‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 169 sur 221 · livres 14 sous · texte numérisé non relu

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Les conditions faites aux auteurs avaient bien changé depuis un quart de siècle. Une actrice du théâtre du Marais, Mlle Beaupré, disait naguère : « Monsieur Corneille nous a fait un grand tort; nous avions ci-devant des pièces de théâtre pour trois écus que l'on nous faisoit en une nuit: on y étoit accoutumé et nous gagnions beaucoup; présentement les pièces de M. Corneille nous coûtent bien de l'argent, et nous gagnons peu de chose. » On n'était plus au temps regretté par Mlle Beaupré.

« La plus ordinaire condition et la plus juste de côté et d'autre, dit Chapuzeau (1), est de faire entrer l'auteur pour deux parts dans toutes les représentations de sa pièce jusques à un certain temps. Par exemple, si l'on

(1) Le Théâtre françoie, page 85.

reçoit dans une chambrée (on appelait ainsi la recette d'un jour) 1660 livres et que la troupe soit composée de quatorze parts, l'auteur, ce soir-là, aura pour ses deux parts 200 livres, les autres 60 livres, plus ou moins, étant levées par préciput pour les frais ordinaires comme les lumières et les gages des officiers. Si la pièce a un grand succès et tient bon au double vingt fois de suite, l'auteur est riche et les comédiens le sont aussi; et si la pièce a le malheur d'échouer, ou parce qu'elle ne se soutient pas d'elle-même, ou parce qu'elle manque de partisans qui laissent aux critiques le champ libre pour la décrier, on ne s'opiniàtre pas à la jouer davantage, et l'on se console de part et d'autre le mieux que l'on peut, comme il faut se consoler en ce monde de tous les événements fâcheux. Mais cela n'arrive que très rarement, et les comédiens savent trop bien pressentir le succès que peut avoir un ouvrage.

< Quelquefois les comédiens payent l'ouvrage comptant jusques à 200 pistoles et au delà, en le prenant des mains de l'auteur et au hasard du succès. Mais le hasard n'est pas grand, quand l'auteur est dans une haute réputation et que tous ses ouvrages précédents ont réussi; et ce n'est aussi qu'à ceux de cette volée que se font ces belles conditions du comptant et des deux parts. Quand la pièce a eu un grand succès, et au delà de ce que les comédiens s'en étoient promis, comme ils sont généreux, ils font de plus quelque présent à l'auteur, qui se trouve engagé par là de conserver son affection pour la troupe. Cette générosité des comédiens se porte si loin qu'un auteur, des plus célèbres et des plus modestes, força un jour la troupe royale de reprendre 50 pistoles de la somme qu'elle lui avoit envoyée pour son ouvrage. Mais pour une première pièce et à un auteur dont le nom n'est pas connu, ils ne donnent point d'argent ou n'en donnent que fort peu. ne le considérant que comme un apprenti qui doit se contenter de l'honneur qu'on lui fait de produire son ouvrage. Enfin, la pièce lue et acceptée à la condition du comptant ou des deux parts, le plus souvent l'auteur et les comédiens ne se quittent point sans se régaler ensemble, ce qui conclut le traité. »

On peut relever sur le registre de La Grange quelques exemples de prix faits avec les auteurs : ainsi, on donna à M. Gilbert pour la Vraie et la Fausse Précieuse, 550 livres;

Le 19 décembre 1662, on donna à If. Boyer 100 demilouis (550 livres) dans une bourse brodée d'or et d'argent, pour la tragédie de Tonnaxare;

Le 4 mars 1667, à Pierre Corneille, pour Attila, 2,000 livres.

Le 28 novembre 1670, au même, pour Bérénice, également 2,000 livres.

Racine fat traité suivant l'autre méthode, mais non moins favorablement : il eut deux parts d'auteur pour sa première pièce, les Frères ennemis, en 1664. La troupe étant composée cette année de quatorze parts, cela faisait 2/16 ou 1/8 de la recette. La tragédie de Racine fut jouée seule, sans petite pièce, jusqu'à la cinquième représentation. 4 F

Molière, auteur, fut rétribué suivant l'un et l'autre de ces modes. Il commença par recevoir une somme déterminée. On le voit, sur le registre de La Grange, toucher, en décembre 1659 et en janvier 1660, 1,000 livres pour les Précieuses ridicules;

En juin, août et septembre 1660, 1.500 livres pour le Cocu imaginaire-, le 7 septembre, La Grange écrit : « Achevé de payer M. de Molière pour le Cocu en lui donnant pour la troisième fois 500 livres. >

A la date de février 1661, pour Don Garcie de Navarre, 968 livres: — pour les Fâcheux, 1,100 livres (100 louis) en décembre 1661.

A partir de 1662, ce mode de payement est modifié. Molière reçoit, quand on joue ses pièces, tantôt deux parts, tantôt une part d'auteur : deux parts pour l'École des Femmes et pour le Tartuffe, par exemple; une part pour Monsieur de Pourceaugnac. Ainsi, lorsque l'on jouait l'Ecole des Femmes, la recette de chaque soir était partagée en dix-sept parts au lieu de quinze. Sur ces dix-sept parts, quatre revenaient à Molière : il avait sa part comme acteur, celle de sa femme Armande Béjart comme actrice, et deux parts d'auteur.

Ces conditions qui lui étaient faites n avaient rien d exceptionnel, ainsi qu'on le voit par les explications de Chapuzeau Elles étaient conformes aux règles habituelles. M Lemazurier a calculé que Molière n'avait pas touche ponr ses droits d'auteur plus de 60.000 livres: ce chiffre, du reste si on l'examine relativement, n'est pas sans importance, quelque mesquin qu'il puisse paraître a nos vZx par comparaison avec les bénéfices des auteurs modernes. Avec tous ces éléments d'appréciation, on arrive facilement à reconstituer ce revenu annuel d une trentaine de mille livres qu'on s'accorde à attribuer a Molière dans les derniers temps de sa vie.

LA TROEPE

Tes acteurs qui composaient la troupe de Molière

.orïu'elle^rriva' à Passent : Béjart aîné Béjart eade,

Duparc. Dufresne et Debrie; les actrices . Madeleine

Béiart M»« Duparc. Debrie et Hervé. •

Ceux ou celles qui vinrent s'y joindre ensuite sont :

En 1659 : Jodelet. son frère De l'Epy. La Grange. Du

C En^eeVÎArraTnne Béjart, Brécourt. La Thorillière; .

Hubert, en 1664;

En 1670 : Baron. Beauval et sa femme ;

Marie Ragueneau de l'Estang (M* La Grange), en 167?

Nous allons passer en revue cette suite de personnages qui ont été associés à l'œuvre de Molière. Leur vie nous intéresse surtout par les côtés où elle touche a celle de Molière; leur mémoire ne subsiste, pour ainsi dire, que par reflet: s'ils ne se trouvaient pas dans la lumière du Irand poète, ils seraient pour la plupart ensevelis depuis Fongtemps dans une obscurité profonde. Cette considératien doit, par conséquent, circonscrire notre tache, die réduit et pProportion,!e naturellement nos recherches si chacun d'eux à la mesure du rôle qu ils ont eu Ms-a-MS de leur illustre camarade et directeur.

ÎO.

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