‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 128 sur 221 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'excellente troupe du roi

Fit. a ravir, en bonne foi.

Tant dans les Fâcheux, qu'on peut dire

Des fâcheux qui nous font bien rire.

Que dan? le Médecin forcé;

Et. depuis qu'on a commencé

Jusqu' la fin que l'on fait pouffe.

De rire presque l'on s'étouffe.

Mais entre les deux, leur auteur.

Et qui l'est de telle hauteur.

Fit en cinq ou six périodes

Valant six des meilleures ode?.

Un discours qui bien reçu fut.

Et dans lequel beaucoup me plut

Une comparaison d'Hercule.

Ou que sa chemise me brûle!

Outre cela, sous sept habits

Aussi vrai que je vous le di?.

Ce brave auteur, le sieur Molière.

Joua de façon singulière

Et se surpassa ce jour-là :

C'est tout dire, disant cela.

On aperçoit ici le chef de troupe dans ses fonctions d'orateur; et. de plus, on peut constater que Molière remplissait, dans les Fâcheux, les principaux rôles de fâcheux ou d'importuns.

Le 9 septembre, moins de deux mois après George Dandin, VAvare, grande et profonde étude morale d'un vice qui a presque toujours échappé par sa laideur aux châtiments de la scène, paraissait sur le théâtre du Palais-Royal. Sous la forme comique, cette pièce déroule un drame redoutable : elle montre la famille en révolte contre un chef cupide et méprisable; les liens les plus étroits rompus, la piété qui unit le père au fils détruite, le désordre éclatant de toutes parts; cela forme, comme dit Gœthe. « un spectable qui a une grandeur extraordinaire et tragique à un haut degré », sans que la forme s'écarte jamais des conditions du genre de la comédie. Il est certain cependant que ce chef-d'œuvre fut assez froidement accueilli par le public; il n'eut dans le principe que neuf représentations, et, repris deux mois plus tard,

il eut à peine une meilleure fortune. Le retour des esprits et leur éducation ne se firent qu'avec lenteur.

Le mardi 5 février 1669. la troupe du roi annonça le matin et joua le soir le Tartuffe ou l'Imposteur. Molière était parvenu à ses fins. Il avait obtenu l'autorisation sollicitée depuis si longtemps. A quelle occasion lui futelle accordée? On sait seulement que la comédie proscrite avait été jouée, le 20 septembre précédent, à Chantilly, devant le prince de Gondé, Monsieur le duc d'Orléans et Madame. On a remarqué aussi qu'un grand apaisement eut lieu à cette époque dans les querelles religieuses, qu'un bref de Rome réconcilia momentanément les diverses opinions de l'Eglise de France. Le roi aurait profité du moment où tout le monde, jésuites et jansénistes, ultra-montains et gallicans, s'embrassait, pour mettre enfin en liberté le Tartuffe de Molière, comme s'il eût été tacitement compris «dans la paix de Clément IX». L'explication est bizarre, nous la donnons pour ce qu'elle est.

On s'écrasa aux portes du théâtre pour voir cette pièce dont on avait tant parlé; c'est le journaliste Robinet qui le constate : « On disloqua à quelques-uns manteaux et cotes, dit-il: beaucoup coururent le hasard d'être étouffés dans la près? .

Où l'on oyoit crier >an? cesso :

Hélas! monsieur Tartuffius, Paut-il que de vous voir L'envie Me coûte peut-être la vie!

Quarante-quatre représentations consécutives suffirent à peine à apaiser la curiosité. Molière triomphait : le jour même de la c grande résurrection du Tartuffe », il adressa au roi ce placet, où il sollicite un canonicat pour son médecin.

Sire.

Un fort honnête médecin, dont j'ai l'honneur d'être le malade, me promet et veut s'obliger par-devant notaire de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce dfi Votre Majesté. Je lui ai dit, sur sa promesse, que je ne lui

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