LA TROUPE DE MOLIERE APRES SA MORT
Quelles furent, après la mort de Molière, les destinées de cette troupe comique qu'il avait si laborieusement formée, dont il avait fait l'instrument de son génir. i | qu'il avait conduite à la célébrité et ;ï la fortune? Cette famille artistique, plus large mais non moins chère peutêtre au poète que sa famille naturelle, par quelles vicissitudes a-t-elle passé? et s'est-elle également éteinte parmi nous ? C'est là un autre point sur lequel nous devons des renseignements au lecteur.
Du 17 au 2* février 1673, le théâtre du Palais-Royal fut fermé. On lit sur le registre de La Grange :
« Dans le désordre où la troupe se trouva après cette
I Œuvres divises de M. de Segrais; édition d'Amsterdam. 172?. t. I, p. 173.
perte irréparable, le roi eut dessein de joindre les acteurs qui la composoient aux comédiens de l'hôtel de Bourgogne. Cependant, après avoir été le dimanche 19 et mardi 21 sans jouer en attendant les ordres du roi, on recommença le vendredi 2i par le Misanthrope. » Baron remplissait, a vingt ans, le rôle d'Alceste. Le Malade imaginaire fut repris le vendredi, 3 mars, avec La Thorillière dans le rôle d'Argan. et continué jusqu'à la clôture ordinaire qui eut lieu le 21. Pendant la clôture de Pâques, quatre des principaux acteurs de la troupe, La Thorillièrc, Baron, Beauval et Mlle Beau val, s'engagèrent dans celle de l'hôtel de Bourgogne. Et pour comble d'infortune, Lulli, installé jusqu'alors au jeu de paume du Bel-air près du Luxembourg, obtint du roi la salle du Palais-Royal. L'ancienne troupe du Palais-Royal se trouva donc désorganisée et sans théâtre.
Il existait alors rue des Fossés-dc-Nesle (rue Mazarine) en face de la rue de Guénégaud. sur l'emplacement où se trouve le passage du Pont-Neuf, une vaste salle qui avait servi aux représentations en musique données par Perrin et Cambert, pendant le court espace de temps où ils jouirent du privilège de l'Opéra.
Lorsque cette salle eut été, en vertu du nouveau privilège de Lulli, fermée par ordre â partir du 1er avril 1672, elle demeura en gage au marquis de Sourdéac et au sieur Champeron, bailleurs de fonds et associés de Perrin et de Cambert. Ce fut cette salle que MIK Molière et ses camarades achetèrent pour s'y établir, le 2:; mai 1673. Ils avaient, au préalable, et par contrat du 3 mai, attaché à leur compagnie le sieur Rosimond, comédien du Marais, et Mlle Angélique Du Croisy. âgée de quinze ans.
Le roi, apprenant ces arrangements, déclara qu'il voulait qu'il n'y eût plus à Paris que deux troupes de comédiens français, l'une à l'hôtel de Bourgogne, l'autre à la salle de Guénégaud. En conséquence Colbert se fit donner un état des acteurs et des actrices du théâtre du M.nais, et il les incorpora, sauf deux, dans l'ancienne troupe du Palais-Royal. Le 23 juin 1673. un arrêté de M. de La Reynie autorisa l'établissement du nouveau théâtre et cassa la compagnie du Marais. La troupe
formée de ces deux fameux débris (1) continua de porter le nom de la troupe du roi, « ce qui, dit Chapuzeau, se voit gravé en lettres d'or dans une pièce de marbre noir au-dessus de la porte de son hôtel ». Elle ouvrit le dimanche 9 juillet 1673, par le Tartuffe, et fit, pour son début, une recette de 74* liv. 15 s. Parmi les auteurs qui avaient suivi la troupe de Molière, se trouvait Thomas Corneille. Ce fut lui qui eut principalement le bonheur d'assurer la prospérité de la nouvelle société, à laquelle vinrent se joindre, en 1679, la célèbre Champmeslé et son mari.
Les comédiens italiens jouèrent sur le même théâtre les jours extraordinaires, c'est-à-dire les lundi, mercredi, jeudi et samedi, jusqu'en 1680.
Au mois d'août 1680, à la suite de la mort de La Thorillière, le roi fit savoir aux deux troupes de l'hôtel de Bourgogne et de l'hôtel de Guénégaud que son intention était de les fondre en une seule. On dressa la liste des acteurs et des actrices que sa Majesté voulait garder à
(1) Voici les noms des acteurs et des actrices qui composèrent la troupe de Guénégaud :