‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 17 sur 221 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à 1645 que se réfèrent les stances adressées ipar un anonyme! au duc de Guise sur les présents qu'il avait faits à toutes les troupes, qu'on trouve dans un Recueil de diverses poésies imprimé en 1646? Déjà, dit l'auteur de ces vers . qui était probablement un comédien oublié dans la distribution.

Déjà, dan? la troupe royale.

Beauchateau. devenu plus vain.

S'impatiente, s'il n'étale Le présent qu'il a de ta main.

La Béjart. Beys et Molière, Brillants de pareille lumière.

M'en paraissent plus orgueilleux ; Et depuis cette gloire extrême.

Je n'ose, plus m'approeher d'eux Bi ta rare bonté ne me pare de même.

A quelle époque exactement le duc de Guise fit-il ce partage de sa garde-robe? Est-ce dans l'été de 1644, avant de suivre le duc d'Orléans dans la campagne où le prince s'empara de Gravelînes? Est-ce l'année suivante, avant la campagne de 1645? On peut hésiter entre ces deux années. On s'explique aisément la part que Molière et ses compagnons avaient eue dans la distribution. Le comte de Modène, dont on sait les relations avec Madeleine Béjart, était premier gentilhomme du duc de Guise. Le poète Tristan l'Hermite auteur de la Mort d» Sénèque et de la Mort de Crispe citées ci-devant était attaché à la maison de ce prince. On trouverait étonnant aujourd'hui que les principaux acteurs de Paris se trouvassent si honorés d'avoir part à une distribution d'habits. Mais alors les habits des grands seigneurs avaient un prix considérable, et ces sortes de libéralités étaient d'ailleurs, depuis les temps féodaux, le moyen le plus usuel de récompenser les artistes ou les poètes qui avaient ['lu.

Le Jeu de paume des Mestayers n'avait pas été favorable aux débutants. Comme toujours, ils attribuèrent leur mauvaise chance à la situation du local qu'ils avaient choisi. Ils résolurent de transporter leur théâtre à l'autre extrémité de la ville, sur la rive droite.

Le 19 décembre 1644, Jean-Baptiste Poquelin, tant en son nom que comme se faisant fort de la compagnie de l'Illustre Théâtre, se désista du bail passé avec No€l Gallois. Leur séjour d'une année au faubourg Saint-Germain se réglait par une dette de deux mille six cents livres, ainsi qu'il résulte des actes publiés par M. Eud. Soulié.

Molière et ses compagnons ne se découragèrent pas. Ils louèrent un autre jeu de paume, celui de la Croix- Noire, situé rue des Barrés, ayant issue sur le quai des Ormes, au port Saint-Paul. Ils passent pour cela, à la date du 20 décembre, un marché avec le maître charpentier Girault, qui s'engage cà livrer la nouvelle salle pour le 8 janvier suivant. C'est donc vers cette époque, si le charpentier fut exact, que les représentations de L'Illustre Théâtre purent recommencer. Molière, pour se rapprocher de sa nouvelle salle, alla habiter au coin de la rue des Jardins-Saint-Paul.

Le spectacle se trouvait ainsi dans le voisinage de la place Royale, qui était alors le quartier aristocratique, et dans le voisinage du quartier de L'Arsenal.

Ce déplacement ne changea guère la fortune de l'Illustre Théâtre. Les recettes ue furent pas plus brillantes au port Saint-Paul qu'au faubourg Saint-Germain. Les fournisseurs n'étaient pas payés : Jean-Baptiste Poquelin, sieur de Molière, répondant pour tous, fut arrêté et emprisonné au Grand-Châtelet au commencement du mois d'août 1645, en vertu d'une sentence donnée par les juges consuls par défaut contre lui, au profit de Antoine Fausser, maître chandelier, et faute de payement de la somme de cent quinze livres d'une part, et de vingt-sept livres d'autre part. Le lieutenant civil Dreux d'Aubray ordonna sa mise en liberté à sa caution juratoire pour six mois; mais d'autres créanciers intervinrent. François Pommier, qui s'est obligé pour eux, demande que Molière soit maintenu sous Les verrous. Un linger nommé Dubourg obtient un décret de prise de corps. Le 4 août, le chef des comédiens de L'Illustre Théâtre est encore au Grand-Châtelet. Le paveur Léonard Aubry, avec qui nous avons vu les comédiens traiter, le 28 décembre 1643, consentit à se rendre pleige caution pour Jean-Baptiste Poquelin de

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