MOLIÈRE A AUTEL' IL
Vers l'époque du voyage de La Grange et de La Thorillière à Lille, à la suite de la représentation de l Imposteur du 5 août 1667. Molière loua une habitation a Auteuil. Auteuil était alors un village isole sur les bords de la Seine. La vaste plaine de Grenelle était encore agreste. Le bourg de Vaugirard, les petits villages de Javel et de Grenelle étaient séparés par des champs cultivés et des bouquets de verdure.
Sur la Seine il n y avait point de pont. On traversai le fleuve dans un bac. Quand on était en carrosse il fallait suivre la rive jusqu'au Cours la Reine. On était donc la à la campagne, séparé de la grande ville par assez d espace pour n'en plus entendre le bruit,
L'appartement loué par Molière dépendait dune vaste propriété appartenant à Jacques de Grou ecuyer, sieur de Beaufort portemanteau de feu Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Cette propriété avait une superficie de 14.500 mètres. Un corps de logis principal avec perron monumental sur le jardin, était précède de P^urs bassins. Les communs entouraient le colombier féodal., et le jardin était assez étendu pour mériter le nom de parc. Molière ne loua qu'un petit logement dans un pavillon attenant à l'habitation principale occupée par 1. sieur de Beaufort. Ce logement, situé en majeure partie au rezde chaussée, était composé d'une salle a manger, dune
cuisine, d'une chambre à coucher et de deux, chambres en mansarde. Le locataire avait le droit de se promener dans le jardin.
Le loyer annuel était de 400 livres. Moyennant 20 écus de plus, Molière eut une chambre d'ami dans le principal corps de logis, chambre qui était le plus souvent occupée par son ami Chapelle.
On sait d'une manière à peu près certaine l'époque où Molière prit possession de cet appartement par un acte d'information auquel donna lieu une rixe qui survint dans la maison le 21 août 1667, acte que M. Parent de Rosan a communiqué à M. J. Loiseleur et que ce dernier a publié dans son ouvrage sur les Points obscurs de la vie de Molière.
Une querelle s'éleva entre Jacques de Grou, le propriétaire, sa femme, leur gendre nommé de La Vallée et le jardinier Claude, beaucoup moins pacifique que le brave Antoine Riquié de Boileau. Le sieur de La Vallée fit appeler ce jardinier et alla avec lui parler c à des bourgeois qui avaient loué une partie du logis et du jardin. » Ces bourgeois, c'étaient Molière et Chapelle. Le sieur de La Vallée et le jardinier, on ne dit pas à quel propos, en vinrent aux mains, se colletèrent et se renversèrent l'un sur l'autre. Le jardinier fut retiré par Molière et Chapelle, dans la chambre qui était au rez-de-chaussée. Il sauta par la fenêtre et courut chercher un bâton avec lequel il revint et frappa un autre habitant de la maison, l'abbé de Valory, qui avait voulu s'interposer et qui fut tout couvert de sang. Un vigneron intervint et emmena le jardinier jurant et blasphémant, injuriant et menaçant ses adversaires, et principalement la dame de Beaufort.
Ce serviteur brutal fut-il puni? Nous n'en savons rien, «.u n'a point de document sur la suite de l'affaire. Il parait seulement que ce jardinier incommode fut remplacé par une jardinière nommée la Raviguotte, car on voit dans l'inventaire après décès de Molière la mention de cent dix livres dues au défunt par la Raviguotte d'Auteuil, jardinière du sieur de Beaufort, à moins que la Raviguotte ne fût simplement le nom de la femme du nouveau jardinier.