‹ Vie de G. RossiniChapitre 8 sur 56 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'ouverture de Y Italienne est délicieuse , l'introduction est admirable ; elle peint juste et avec profondeur, la douleur d'une pauvre femme délaissée; le chant qui fixe les yeux sur cet état de l'âme :

Ah ! lo sposo or più non m'ama,

est charmant, et cette douleur n'a rien de tragique. Arrêtons-nous sur ce peu de mots : c'est tout simplement la perfection du genre bouffe,

54 l'italienne a alger.

aucun autre compositeur vivant ne mérite cette louange , et Rossini lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand il écrivait Y Italienne à Alger, il était dans la fleur du génie et de lu jeunesse ; il ne craignait pas de se répéter, il ne cherchait pas à faire de la musique forte; il vivait dans cet aimable pays de Venise, le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins pédant. Le résultat de ce caractère des Vénitiens, c'est qu'ils veulent avant tout, en musique, des chants agréables et plus légers que passionnés. Ils furent servis à souhait dans V Italienne à Alger • jamais peuple n'a joui d'un spectacle plus conforme à son caractère; et de tous les opéras qui ont jamais existé, c'est celui qui devait plaire le plus à des Vénitiens. Aussi, voyageant dans le pays de Venise en 1817, je trouvai qu'on jouait en même temps Y Italienne à Brescia, à Vérone, à Venise, à Vicence, et à Trévise.

A Venise , à la fin de la finale chantée par Paccini, Galli et la Marcolini, les spectateurs ne pouvaient plus respirer, et s'essuyaient les yeux. L'impression est bien celle que les gens de goût attendent d'un opéra buffa ; elle est extrêmement forte; c'est donc un chef-d'œuvre. On n'était pas obligé à Venise ou à Viccnce, de

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