‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 15 sur 221 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tiens avec l'auteur du Cîd, s'il lui fut possible, et qu'il en obtint peut-être des encouragements.

On ignore la durée de leur séjour dans la capitale normande" Ils étaient de retour à la fin de décembre. Le 28 de ce mois, ils purent s'adresser à Léonard Aubry, paveur ordinaire des bâtiments du roi, et passer avec lui un marché pour faire et parfaire douze toises de long sur trois toises de large de pavé au devant du jeu de paume, où ils vont jouer la comédie et pour « esplanader » les approches de ce jeu de paume afin que les carrosses y puissent aller facilement. Léonard Aubry s'engage à travailler auxdits ouvrages dès le lendemain et à tout rendre bien et dûment fait « dans jeudi prochain venant, pourvu que le temps le permette ». Le 28 décembre 1643 était un lundi; le jeudi suivant était le 31. Si le temps le permit et si les conditions du marché furent exécutées, L'inauguration de l'Illustre Théâtre put avoir lieu le premier jour de l'année 1644.

Si l'on s'en rapporte à Charles Perrault, les frais^ de décoration et de mise en scène ne devaient pas être considérables. On n'avait pas encore accoutumé le public à de coûteuses magnificences. Des tapisseries formaient tout le décor et laissaient beaucoup à faire à l'imagination. « Ces tapisseries, dit Perrault en parlant de ce qu'était le théâtre dans les souvenirs des vieilles gens de son temps, ces tapisseries donnoient des entrées et des sorties aux acteurs par l'endroit où elles se joignoient l'une à l'autre. Ces entrées et ces sorties étoient fort incommodes et mettoient souvent en désordre les coiffures des comédiens parce que, ne s'ouvrant que fort peu en haut, elles retomboient rudement sur eux quand ils entroient ou quand ils sortoient. Toute la lumière consistoit d'abord en quelques chandelles dans des plaques de fer-blanc attachées aux tapisseries ; mais comme elles n'éclairoient les acteurs que par derrière et un peu sur les côtés, ce qui les rendoit presque tout noirs, on s'avisa de faire des chandeliers avec deux lattes mises en croix, portant chacun quatre chandelles, pour mettre au devant du théâtre. Ces chandeliers, suspendus grossièrement avec des cordes et des poulies apparentes, se haussoient et se

baissoient sans artifice et par main d'homme, pour les allumer et les moucher. La symphonie étoit d'une flûte et d'un tambour, ou de deux violons au plus. » Telle était la scène : figurez-vous maintenant la salle : une galerie courant de chaque côté et formant les loges où le prix des places était de dix sols, le parterre debout où l'on payait cinq sols; voilà à peu près dans quelles conditions on jouait alors la comédie. Les représentations, quoiqu'elles fussent éclairées par les chandelles, avaient lieu l'après-midi, et non le soir. La porte était ouverte à une heure, on commençait à deux heures, et l'on finissait entre quatre et cinq.

Le succès ne fut pas brillant. L'auteur d'Élomire hypocondre faii dire à Elomire (Molière), racontant ces commencements difficiles :

Donc, ma troupe ainsi faite, on me vit à la tète

Et. M je m'en souviens, ce fut un jour de fête,

Car jamais le parterre, avec tous ses échos,

Ne lil plus de ah! ah! ni plus mal à propos.

Les jours vivants n'étoient ni fêtes ni dimanches,

L'argent de nos goussets ne bie-sa point nos hanches,

Car alors, excepté les exempts de payer,

Lnr- parents de la troupe et quelque batelier,

Nul animal vivant n'entra dans notre salle.

La détresse où nous verrons tomber la malheureuse troupe nous oblige à donner crédit à ces informations malveillantes. Madeleine Béjart n'était pourtant pas sans talent. Tallemant des Réaux en témoigne : « Je ne l'ai jamais vue jouer, dit-il, mais on dit que c'est la meilleure actrice de toutes... Elle a joué à Paris, mais c'a été dans une troupe qui n'y fut que quelque temps. Son chefd'œuvre ••'étoit le personnage d'Épicharis, à qui Néron venoit de faire donner la question. » Ce personnage appartient à une pièce intitulée la Mort de Se ne que, de Tristan l'Hermite, imprimée en 1645.

Et plus tard La Fontaine la louait en ces termes :

Nymphe excellente dans son art, Et que pas une ne surpasse.

La troupe obtint l'autorisation de se dire « entretenue par Son Altesse Royale (Gaston d'Orléans) ». Ce fut te

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