‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 152 sur 221 · CHAPITRE XVÏI Sii · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVÏI Sii

L'homme ennemi du genre humain.

Le campagnard, qui tout admire, N'ont pas lu te? écrits en vain :

Tous deux se sont Instruits, en ne pensant qua 1

Ln vain tu réformas et la ville et la cour;

Mais quelle en fut ta récompense?

Les François rougiront un jour

De leur peu de reconnoissance.

Il leur falloit un comédien Qui mît à les polir son art et son étude; Mais Molière, à ta gloire il ne manquerait rien si. parmi leurs défauts «pie tu peignis si bien, Tu les avois repris de leur ingratitude.

Voilà de^ interprètes du sentiment public, qui. a des titres divers, méritaient d'être entendus. N'omettons pas le vieux poète Chapelain, qui, oubliant quilparlaii de l'ami de Despréaux, écrivait a un savant professeur de Padoue qui venait d'être malade dune affection de poitrine : c Notre Molière, le Térence et le Plante de notre siècle, en est péri au milieu de sa dernière action. • N'omettons même pas de mentionner le pauvre Dassoucv qui ne marchanda pas ses regrets à celui dont il croyail pourtant avoir eu à se plaindre, et qui composa, des 1673, Y Ombre de Molière et son èpitaphe.

Un inconnu, peut-être un rival, se souvint en ce moment de la première passion du défunt pour la tragédie et Ht ce dizain, qui n'est bienveillant qu'à demi :

Gi-gîst dessons ce monument Le corps de L'illustre Molière, Qui de malade imaginaire Le devint véritablement.

Et comme la fin de la vie Se rapporte au commencement, Ce pauvre acteur en ce moment Pour achever la comédie Voulut faire son testament Et finir par la tragédie (1).

D'autre part, les ressentiments et les haines n'eurent

(1) Bibl. nat. Portefeuille Vallant, 13. F. Fr. 17,056.

garde de manquer l'occasion de se satisfaire; et, dans la série des épitaphes hostiles, il en est quelques-unes dont il n'est pas dillicile de distinguer l'origine particulière. M. Maurice Raynaud a reconnu l'ironie triomphante des médecins dans ces ver- ;

Ci-gît un grand acteur que l'on dit être mort;

Je ne sai- s'il l'est, ou s'il dort : Sa maladie imaginaire X<' saurait l'avoir t'ait mourir:

C'esl un tour qu'il joue a plaisir.

Car il aiinoit à contrefaire.

Quoi qu'il en soit, ci-git Molière :

Comme il étoit grand comédien,

s'il l'ait le mort, il le l'ait bien.

auxquels on peut joindre ceux-ci :

« C'est donc lk le pauvre Molière Qu'on porte dans le cimetière! »

En le voyant passer, dirent quelques voisins: Non, non. dit un apothicaire; Ce n'est qu'un mort imaginaire.

Qui se raille des médecins ! •

La dureté fanatique d'un autre groupe d'ennemis se trahit dans ce sonnet composé « sur la sépulture de Jean- Baptiste Poclin, dit Molières, comédien, au cimetière des morts-nés, à Paris. »

De deux comédiens la lin est bien diverse : Genest. en se raillant du baptême chrétien. Fut. mourant, honoré de ce souverain bien. Et soutînt pour Jésus une mort non perverse. Jean-Baptiste Poclin son baptême renverse, Et, tout chrétien qu'il est. il devient un payen. Ce céleste bonheur enlin n'étoit pas sien Puisqu'il en lit. vivant, un infâme commerce.

Satirisant chacun, cet infâme a vécu

Véritable ennemi de sagesse et vertu :

Sur un théâtre il fut surpris par la mort même.

O le lugubre sort d'un homme abandonne! Molière, baptisé, perd l'effet du baptême, Et dans sa sépulture il devient un mort-né.

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