CHAPITRE XI
qu'on suit d'ordinaire en pareille rencontre, et que le sonnet que je vous envoie n'est rien moins qu'une consolation. MaSj rai cru qu'il falloit en user de la sorte avec vous, et que c est con'I'n Philosophe que de lui justifier ses larmes et de mettre sa douleur en liberté. Si je n'ai pas trouve d assez fortes raisons pour affranchir votre tendresse des sévères leçons de la philosophie, et pour vous obliger a pleurer sans contrainte, il en faut accuser le peu d'éloquence d un homme qui ne sauroit persuader ce qu'il sait si bien faire.
Enfin, un ami de la maison qu'il nous faut citer encore est ce « fort honnête médecin dont Molière avait 1 honneur d'être le malade », et pour lequel il sollicite du roi, dans un placet qui se trouve en tête du Tartuffe, un canonicat de la chapelle de Vincennes. Ce docteur, nomme Jean-Armand de Mauvillain, joue un rôle assez important dans l'histoire de la Faculté. Après des luttes res vives contre les docteurs de la vieille roche, Mauvillain fut élu doyen en 1666. Novateur, longtemps persécute, il ne devait se faire aucun scrupule de livrer a la satire, les termes, les usages, les travers de la génération médicale qu'il combattait. Doyen ensuite, il se trouva, maigre ses liaisons avec Guénaut et Des Fougerais, en opposition et en hostilité avec les médecins de cour. Intempérant de langage, bilieux et agressif, il fut extrêmement utile à Molière. Il ne faut pas l'entendre des soins qui! lui donna, si l'on s'en fie du moins à l'anecdote rapportée par Grimarest : « Vous avez un médecin. Molière; que vous fait-il? dit un jour Louis XIV. - Sire, répondit Molière, nous causons ensemble; il m'ordonne des remèdes, je ne les fais pas, et je guéris. » Mais ce que disait le docteur à son malade n'était pas perdu, et, en effet il eut une certaine part, sans trop s'en douter peutêtre,' dans plusieurs chefs-d'œuvre. Il resta sous le coup d'une accusation de traîtrise parmi ses confrères; on ht en note d'un exemplaire de Y Index funereus, de Jean de Vaux ledit. 1724) : « Ce docteur. Armand de Mauvillain, a démérité de la Faculté pour avoir aidé Poquelin Molière à donner la médecine et les médecins en spectacle et en
raillerie, et avoir ainsi tellement diminué la confiance qu'ils inspirent qu'on y a plus recours que pour la forme, et qu'on n'ajoute presque aucune foi à leurs raisonnements ni à leurs prescriptions (1). i
(1) Voyez les Médecins on temps de Molière, par Maurice Raynaud, chap. vin.