‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 173 sur 221 · DUPARC, DIT GROS-RENE · texte numérisé non relu

DUPARC, DIT GROS-RENE

René Berthelot, dit Duparc, dit Gros-René, était Nantais. Il était, dit son contrat de mariage (2), i filz naturel et légitime de Pierre Berthellot, bourgeois de Nantes en Bretagne, et de damoiselle Perrine l'Evesque ». La présence de René Berthelot dans la troupe des comédiens de Mb* le duc d'uipernon est constatée au mois d'octobre 1647 3 .

Duparc, à partir de cette époque, ne quitta plus la troupe, sauf une absence d'une année, de Pâques 1659 à Pâques 1660. qu'il passa au Marais. C'est pendant cette année que nous le voyons figurer, avec Jodelet et quatre acteurs italiens, dans une pièce jouée à l'improvisade devant la cour à Vincennes. Voici en quels termes Loret, dans sa Muse historique du 31 mai 1659, rend compte de ce divertissement :

La cour a passé dans Vincenne Cinq ou six jours de la semaine; Château certainement royal.

Où monseigneur le Cardinal Dont la gloire est partout vantée) L'a parfaitement bien traitée.

Leurs Majestés, à tous mom Y goùtoient des consentements Par diverses réjouissan Savoir : des bals, ballets et danses.

D'ailleurs quelques comédiens, Deux François, quatre Italiens,

Béjart, l'hôtel d'Arras. rue de Seine, en se réservant le droit d'ouvrir une porte sur la montée du corps de logis de derrière pour avoir communication au théâtre. (Jules Bunassies, la Fame§ue Comédienne; Paris, Barraud. 1870, j>.

I Voyez page 332.

I Yuyez Brouchoud, Les Origines du théâtre de Lyon, p. 53. (3) Voyez ci-devant, p. 60.

Sur un sujet qu'ils concertèrent.

Tous six ensemble se mêlèrent Pour faire mirabilia:

Savoir : l'époux d'Aurélia (1), Scaramouche à La riche taille.

Le signor Trivelin canaille ; Jodelet plaisant raffiné; Item aussi le Gros-René, Et Gratian le doctissime, Aussi bien que fallotissime.

Horace, en beaux discours fréquent.

Faisoit l'amoureux éloquent.

Pour Trivelin et Scaramouche.

Qui se font souvent escarmouche, Ces deux rares facétieux Tout de bon y firent des mieux.

Gros-René, chose très certaine.

Paya de sa grosse bedaine.

La' perle des enfarinés.

Jodelet v parla du nez.

Et fit grandement rire, parce

Qu'il est excellent pour la farce ;

Et pour le Docteur. Gratian,

Estimé de maint courtisan.

Avec son jargon pédantesque

Y parut tout à fait grotesque.

Enfin ils réussirent tous

En leurs personnages de fous;

Mais, par ma foi. pour la folie.

Ce^ gens de France et d'Italie.

Au rapport de plusieurs témoins.

Valent mieux séparés que joints.

Duparc paraît avoir été l'un des fleurs français qui s'exercèrent le plus heureusement a "?^^™!

errante pepson'nalité : jalousie te Gros-Rene: Gros- René petit enfant: Gros-René écolier.

(ij Qrazio (Romagnesi-,

36fi

Daparc mourut le 28 octobre 1664. Ses camarades ne jouèrent pas ce jour-là. quoique ce fût un mardi. Mention sur le registre de Saint-Germain l'Auxerrois du 29 octobre : ■ Convoi de 20, vespres, de feu René Du Parc, vivant comédien de Monsieur le duc d'Orléans, pris rue Saint-Thomns-du-Lon. Sa part fui continuée à

Mu« Duparc jusqu'à la fin de l'année théâtrale.

MADEMOISELLE DUPARC

Marquise-Thérèse de Gorla, qui épousa René Berthelot, dit Duparc. le 23 février 1653. était fille de Giacomo de Gorla, se qualifiant premier opérateur du roi en sa ville de Lyon, et de darnoiselle Marguerite Jacquerl, sa femme. Giacomo de Gorla était à Lyon depuis une vingtaine d'an- - lorsqu'il y maria sa fille (2). Il y vendait des drogues ::ie l'Orviétan à P ris, - îvent associé à des comédiens ou farceurs, élevant s tk 1res sur les places ou dans les foires. Il ne paraît pas que Marquise-Thérèse soit entrée dons la troupe de Molière et des Béjart beaucoup avant 1653. époque de son mariage. Elle y était certainement au mois de septembre de cette année (3).

