‹ Vie de Gerbert premier pape français sous le nom de Silvestre IIChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Elève* de Caerberi. — Sa bibliothèque.

Nous savons déjà que l'empereur Othon-le- Grand se plaisait à l'entretenir, et que son fils, Othon II , se mêlait quelquefois à son auditoire-.

Si Ton s'est trompé en avançant que le prince qui fut Othon III avait reçu ses leçons du vivant de son père , car il n'avait à sa mort que trois ans , il sollicita du moins plus tard ses conseils et le fit venir à sa cour. Mais Robert, fils de Hugues Capet et son successeur à la couronne de France , fut un de ses élèves les plus distingués.

Du monastère de Reims, comme du cheval de Troie , pour nous servir d'une comparaison familière au moyen âge, sortirent des rois, des évêques , des abbés , des maîtres , qui propagèrent sa doctrine dans \oute l'Europe.

L'école de Chartres , si florissante pendant le xi e siècle et le xu e , lui doit son fondateur, Fulbert, surnommé par ses contemporains le Socrate français, dont les relations s'étendirent jusque dans l'Angleterre, le Danemarck et la Hongrie. Fulbert avait pour condisciple Herbert , juif d'origine , que son instruction et sa piété firent nommer abbé du mbnastère de Lagny. Ingon, cousin de Robert, devint abbé, de Saint-Germain-des- Prés; Girard occupa l'évêché de Cambrai, Adalbéron ou Ascelin celui de Laon , Leuthéric , l'archevôché de Sens. Richer est célèbre par l'histoire de son temps, qu'il écrivit sur les instances de son

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maître. Nous devons à Bernélinus un traité d arilhmétique, sans lequel celui deGerbert serait peu compris. D, que Gerbert ne désigne que par cette initiale de son nom, et qu'il comble de témoignages d'estime et d'affection, était peut-être Durand de Liège, plus tard évêque d'Utrecht. Quelques auteurs ajoutent à cette liste l'écolâtre Adalbert, Brunon, évêque de Langres, neveu du roi Lothaire, Jean, d'abord écolàtre, puis évêque d'Auxerre, enfin les prêtres romains Théophylacte , Laurent Malfitain , Brazuit, Jean Gralien, qui furent les maîtres du pape Grégoire VIL

Avec ces hommes , se groupait autour de la chaire de Reims une foule d'auditeurs inconnus dont quelques-uns venaient de fort loin. Gerbert ne les perdait pas de vue après leur départ; il s'intéressait à leurs progrès , il les recommandait i\ leurs abbés, afin que les moyens de continuer leurs études ne leur fussent pas refusés. Il répondait aux questions qu'ils lui adressaient sur les sciences. On l'interrogeait quelquefois sur la médecine; il se déclare incompétent pour cette partie , quoiqu'il en connaisse quelques traités : il cite à ce sujet le seul mot grec qui se rencontre dans ses lettres pour relever Terreur de son cor-

respondant , qui appelle posluma l'affection du foie que les Latins, ditGerbcrt, nommaient apos* tuma, et les Grecs «VatikoV.

Nous avons ses réponses à Remi , moine de Trêves , qui devint abbé de Mithlac , à Constantin moine de Fleury-sur-Loire , à un autre Constantin , d'abord doyen , plus tard abbé de Micy, à Adelbolde , qui fut évôque d'Utrechl. Il donnait au premier des explications sur le plus simple diviseur d'un nombre entier, et lui promettait une sphère; il envoyait à Constantin de Fleury un petit traité d'arithmétique , composé de mémoire sans le secours d'aucun livre ; il apprenait à Fabbé de Micy à construire une sphère pour observer les astres. Constantin de Fleury lui inspirait par son savoir une si grande confiance , qu'il le désignait à ses correspondants lorsque les affaires ne lui permettaient pas de répondre à leurs questions. Gerbert expliquait à Adelbolde la manière de déterminer l'aire d'un triangle équilatéral. Il rédigeait pour un moine , qui nous est inconnu , un calendrier indiquant la longueur des jours et des nuits en France, et sur les bords de l'Hellespont, aux différentes époques de l'année.

