IL BARBIÈRE DI SIVIGL1A
Rossini, sont MM. Massimino, Choron et Caslil Blaze.
La cavatine de Rosine :
Una voce pocofa,
est piquante ; elle est vive, mais elle triomphe trop ; il y a beaucoup d'assurance dans le chant de cette jeune pupille persécutée, et bien peu d'amour. Il est hors de doute qu'avec tant de courage, elle attrapera son tuteur.
L'air célèbre de la calomnie :
La calunnîa è un venticcllo,
me donne la même idée que le fameux duetlo du second acte de la Ceneventola :
Un secreto d'importanza.
Cet air était admirablement chanté au théâtre de la Scala, à Milan, par M. Levasseur qui y obtenait un très- grand succès. Ce chanteur, quoique français et la gloire du conservatoire, n'était pas applaudi à Louvois. Il chante avec timidité; et la seule sensation qu'il donne, cesl la crainte de le voir se tromper. Voltaire disail que pour réussir dans les arts, et surtout au théâtre, il faut avoir le diable au corps.
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Aussi tous les gouvernements de l'Europe établissent des conservatoires ; plusieurs princes aiment réellement la musique, et lui sacrifient leur budget ; créent-ils pour cela des êtres comme Rossini ou David, des compositeurs ou des chanteurs?
Il y a donc quelques circonstances inconnues et pourtant nécessaires dans l'ensemble des mœurs de la belle Italie et de l'Allemagne; il fait moins froid dans la rue Lepelletier qu'à Dresde ou Darmstadt; pourquoi y est-on plus barbare? Pourquoi l'orchestre de Dresde ou de Reggio exécute-t-il divinement un crescendo de Rossini, chose impossible à Paris? pourquoi surtout ces orchestres savent-ils accompagner ?
Rossini raconte lui-même qu'il a voulu donner un échantillon de la musique ancienne dans l'air du tuteur :
Quando îiii sei vicina.
Et parbleu, je lui ai rendu plus que justice, ajoute-t-il. Probablement, il est de bonne foi. C'est en effet de la musique de Pergolèse ou de Logrosino , moins le génie et la passion. Rossini voit ces grands maîtres comme du temps de Métastase (1760) on voyait le Dante, dont
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la gloire succombait alors sous les efforts des jésuites.
Le grand quintetto de l'arrivée et du renvoi de Basile, est un morceau capital. Le quintetto de Paësiello est un chef-d'œuvre de grâce et de simplicité, et Rossini savait bien en quelle vénération il était par toute l'Italie. A la dernière reprise du Barbier de Paësiello à la Scala, en 181-4, ce morceau fut encore applaudi avec transport, mais ce fut le seul.
J'hésitais à dire que le chef-d'œuvre de la pièce est, à mes yeux, la (in du terzetto, dont la première partie est comme les scènes d'amour de Quentin Durward :
Zitti, zitti, piano, piano.
J'apprends qu'à Vienne, où l'on a eu le bonheur d'entendre à la fois David, madame Fodor etLablache (1823), on fait toujours répéter ce petit morceau .
Ce qui me fait croire le triomphe de la musique inévitable en France, quelles que soient les manœuvres de Feydeau et de l'Opéra, c'est que les jeunes femmes de vingt ans, élevées dans nos mœurs nouvelles, dès que le nom de Rossini est prononcé, osent se moquer des vé-
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nérables admirateurs de Gluck et de Grétry. Le succès fou du Barbier ne vient pas tant de la voix délicieuse et légère de madame Fodor que des valses et contredanses dont il fournit nos orchestres. Après cinq ou six bals, on finit par comprendre le Barbier et trouver un vrai plaisir à Louvois. Un musicien savant, M. Cas til-Blaze, a eu l'heureuse idée de mettre des paroles françaises sous la musique des opéras de Rossini. Cette musique pleine de feu, rapide , légère , peu passionnée , et si éminemment française , aurait été aussi ennuyeuse qu'elle est piquante, qu'elle eut trouvé le même succès fou sur les théâtres de province poulies hommes : n'est-ce pas là ce Barbier qui fait courir tout Paris? Quant aux femmes représentant en France le goût sincère pour la musique , les airs de Rossini se trouvent sur leurs pianos depuis nombre d'années.
J'ai substitué le chapitre qu'on vient de lire à un autre chapitre dans lequel j'avais cherché à donner l'histoire exacte de la lutte des deux Barbier de Séville à Paris, et de la victoire de Rossini ; le tout d'après les journaux du temps et le dire de personnes qui suivirent toutes les représentations, soit lorsque le rôle de Rossini était joué par la jolie madame De