Une discussion s'est ir savoir si Marquise était

un prénom ou un surnom. M. A. Balufîe prétend que ce n'était qu'un surnom, que Marquise signifiait « belle des belles, reine de joie et de beauté ». Il aurait dû ajouter que Marquise signifiait aussi c femme de gueux », ainsi qu'on le voit dons la troisième série des Proverbes joyeux de Logniet. ou on lit au bas d'une estampe : « Marquises e-t le nom des femmes de gueux (4). » Ses contradicteurs,

1 La Orru •.'<?. but son registre, désigne le mardi 4 novembre. — Il se trompe d'une semaine.

2 V ■ ~z la demande de permi>sion de séjour faite par Jacques ou

! n le 20 décembre 1635. dans le

este du mois d'octobre 18^2. Marquise-Thérèse pourrai: bien, par

- née à Lyon. Sun acte de déc^s lui donne vingt-cinq

ans e - serait née. par conséquent, en 1643; elle se serait

î à dix ans. ce qui n'est pas possible. L'acte de décès doit la

rajeunir de cinq ou six ans.

v yea page

4 L'estampe est reproduite dans le volume de M. Paul Lacroix :

qui sont le plus grand nombre, font remarquer que Marquise. Marquèse, Marquesa ou Marquesia, est un nom de baptême donné parfois aux femmes du xvue siècle. Dans tous les actes exhumés par M. Brouchoud ou M. Jal (sauf un seul du 13 octobre 1659. où elle est dénommée Marguerite-Thérèse de Gorle), elle signe et est prénommée Marquise ou Marquise-Thérèse. Ainsi, son contrat de mariage est signé : Marquise Gorle, l'acte de mariage signé : Marquise de Gorla, etc. Marquise-Thérèse donna ses prénoms à une enfant dont elle fut marraine le 26 mars 1654 (paroisse Saint-Paul, à Lyon); son acte de décès du 13 décembre 1668, à Paris, désigne encore et finalement Marquise-Thérèse de Gorle. — Il est facile à comprendre, d'autre part, que ce prénom de Marquise ait été quelquefois transformé en surnom par les poètes, notamment par les Corneille, à Rouen, en 1658. Pierre Corneille a fait de Marquise la marquise, et même la marquise de B. A. T., que M. Baluffe interprète la Marquise de Beauté Au Théâtre.

Mlle Duparc eut une réputation de beauté que justifient assez les illustres conquêtes qu'elle sut faire. Elle était, à ce que l'on croit, un peu apprêtée et façonnière; il ne faut pas prendre à la lettre ce que Molière dit de cette actrice dans l'Impromptu de Versailles :

MADEMOISELLE DUPARC

Mon Dieu! pour moi, je m'acquitterai fort mal de mon personnage, et je ne sais pas pourquoi vous m'avez donné ce rôle de façonnière.

Mon Dieu! mademoiselle, voilà comme vous disiez lorsque l'on vous donna celui de la Critique de l'École des Femmes; cependant vous vous en êtes acquittée à merveille, et tout le monde est demeuré d'accord qu'on ne peut pas mieux faire que vous avez fait. Croyez-moi,

XVII* siècle, institutions, usages et costumes, publié à la librairie A.-F. Didot, in-4% page 311.

celui-ci sera de même, et vous le jouerez mieux que vous ne pensez.

MADEMOISELLE DUPARC

Comment cela se pourroit-il faire? Car il n'y a point de personne au monde qui soit moins façonnière que moi.

Cela est vrai; et c'est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur.

Il y a dans ce passage une raillerie légère : c'est précisément parce qu'on lui connaissait ce défaut que Mlle Duparc proteste ici qu'il n'y a personne au monde qui soit moins façonnière qu'elle. Rien n'est plus naturel, en effet, et l'on sait que chacun est porté surtout a repousser les critiques qui touchent juste, et à se décerner les louanges qu'il ne mérite pas.

Mlle Duparc était bonne comédienne : elle jouait les princesses dans les tragédies et « étoit l'héroïne du théâtre », comme dit l'auteur de la Fameuse Comédienne. Elle possédait le talent de la danse, c Elle faisoit certaines cabrioles remarquables, car on voyoit ses jambes et partie de ses cuisses par le moyen d'une jupe qui étoit ouverte des deux côtés, avec des bas de soie attachés au haut d'une petite culotte ». On retrouve, dit-on, dans la Lettre sur la ne de Molière et les comédiens de son temps, d'où ces lignes sont extraites, les impressions de M,le Poisson, la fille de l'acteur Du Croisy. qui avait quinze ans quand Molière mourut, et qui n'avait pu apercevoir Mlle Duparc que dans sa première enfance. Il semble vraiment, du moins, que ces lignes traduisent le souvenir d'une enfant : elles ne laissent deviner ni le charme ni l'originalité de Mlle Duparc.

