‹ Vie de Gerbert premier pape français sous le nom de Silvestre IIChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Gerltert * RHrih. - I/arcliev^que Adalblrea,

A l'arrivée de Gerbert, l'église de Reims, qui était bien déchue de son ancienne réputation de vertu et de savoir, subissait un grand travail de réforme sous Adalbéron , que le roi Lothaire avait placé sur ce siège, en 969. Cet archevêque, l'un des principaux acteurs dans la révolution qui donnera la couronne à la dynastie de Hugues Capet, était de la puissante famille des comtes de Lorraine, toute dévouée aux intérêts de la maison de Saxe. Ses possessions s'étendaient jusque dans

le Brabant; Verdun, Bouillon, le pays des Ardennes lui appartenaient. L'archevêque de Cologne , Brunon , lui avait donné le comté de Hainaut, dont il avait dépouillé le turbulent Régnier au long cou. Animé des sentiments d'ordre et de discipline du monastère de Gorzia, dans le diocèse de Metz, où il avait été élevé, Adalbéron voulut les introduire dans son clergé, qui ne conservait que peu de traces des mœurs et des habiludes canoniques. Il espérait propager, par une heureuse contagion , la vertu dans sa province ecclésiastique , dont les évêques suffragants étaient ceux de Beau* vais, Amiens, Châlons, Laon , Thérouanne (rem» placé, en 1566, par Boulogne), Noyon, Senlis, Soissons, et des Veromandui (Vermand).

Le diocèse de Reims, que saint Remi avait diminué d'un tiers pour former celui de Laon, possédait sept cents cures et vingt-trois monastères dont les plus renommés étaient Saint-Denys, occupé aujourd'hui par le Grand-Séminaire, Saint- Remi , où Ton couronnait les rois , Orbais et Saint-Thierry situé à peu de distance de la ville. Reims , qui avait une importance considérable au point de vue religieux à cause de l'ancienneté de son église, fondée par saint Eucher au troisième

siècle de notre ère, et de la conversion deClovis, n'en avait pas une moindre au point de vue politique. On la regardait comme la tête du royaume ; son archevêque était chancelier et l'un des premiers dignitaires de l'Etat. Par son mérite personnel , Adalbéron était digne de cette haute position.

Trop habile pour dévoiler brusquement ses projets, il se concilia d'abord les fidèles et les moines par le soin qu'il prit de rebâtir les églises détruites, de les orner, de les enrichir de ses dons. Il répandit d'abondantes aumônes parmi les pauvres. Ses bienfaits firent bénir son nom, ses vertus lui avaient gagné les cœurs; il se mit à l'œuvre. Les chanoines , entraînés par ses exemples et par ses paroles, se soumirent à la règle de saint Augustin , les abbés revinrent à l'esprit de saint Benoît. Ainsi fut accomplie la réforme sans troubles ni violences. Restait à la consolider. L'archevêque jugeait avec raison que le meilleur moyen était de ■ préparer l'avenir en instruisant les enfants de son église. Mais il voyait avec douleur que l'école de Reims , qui avait jeté un dernier éclat à la fin du ix e siècle [895] sous Remi d'Àuxerre et son collègue Hucbold , n'avait personne pour le seconder

dans la réalisation de ses désirs. Cette triste pensée obsédait son âme, quand Gerbert lui fut amené. Il l'accueillit comme un envoyé du ciel et lui donna la direction des études qui prirent un brillant essor. L'un des nombreux élèves du jeune maître nous a conservé sa manière d enseigner, les titres des livres qu'il expliquait , les moyens ingénieux dont il se servait pour tendre l'arithmétique et l'astronomie accessibles à tous les esprits. Ce fut une véritable Renaissance littéraire. Examinons à loisir ce spectacle si plein d'intérêt ;

et pour mieux apprécier les résultats obtenus par Gerbert, jetons d'abord un coup d'oeil rapide sur l'état des éludes en France pendant le x c siècle.

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