TROUBLES A LA. PORTE DU THEATRE ET AU PARTERRE
Le Favori a Versailles
Pendant cette année théâtrale si bien remplie qui vient de s'écouler (Pâques 1664 — Pâques 1665), il y a quelques particularités d'un ordre moins littéraire à signaler.
A Pâques 1665, Brécourt sortit de la troupe pour entrer à l'hôtel de Bourgogne. Hubert, l'un des comédiens du Marais, le remplaça dans la troupe de Molière.
Duparc, ce compagnon des premières pérégrinations de Molière, mourut le 4 novembre.
c Mlle Du Croisy, ayant remboursé, de sa part qu'elle recevoit, dit La Grange, la moitié de la troupe, qui n'avoit pas voulu consentir à sa dite part, l'autre moitié de la troupe, qui avoit bien voulu consentir, pour cette année, ne fut pas d'avis de continuer à l'avenir. Ainsi, Mlle Du Croisy se trouva déchue de sa part, et la troupe se trouva déchargée tant de la part du sr Duparc que de celle de Mlle Du Croisy. Ainsi elle resta composée de douze parts. >
A partir du 14 novembre 1664, La Grange remplaça Molière comme orateur de la troupe, et fut chargé d'annoncer le prochain spectacle, ainsi que cela se pratiquait alors.
If. Taschereau a remarqué, en consultant les registres de La Thorillière, qui sont aux archives de la Comédie- Française (1), que les indemnités aux portiers du théâtre
(1) Ces registres vont du 16 avril 1663 au 6 janvier 1665. Us constituent, pendant ceite période, le livre de comptes de la troupe. Le premier registre (1663-1664) a été publié dans la Collection moliéresque par M. Monval en 1890.
avaient été multipliées pendant les mois de juin et de juillet 1664 : « Le 6 juin, à La Fontaine, portier, 3 livres; le 17, au portier blessé, 12 livres; le 29, pour le portier blessé, 9 livres. » A la représentation suivante, qui eut lieu, non le mardi 1er juillet, mais le vendredi 4, La Thorillière inscrit encore : « Au frère de La Fontaine, blessé, 11 livres. > En outre, la troupe prit le soin de faire venir la garde presque à chaque représentation de ce mois. Enfin, en regard de celle du 24, on lit : « Pour l'exempt, 20 livres; pour le procureur, 20 livres. »
Cela semble indiquer un été orageux et tumultueux. On serait assez porte à se figurer que le populaire parisien était, à cette époque du grand règne, dompté et maté, et qu'il ne fallait plus compter avec lui. Ce serait une erreur. La rue était encore turbulente; les rixes, les batailles entre gens d'épée étaient journalières. La domesticité des 'grandes maisons, les pages, les valets, se croyaient au-dessus des lois. C'était surtout à la porte des théâtres qu'éclatait l'humeur querelleuse de tout ce monde peu soumis à la police; ces gens bariolés, empanachés, aimaient fort la comédie, mais trouvaient volontiers que c'était une impertinence de vouloir leur faire payer leur place, de sorte que l'emploi du portier, chargé d'interdire l'entrée à ceux qui refusaient de payer, était un emploi dangereux, et qu'on était obligé de prendre, pour le remplir, des braves éprouvés.
Grimarest raconte, sans indiquer l'époque où l'affaire eut lieu, l'anecdote suivante. Nous abrégerons un peu son récit :
Les mousquetaires, les gardes du corps, les gendarmes et les chevau-légers, étaient en possession d'entrer au théâtre sans payer, et le parterre en était toujours rempli, au grand détriment de la troupe. Les camarades de Molière le pressèrent d'obtenir du roi la réforme de cet abus, et Louis XIV fit droit, en effet, à cette requête; mais ceux qui se trouvaient dépouillés du privilège dont ils avaient joui jusque-là s'ameutèrent pour forcer la porte du théâtre, attaquèrent les gardiens et les dispersèrent. Le portier se défendit pendant quelque temps; obligé de céder au nombre, il jeta son épée, espérant que, désarmé,