le bon esprit, soit par hasard, soit bonne théorie, d'être éminemment lui-même.

Le jour où nous serons possédés de la curiosité, avantageuse ou non pour nos plaisirs, de faire une connaissance intime avec le style de Rossini, c'est clans le Barbier que nous devons le chercher ; un des plus grands traits de ce style y éclate d'une manière frappante. Rossini, qui fait si bien les finales, les morceaux d'ensemble, les duetti, est faible et joli dans les airs qui doivent peindre la passion avec simplicité; le chant spianato est son écueil.

On sent bien, dans le chœur des donneurs de sérénade, qui forme l'introduction, que Rossini lutte avec Paësiello; tout est grâce et douceur, mais non pas simplicité. L'air du comte Almaviva est faible et commun ; c'est un amoureux

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français de 1770. En revanche, tout le feu de Rossini éclate dans le chœur :

Mille grazie, inio signore !

et cette vivacité s'élève bientôt jusqu'à la verve et au brio, ce qui n'arrive pas toujours à Rossini. Ici son âme semble s'être échauffée aux traits de son esprit. Le comte s'éloigne en entendant venir Figaro ; il dit en s'en allant :

Gia l'alba è appena , e ainor non si vergogna .

Voilà qui est bien italien.

La cavatine de Figaro :

Largo al factotum ,

chantée par Pellegrini, est et sera longtemps le chef-d'œuvre de la musique française. Que de feu ! que de légèreté, que d'esprit dans le trait :

A un barbière di qualité !

La situation du balcon , dans le Barbier, est divine pour la musique ; c'est la grâce naïve et tendre. Rossini l'esquive pour arriver au superbe duetto bouffe :

Ail idea di quel métallo !

128 IL liAKIiltHL Dl SIVIGLIA.

Les premières mesures expriment d'une manière parfaite l'omnipotence de l'or aux yeux de Figaro.

L'exhortation du comte :

Su, vediam di quel métallo,

est bien , au contraire , d'un jeune homme de qualité qui n'a pas assez d'amour pour ne pas s'amuser, en passant, de la gloutonnerie subalterne d'un Figaro, à la vue de l'or.

L'admirable rapidité de :

Oggi arriva un reggimento Si, m'è amico 'il colonello,

me semble être, en ce genre, le chef-d'œuvre de Rossini , et par conséquent de l'art musical. C'est ce duetto qui tuera le grand opéra français. Il faut convenir que jamais plus lourd ennemi n'aura succombé sous un assaillant plus léger. C'est en vain que l'opéra français assommait les gens de goût dès le temps de La Bruyère, il n'y a guère que cent cinquante ans ; il a résisté à une soixantaine de ministères différents. Il fallait, pour lui porter le dernier coup , l'apparition de la vraie musique française. Les plus grands criminels après

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