‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 19 sur 221 · DÉPART. — LES COMEDIENS DE M. LE DUC · texte numérisé non relu

DÉPART. — LES COMEDIENS DE M. LE DUC

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Les comédiens durent quitter Paris dans les derniers

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actetl: q^omp-ient la troupe au moment *c * depar,

*Sfî£5KSS,L- de Germain Clérin, nous n'entenïroSmais plus parie,, de Catherine Bourgeois --

plus. Furent-ils du premier voyage? ou furent Us ^Te t^ons" "^ftroometnTde notre pre-

traces de la troupe nomade et déjà elle en a en partie l'itinéraire capricieux. Deux sortes aac servi particulièrement dans ces re^rehes «^ quêtes ou E^jgJ-çTOE 'dans quelque leuedé ^^ane^^e, *<-£-££

ditions : un maximum pour le prix des places, fixé le plus souvent à cinq sous pour le parterre et dix sous pour la galerie; puis une représentation au profit des hospices.

Une autre sorte d'actes n'a pas été moins utile pour suivre les comédiens à la trace; ce sont les actes de baptême. Les comédiennes de la troupe étaient d'une singulière fécondité. L'enfant était baptisé où il naissait, et les camarades étaient parrains ou témoins. On constate ainsi, grâce aux registres de paroisse, la présence de la troupe dans la ville. Ce sont les cailloux blancs que le Petit-Poucet semait le long de sa route pour retrouver la maison paternelle. Au moyen de ces deux sortes de documents exhumés des archives des principales villes du Midi, nous pouvons suivre la troupe, ou du moins ne pas la perdre de vue trop longtemps.

C'est le commencement qui est le plus obscur. Voici les indications que l'on possède sur ce qui suivit la chute de l'Illustre Théâtre.

Parmi les poètes, tombés aujourd'hui dans l'oubli, dont Molière et les Béjart avaient représenté les ouvrages pendant leur établissement à Paris, il faut citer Jean Magnon. M. Magnon, un des favoris du Parnasse, comme dit Loret, un auteur alors estimé, qui avait fait jouer sur l'Illustre Théâtre son An pais une tra-

gédie à dédaigner. Cela créa entre Molière, les Béjart et le poète bourguignon, des relations qui furent très durables, puisque quatorze ans plus tard les mêmes comédiens, de retour à Paris, représentèrent <le lui une Zènobit qui fut sa dernier.- œuvre tragique.

Or, ce Magnon dont YArtaxerce avait été imprimé en 1645, fit imprimer en 1646 une tragi-comédie de Josaphat dont l'épître dédicatoire est adressée au gouverneur de Guyenne, au deuxième duc d'hipernon. Et dans cette dédicace il y a un passage ainsi conçu : « Cette protection et ce secours, monseigneur, dit-il, que vous avez donnés à la plus malheureuse et l'une des mieux méritant»s comédiennes de France, n'est pas la moindre action de votre vie, et, si j'ose entrer dans vos sentiments, je veux croire que cette générosité ne vous déplaît

pas. Tout le Parnasse vous en est redevable, et vous rend grâce par ma bouche. Vous avez tiré cette infortunée d'un précipice où son mérite l'avait jetée, et vous avez remis sur le théâtre un des beaux personnages qu'il ait portés. Elle n'y est remontée, monseigneur, qu'avec cette belle espérance de jouer un jour dignement son rôle dans cette illustre pièce où, sous des noms empruntés, on va représenter une partie de votre vie. »

On s'est demandé quelle était cette actrice que le duc d'Epernon avait tirée d'un précipice, et la réponse presque unanime des écrivains qui ont cherché le mot de cette énigme a été qu'il s'agissait ici. selon toute vraisemblance, de Madeleine Béjart. Mais quand le duc d'Epernon eut-il L'occasion de venir au secours de Madeleine? Cela se rapporte-il â des aventures plus anciennes que la fondation de l'Illustre Théâtre, â des infortunes qui auraient marqué les courses de la Béjart antérieures â 1643? Ou bien la protection du duc se serait-elle manifestée un peu avant l'impression du Josaphat, dont l'achevé d'imprimer est du 12 octobre 1646?

A bien lire le p; a le Magnon, c'est ce dernier cas qui parait probable : « Tout le Parnasse vous en rend grâce, elle n'y est remontée, etc., ■■ sont des expressions qui n'indiquent pas des laits éloignés de plusieurs années. Ce serait donc dans la première année des pérégrinations de la troupe que le duc aurait secouru la comédienne. Madeleine Béjart, Molière par conséquent, et les autres Béjart. auraient été a Bordeaux pendanl cette année.

Autre renseignement de même nature. M. Henri Chardon (il a relevé dans la préface d'une pièce contemporaine Papyre ou le dictateur romain par André ou Antoine Maresc'ual (voyez ce que nous avons dit plus haut de cet auteur et de son double prénom) quelques lignes qui peuvent servir à fixer l'époque où Molière devint comédien du duc d'Epernon, gouverneur de la Guyenne. Cette pièce fut achevée d'imprimer à la date du 28 avril 16'i6, et le privilège du roi accordé au libraire Quinet pour

fl) Voj. M. de Modem, te% deux femme» et M ' par

Henri Chardon. Paris, Alphonse Picard, 1SS6, p. 192.

cinq ans est du 9 février précédent. Or dans la dédicace de sa pièce, l'auteur dit au duc d'Epernon : « Quand votre bouche n'auroit pas avecque joye accepté le don que je luy ay fait avec crainte et respect de cette pièce de théâtre pour la faire passer heureusement de vos mains libérales en la bouche de ces comédiens destinés seulement aux plaisirs de vostre Grandeur et dont la troupe, que vous avez enrichie par des présens magnifiques autant que par d'illustres acteurs, se va rendre, sous vos faveurs et sous L'appuy de votre nom. si pompeuse et célèbre qu'on ne la pourra juger indigne d'estre

us la raison seule m'obligeoit d'adresser un des

plus grands héros et des plus vertueux de l'ancienne Rome à un des pins généreux, des plus nobles et des plus parfaits de notre siècle. »

Ces quelques lignes confirment les allusions de la dédicace du Josapl ■' d i Magnon; elles y ajoutent en laissant voir que la protection du gouverneur de la Guyenne n'avait pas eu pour objet seulemeni Madeleine Béjart, mais aussi ses camarades, puisqu'il avait enrichi sa troupe « par des présents magnifiques autant que par <■'

trs •. Elles constatent que cet enrôlement des fondateurs de l'IUusf tre dans la troupe de Bernard de Nogar mon eut lieu dans les premiers mois de l'année 1646, au plus tard.

Elles rendent aussi moins vraisemblable ce qu'on avait cru pouvoir supposer d'une rencontre possible entre - rron à la veille de composer son Roman comique et la troupe de l'Illustre Théâtre voyageant dans l'ouest de la France pendant ces premiers mois de 1646. Cette tn n'aurait donc point mené la vie de comédiens de campagne époque; la Béjart < - - gnons auraient été directement de Paris en Guyenne se joindre à une troupe déjcà constituée et y prendre de nouveaux rôles. Il convient de renom ette imagination amusante qu'on s'était faite de rattacher plus ou moin- légèrement le roman comique de Molière à celui de Scarron. Séduit par ce rapprochement, on avait fait glisser un peu trop Molière à ses débuts dans la bohème pittoresque et triviale ; le fait intéressant qui ressort de ces reetiiications,

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