Mlle Duparc exerça une séduction particulière sur les grands poètes ses contemporains.

Nous avons dit (1) que, à Rouen, en 1658, elle eut de

(1) Voyez page 103.

vifs admirateurs dans l'un et l'autre Corneille. Lorsque Mlle Duparc quitta Rouen, P. Corneille lui adressa une élégie sur son départ :

Allez, charmante Iris, allez en d'autres lieux Semer les doux périls qui naissent de vos yeux (lj...

« Iris, dit Conrart transcrivant cette pièce dans ses papiers, c'est une jeune comédienne, fort belle, mommée la Duparc, autrement la Marquise, i Plus tard, le jeune rival du grand Corneille, Racine, s'éprit de Mlle Duparc, qu'il avait vue remplir, avec un brillant succès, le rôle d'Axiane dans la tragédie d'Alexandre, pendant les quelques représentations qu'eut cette tragédie sur le théâtre du Palais- , Royal. Aussi ce fut lui qui, à Pâques de Tannée 1667, détermina cette actrice à quitter la troupe de Molière pour entrer à l'hôtel de Bourgogne. Elle y joua supérieurement Andromaque. Elle mourut l'année suivante, le 11 décembre 1668. Voici ce que le successeur de Loret, Robinet, écrit à la date du 15 décembre :

L'hôtel de Bourgogne est en deuil.

Depuis peu voyant au cercueil Son Andromaque si brillante.

Si charmante, si triomphante, Autrement : la belle Duparc, Par qui l'Amour tiroit de l'arc Sur les cœurs avec tant d'adresse.

Clothon, sans yeux et sans tendresse.

Pour les plus accomplis objets Comme pour les plus imparfaits, Et qui n'aime pas le théâtre Dont tout le monde est idolâtre.

Nous a ravi cette beauté.

Dont chacun étoit enchanté.

Alors qu'avec un port de reine Elle paraissoit sur la scène;

(1) Variante : Allez, belle marquise. — C'est la pièce qui porte ce titre : Sur le départ de madame la marquise de B. A. T., ou ailleurs : Sur le départ de mademoiselle la marquise de C. A. B. Il n'y a là. selon nous, qu'une façon de déguiser un peu la qualité réelle de la personne à qui ces vers étaient adressés.

Et tout ce quelle eut de charmant

Gît dan? le sombre monument.

Elle y fut mercredi conduite

Avec une nombreuse suite.

Dont étoient les comédiens.

Tant les Franr:<»i- qu'Italiens;

Les adorateurs de ses charmes,

Qui ne la suivoient pas sans larmes;

Quelques-uns d'eux incognito,

Qui. je crois, dans leur mémento.

Auront de la belle inhui

Fort longtemps l'image imprimée.

Item, maints différents Amours,

Affublés de sombres atours,

Qui pour le pas sembloient se battre.

Item, les poètes de théâtre.

Dont l'un, le plus intéress

Etoit à demi trépassé (1).

Item, plusieurs peintres - -

Étoient de ces honneurs funèbres,

Ayant de leurs savants pinceaux

Été l'un des - - lux.

Item, enfin une cohorte

De personnes de toute sorte,

Qui furent de ses spectateurs,

Ou plutôt de ses s

Et c'est ce que pour épitaphe,

En style d'historiographe,

Croyant lui devoir ce souci,

J en ai bien voulu mettre ici.

Mention sur le registre de Saint-Roch : « Du 13 décembre 1668, Marquise Thérèze de Gorle, veufve de feu René Berthelot, vivant sieur du Pare, l'une des comédiennes de la troupe royalle, âgée d'environ vingt-cinq ans édée le unziesme du présent mois, rue de

Richelieu : son corps, porté et inhumé aux religieux carmes des Billettes de cette ville de Paris: présents au convoy Rault Régnier, marchand apothicaire, demeur1 paroisse S1 Germain, et Spencer, juré crieur, témoins. »

(1) Racine.

î Mignard.

(3) Vuyez la note 2 de la page 356.

Page 1