‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 138 sur 221 · CHAPITRE XV -AS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV -AS

des répétitions, plaques de fer-blanc, ouvriers, fils de fer et laiton, et généralement toutes choses, se sont montées à la somme de quatre mille trois cent cinquante-neuf livres un sol.

• Frais ordinaires... En tout, :J01 livres.

« Dans le cours de la pièce , M. de Beauchamps (c'était le premier danseur de l'époque et le maître à danser du roi) a reçu de récompense, pour avoir fait le ballet et conduit la musique, onze cents livres, non compris les onze livres par jour que la troupe lui a données, tant pour battre la mesure à la musique que pour entretenir les ballets. »

On voit combien le théâtre était différent de ce que nous l'avons vu au début de cet ouvrage, et quels progrès avaient faits tous les arts qui s'y rattachent.

PsjjcJié y fut jouée le 24 juillet, et n'eut pas moins de trente-huit représentations consécutives. C'était, en ce temps-là. un grand succès.

Ce fut Baron qui joua le rôle de l'Amour, tant à la cour qu'à la ville. Nous avons dit qu'il était rentré dans la troupe peu après Pâques de 1670. Baron avait alors de dix-sept à dix-huit ans. Il était né en 1653. Il était déjà le séduisant jeune premier qui faisait tourner toutes les tètes féminines. D'une taille avantageuse, d'une figure à la fois correcte et expressive , il fut dans ce rôle de l'Amour, ravissant de grâce et de jeunesse. Armande Béjart remplissait celui de Psyché avec non moins de charme. Ce libelle de la Fameuse Comédienne, dont nous avons déjà parlé, raconte que, dans ces représentations, l'aversion qui existait entre ces deux personnages se changea en un sentiment tout contraire.

« Les louanges communes qu'on leur donnoit les obligèrent de s'examiner de leur côté avec plus d'attention et môme avec quelque sorte de plaisir. Baron n'est pas cruel ; il se fut à peine aperçu du changement qui s'étoit fait dans le cœur de la Molière en sa faveur qu'il y répondit aussitôt. Il fut le premier qui rompit le silence par le compliment qu'il lui fit sur le bonheur qu'il avoit d'avoir été choisi pour représenter son amant; qu'il devoit l'approbation du public à cet heureux hasard; qu'il n'étoit

pas difficile de jouer un personnage que l'on sentoit naturellement, et qu'il seroit toujours le meilleur acteur du monde si l'on disposoit les choses de la même manière. La Molière répondit que les louanges qu'on donnoit à un homme comme lui étoient dues à son mérite, et qu'elle n'y avoit nulle part; que cependant la galanterie d'une personne qu'on disoit avoir tant de maîtresses, ne la surprenoit pas, et qu'il devoit être aussi bon comédien auprès des dames qu'il l'étoit sur le théâtre.

« Baron, à qui cette manière de reproche ne déplaisoit pas, lui dit de son air indolent qu'il avoit à la vérité quelques habitudes que l'on pouvoit nommer bonnes fortunes, mais qu'il étoit prêt à lui tout sacrifier, et qu'il estimoit davantage la plus simple de ses faveurs que le dernier emportement de toutes les femmes avec qui il étoit bien, et dont il lui nomma aussitôt les noms par une discrétion qui lui est naturelle. La Molière fut enchantée de cette préférence et l'amour-propre qui embellit tous les objets qui nous flattent, lui fit trouver un appas sensible dans le sacrifice qu'il lui ofîïoit de tant de rivales. »

Il eût été bien difficile que dans le monde des coulisses d'où le libelle de la Fameuse Comédienne est sorti, le double succès de Psyché et de l'Amour n'eût pas donné lieu à ce bruit. Il suffit d'avoir indiqué la source de l'anecdote pour permettre d'en apprécier la valeur.

Depuis plus de trois ans, Molière travaillait pour les divertissements de la cour. C'est à la ville qu'il donna (le 2i mai) les Fourberies de Scapin, où il semble faire un retour vers l'Étourdi et les stratagèmes du premier Mascarille.

On a relevé dans cette pièce une double imitation plus caractérisée que celles que Molière s'est ordinairement permises. Cyrano de Bergerac est auteur d'une comédie intitulée le Pédant joué , qui fut publiée chez Ch. de Sercy, in-4° et in-12. en 1654, mais qui avait été composée plus anciennement. Or. la scène xi du deuxième acte des Fourberies, où Scapin raconte à Géronte que Léandre son fils étant allé se promener sur le port, est monté sur une galère turque qui l'emmène en Barbarie, si lui, Géronte, ne le rachète moyennant cinq cents écus, offre une frap-

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