TANCRÈDE
de 1796 , qui , animées du pur enthousiasme guerrier, sans croix, sans luxe, sans grands cordons , allaient nous conquérir à Tolentino ces tableaux, ces statues, ces monuments qui depuis, quand les oripeaux monarchiques nous eurent énervés, nous furent enlevés si facilement. En entendant les accents sublimes que l'honneur inspire à Tancrède, jurons de nous venger un jour et d'aller les reprendre.
Pendant ce duo guerrier, les trompettes sont employées avec une adresse infinie et digne d'un maître consommé. Rossini devinait par instinct , à dix-sept ans , ce que d'autres parviennent à peine à comprendre et à sentir à la suite d'études longues et pénibles.
Le mouvement de mélodie
Il vivo Lampo,
au moment où Tancrède tire son épée, me semble la plus belle chose que Rossini ait jamais faite; cela est parfaitement noble, parfaitement vrai , parfaitement neuf.
Les douze mesures que chante Tancrède quand on le ramène sur le char de triomphe , sont délicieuses; c'est un repos pour l'âme. Le chœur des chevaliers qui cherchent Tancrède dans la forêt : Régna il terror, est presque aussi
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beau dans un autre genre , que l'air 77 vivo Lampo.
C'est, suivant moi, la perfection de l'union de la mélodie italienne à l'harmonie allemande ; là devrait s'arrêter la révolution qui nous précipite vers l'harmonie compliquée.
Il faut tout le tragique de cette terrible parole ennui, pour me forcer à cesser de louer Tancrède.
On sent bien que dans un pays comme Venise, Rossini fut aussi heureux comme homme, qu'il était glorieux comme compositeur. Bientôt la M***, charmante cantatrice bouffe, alors dans toute la fleur du génie et de la jeunesse, l'arracha aux grandes dames, ses premières protectrices. Il fut fort ingrat, dit-on; il y eut bien des larmes répandues. On raconte, à ce sujet, une anecdote assez compliquée et surtout fort plaisante , qui met dans un jour parfait le caractère audacieux et gai de Rossini, et sa facilité à prendre des partis décisifs ; mais, en vérité, je ne puis imprimer cette anecdote -là, quelques changements que je misse dans les noms, pour dépayser les curieux; cette histoire a des circonstances si extraordinaires, que tout le monde en Italie nommerait les acteurs. At- (endons quelques années ; on dit que la M***,
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pour n'être pas en reste avec Rossini, lui sacrifia le prince Lucien Bonaparte. C'est pour la Marcolini , c'est pour sa délicieuse voix de contralto; c'est pour son admirable jeu comique qu'il composa le rôle si plaisant de Ylta- Hcnne à Alger, que nous voyons si noblement défigurer dans le Nord.
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