On est étonné de ne 'pas voir figurer Abbon ,

abbé de Fleury-sur-Loire, parmi les élèves ou du moins parmi les correspondants de Gerbert. Abbon écrit, en 997, au pape Grégoire V, que Gerbert est son ami, mais il ne paraît pas qu'ils aient échangé de lettres. Il est certain que l'abbé de Fleury, qui joue un rôle très-considérable dans l'Eglise de France, avait fréquenté l'école de Reims. Était-ce pendant que Gerbert en avait la direction ? C'est possible ; Mabillon le pense , » Aimoin , ne le dit pas. 11 a l'air de déprécier les études de cette ville, et, malgré les vives discussions qui éclatèrent entre ces deux personnages , il ne nomme pas une seule fois Gerbert dans les écrits qu'il nous a laissés sur Abbon. Ce silence obstiné est une preuve , à notre avis , de la jalousie du monastère de Fleury, d'où partiront les attaques insidieuses, les calomnies dirigées contre un rival trop heureux.

Les élèves de Gerbert, qui appartenaient à toutes les classes de la société, répandirent au loin les sages principes puisés auprès de leur maître. S'il leur avait communiqué l'amour des choses de l'esprit , il leur avait donné , en outre , l'exemple alors unique d'aimer, de transcrire les livres de l'antiquité profane > auxquels il demandait les jouis-

sances les plus douces de la vie. On ne saurait parcourir sa correspondance sans être tenté de lui appliquer les paroles de Montesquieu: « Cette antiquité m'enchante! Si Gerbert ne dit pas comme l'écrivain du xvm e siècle : a Je n'ai jamais eu de chagrin qui ait résisté » à une demi-heure de lecture. » Il avoue qu'il trouve dans la philosophie l'oubli des persécutions qu'il endure , et qu'il se plaît à rafraîchir son âme altérée dans les courants limpides de Cicéron.

Il serait instructif et curieux de connaître tous les ouvrages qu'il possédait; nous n'avons malheureusement pour en dresser le catalogue que des indications éparses dans ses écrits et surtout dans ses lettres. Ces indications sont fort incomplètes : Gerbert ne réclame que les livres qui lui manquent; encore les désigne-t-il fort souvent par les termes vagues de libros,codices, qui ne nous apprennent rien, et qu'un mot de sa bouche , une note aujourd'hui perdue, avaient clairement désignés à ses correspondants. On se tromperait donc si l'on jugeait de la richesse de sa bibliothèque par le tableau que nous allons présenter. Sa position personnelle, ses relations avec les évêques, les abbés, les gèï$ instruits de presque toute l'Europe occidentale ,

ses voyages lui avaient donné la facilité d'acquérir beaucoup de livres- Après avoir été abbé de Bobio , qui avait assurément Tune des plus belles bibliothèques du x e siècle , dont l'inventaire a été dressé peut-être par ses ordres il ne demande que la copie de trois volumes de ce monastère. Ne pouvons-nous pas en déduire sans trop de rigueur qu'il avait les autres ou du moins ceux qui étaient les plus importants? •

Gerbert possédait les grammaires dont tous les maîtres avaient des copies. Donat a été le Lhoînond du moyen âge. Son traité de Octo parlibus orationis était appris par les débutants 2 . Il préparait à l'étude plus difficile de Priscien, dont nous savons que l'autorité était irréfragable , que les décisions étaient sans appel. Au ix e siècle et au x e , ces deux grammairiens étaient commentés par les maîtres les plus célèbres. Martianus Capella , cité par Gerbert, était placé sur la même ligne. Le Satiricon de Martianus Capella était le manuel

1 II est de la fin du X e siècle, dit Muratori. Ant. Italie. I. m, col. 818.

2 On disait d'un diablotin, novice dans son art, il était àvon Donat.

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