‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 144 sur 221 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Elle fut d'abord portée à cette église en convoi, c'est-à-dire sur un brancard à bras, puis, par permission spéciale de l'archevêque, portée en carrosse, c'est-à-dire dans un corbillard, à Saint-Paul. C'était l'église où Joseph Bejart et Marie Hervé avaient été fiancés le 7 septembre, et maries le 8 octobre 1615, et elle était restée comme la paroisse de prédilection de la famille.

Madeleine Béjart mourait riche. Sans parler des costumes de théâtre, non plus que de l'argenterie et des bijoux prisés environ 3.000 livres, elle laissait en deniers comptants une somme de 17,800 livres, qui représente a peu près 80.000 francs de la monnaie actuelle.

Madeleine lègue particulièrement à Louis Béjart la moitié d'un terrain situé dans le faubourg Saint- Antoine; elle lui laisse, ainsi qu'aux demoiselles de La Villaubrun et de Molière (Geneviève et Armande), ses sœurs, 400 livres de rente viagère, à chacun. Elle nomme Armande, et après elle Madeleine-Esprit Poquelin sa nièce, ses légataires universels. Dans le cas où Madeleine-Esprit Poquelin décéderait sans enfant, elle voulait que son héritage passât àl'aîné des autres enfants de Molière et d Armande. Si Molière et sa femme décédaient sans autres entants, alors cet héritage retournerait aux enfants de Louis Bejart et de Geneviève. Le peintre Mignard était charge de recueillir les deniers comptants et de les placer en rentes ou en terres. , ,

Léonard de Loménie, sieur de Villaubrun, époux de Geneviève Béjart, mourut peu après; Geneviève se remaria au mois de septembre suivant avec Jean-Baptiste Aubry. fils de ce Léonard Aubry, paveur ordinaire des bâtiments du roi, qui avait fait esplanader en 1643 les abords de l'Illustre Théâtre aux fossés Saint-Germain. Armande ne sio-na pas ce contrat de mariage, non plus que Geneviève n'avait signé le sien. Il y avait probablement desaccord entre les deux sœurs, peut-être à cause de la prédilection que Madeleine avait eue pour la plus jeune. >

Molière loua pour la Saint-Rémy de cette année 1672 la plus grande partie d'une maison sise rue Richelieu, appartenant à un sieur René Baudellet, tailleur et va et de chambre de la reine. Moyennant 1,300 livres par an, Molière

et sa femme avaient la jouissance du premier, du second étage, et de quatre entresols au-dessous, plus cuisine, écurie et remise au rez-de-chaussée, caves et greniers. Le bail, publié par M. Eudore Soulié, est du 26 juillet. Cette maison occupait, dans la rue Richelieu, l'emplacement de celles qui portent aujourd'hui les nM 38 et 40 1 .

Molière devint père, comme nous l'avons dit, le 15 septembre, d'un fils que Pierre Boileau Puymorin et Catherine Mignard tinrent sur les fonts baptismaux, le 1er octobre, fjt qui mourut le il de ce mois.

La santé de Molière allait toujours en déclinant. La Grange sur son registre constate une interruption du spectacle le mardi 9 et le vendredi 12 août. « M. de Molière étant indisposé ». De plus en plus un marasme invincible l'envahissait. On essaya en vain d'obtenir de lui qu'il renonçât au théâtre. Voici ce que nous lisons dans Cizemn- Rival : « Deux mois avant la mort de Molière, M. Despréaux alla le voir et le trouva fort incommodé de sa toux et faisant dr-s efforts do poitrine qui semblaient le menacer d'un^ lin prochaine. Molière, assez froid*naturellement, fit plus d'amitié que jamais a M. Despréaux. Cela l'engagea à lui dire : ■ Mon pauvre monsieur Molière, vous voilà dans un « pitoyable état. La contention continuelle de votre esprit, • l'agitation continuelle de vos poumons sur votre théâtre. « tout enfin devroit vous déterminer à renoncer à la repré-

■ sentation. N'y a-t-il que vous dans la troupe qui puis-o « exécuter les premiers rôles? Contentez-vous de com- « poser, et laissez l'action théâtrale à quelqu'un de vos « camarades: cela vous fera plus d'honneur dans le public, c qui regardera vos acteurs comme vos gagistes : vos « acteurs, d'ailleurs, qui ne sont pas des plus souples avec « vous, sentiront mieux votre supériorité. — Ah! monsieur, « répondit Molière, que me dites-vous là? Il y a un point

■ d'honneur pour moi à ne point quitter. — Plaisant point c d'honneur, disoit en soi-même le satirique qui consiste « à se noircir tous les jours le visage pour se faire une « moustache de Sganarelle, et à dévouer son dos à toutes

(1) Voy. ta Maison mortuaire dî Molière, par Aug. Vitu; Paris. Alphonse Lemerre, 1SS2.

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