‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 133 sur 221 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Dans l'information du 21 août, tout révèle que Molière et son ami étaient arrivés depuis peu de temps et encore presque inconnus. L'un des témoins déposants, employé dans la maison à panser les chevaux du sieur de Beaufort, ne sait pas même les noms de ces bourgeois qui ont loué partie du logis et du jardin. Un autre, le vigneron, connaît le nom du « sieur Molier », mais ignore celui du « gentilhomme » qui était avec lui et qui a fait au jardinier des observations amicales.

Au bout de fort peu de temps, Molière devint un habitant notable du village. Il y jouit de l'estime de tous, et notamment du curé de la paroisse, François Loysean. prêtre de l'Oratoire, conseiller ordinaire du roi et aumônier de Sa Majesté. On verra que ce prêtre se rendit, aussitôt Molière expiré, à Versailles avec la veuve, pour attester les bonnes vie et momrs de son paroissien.

Le 30 mars 1671, Molière fut parrain à Auteuil d'un fils de Claude Jennequin , « officier du roi » , cela veut dire comédien (il portait au théâtre le nom de Rocheforti. et de Madeleine Desurlis, également comédienne. « Son parrain, lisait-on sur le registre paroissial qui a été détruit dans les incendies de 1871, messire Jean-Baptiste Poquelin Molière, écuyer, valet de chambre du roi : sa marraine, Geneviève Jennequin, n'ayant aucun domicile arresté ». Ces derniers mots signifient sans doute que Geneviève Jennequin faisait partie de quelque troupe comique parcourant les provinces, comme il y en avait alors un grand nombre.

L'acte était signé Jean-Baptiste Poquelin Molière et C. Jennequin.

Dans l'inventaire après décès de Molière , une vacation est consacrée au mobilier de cet appartement d'Auteuil. Par ce document, il est aisé de se rendre compte de l'installation de Molière à la campagne. Cette installation n'avait rien de somptueux. Il y avait deux lits, celui do Molière, celui de la chambre d'ami, plus un lit de sangle pour une servante. On remarque une grande abondance de rideaux aux fenêtres, aux lits, aux alcôves, aux portes, même des rideaux « servant au devant d'une cheminée. » Cela fait penser au fils du tapissier,

L'article le plus curieux de l'inventaire est l'article qui concerne les livres et qui est ainsi conçu : « Deux tomes in-folio intitulés les Œuvres de Balzac: deux autres volumes des Œuvres et vies de Plutarque; un autre des Essais de Montaigne; un des Métamorphoses d'Ovide; un autre de Héliodore; un autre d'Hérodote; deux autres de Diodore Sicilien; un autre de Valère le Grand. Quatre volumes in-4° : l'un, la Physique de Rohault, un Commentaires de César, un autre du Voyage du Levant, un autre volume d'Horace. Dix-huit autres volumes in-8° et in-12. Prisés, ensemble. 30 livres. »

Voilà tous ouvrages de poids. A moins que l'on ne se rabatte sur les dix-huit volumes mentionnés en bloc, il n'y a rien là pour l'auteur comique. Le théâtre est tout à fait absent de la bibliothèque d'Auteuil.

Les Parisiens prenaient volontiers, alors comme à présent, le prétexte d'aller voir un ami pour faire une promenade à la campagne. Molière recevait à Auteuil d'assez nombreuses visitas, si l'on s'en rapporte aux nu >cdotes concernant la dernière partie de sa vie.

La moins vraisemblable et pourtant la plus authentique de ces anecdoctes est celle du fameux souper d'Auteuil; elle est rapportée par Grirnarest et confirmée par Louis Racine dans ses Mémoires sur la vie de Jean Racine.

Boilea i, Lulli. de Jonsac. Nantouillet, conduits par Chapelle, étaient venus demander à souper à Molière dans sa retraite d'Auteuil: Molière qui était souffrant et obligé de garder la chambre, pria Chapelle de faire les honneurs de sa table. Ce souper eut lieu sans doute dans cette chambre d'ami dont nous avons parlé et qui était dans un autre corps de logis que l'appartement de Molière. Les convives ne tardèrent pas à avoir la tète fort échauffée; puis la conversation tomba sur la morale et s'assombrit insensiblement. Ils s'appesantirent sur cette maxime des anciens, que « le premier bonheur est de ne point naître, et le second de mourir promptement ». Ils l'approuvèrent d'un commun accord, et résolurent d'en finir sur-le-champ avec l'existence. La rivière était proche: ils prirent le parti de s'y aller noyer. Ils auraient mis ce projet à exécution, si le jeune Baron n'avait averti Molière, qui fut obligé de

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