CHAPITRE ITT
Gerbert à Home. — A la cour d'Othomle-Grantl.
Il y avait près de trois années que Gerbert habitait le comté de Barcelone , lorsque Borel et Hatton l'emmenèrent à Rome , où les attirait l'espoir, un moment réalisé, d'obtenir pour l'évêche de Vich le titre de métropole de la province ecclésiastique de la Marche , 970. Le pape Jean XIII fut frappé du savoir du jeune moine dans la musique et l'astronomie , qui étaient tombées dans un profond oubli au delà des Alpes ; il en informa
l'empereur Othon I er , qui s'intéressait à la diffusion des lumières, quoiqu'il fût illettré. D'accord avec ce prince , il* obtint de Borel et de Hatton de garder, pendant quelque temps, leur compagnon de voyage. Bientôt Gerbert fut présenté à l'Empereur qui lui demanda ce qu'il savait : il répondit qu'il connaissait assez bien les mathématiques, mais qu'il désirait apprendre la logique. Othon le prit avec lui.
Par la vivacité , la souplesse de son esprit , le jeune étranger se créa au palais des relations utiles et brillantes. Il gagna l'estime du prince qui devait être Othon II ; il le charma par des disputes scientifiques et littéraires qu'il soutint en sa présence. 11 eut l'adresse de se concilier les bonnes grâces de deux femmes ennemies l'une de l'autre , l'impératrice Adélaïde , et sa bru , l'allière et haineuse Théophanie , grecque d'origine. Ecemann, confesseur de l'impératrice , le comte palatin Robert , des évêques , des archevêques , de puissants personnages clercs et laïquçs ne résistèrent pas à la séduction que le nouveau venu exerçait autour de lui et s'intéressèrent à sa fortune. Que Gerbert eût été un ambitieux vulgaire, et son nom restait enseveli dans le sein de la cour ; sa passion pour
l'élude le sauva de ce danger. En 972, l'empereur reçut en Italie , comme ambassadeur de son neveu Lothaire II , l'archidiacre de Reims Garamnus , qui passait pour un logicien distingué : Gerbert sollicita et obtint la permission de le suivre en France pour se mettre sous sa direction ; et , dès lors, un nouvel horizon s'offrit à ses regards, un vaste théâtre s'ouvrit à son activité.