‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 22 sur 221 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

deaux, presque en même temps qu'à Paris; la guerre entre les habitants de Bordeaux et leur gouverneur éclata au mois d'avril 1649.

La troupe des comédiens, au mois de mai 16 ±9, est à Toulouse. M. Galibert a relevé sur les anciens registres de cette ville la mention suivante : « 16 mai 1649, payé au sieur Dufresne et autres comédiens de sa troupe la somme de soixante et quinze livres pour avoir, du mandement de messieurs les capitouls, joué et fait une comédie à l'arrivée en cette ville du comte de Roure, lieutenant général pour le roi en Languedoc » (1).

« Joué et fait une comédie » ; y a-t-il dans cette double expression le souci d'une exactitude particulière, et le rédacteur aurait-il voulu indiquer par là deux choses distinctes? Non: il n'y faut voir, selon toute vraisemblance, qu'une simple redondance de style, sans autre intention.

Un acte de baptême (26 ou 27 décembre de cette année 1649i. où figurent comme parrain et marraine Charles Dufresne. bourgeois d'Argentan, et damoiselle Magdalaine de Baisar [sic] de Paris, dénonce la présence de la troupe à Xarbonne. C'est volontairement que nous omettons de signaler une demande adressée au conseil de ville de Poitiers par une troupe de comédiens, et sur laquelle le conseil aurait délibéré le 8 novembre 1649. Ce n'est point Molière qui avait adressé cette requête.

En janvier 1650, nouvel acte de baptême où Molière, ou plutôt Jean-Baptiste Poquelin, apparaît cette fois. Nous avions donné dans notre première édition une transcription de cet acte certifiée conforme par les archivistes et bibliothécaire de la ville. Depuis lors, le Moliêriste, dans la livraison du 1er avril 1881, en a donné une transcription un peu différente par le nouvel archiviste de l'Aude, M. Victor Ifertet. — Voici cette transcription, qui semble plus exacte que l'autre :

« L'an mil six cens cinquante et le dixiesme jeanvier, par moy, curé soubs signé, a este baptisé Jean, fils d'Anne, ne sachant le nom du père; le parrin a esté Jean- Baptiste Poquelin, valet de chambre du Roy, et la mar-

(1) Journal de Toulouse, 6 mars 1S64.

raine demoiselle Catherine du Rosé; présens les sieurs Charles Dufresne et Julien Meindre P(r)arisiens. • Lxfresne, De Rocïiessauve, Vidal, curé. »

Catherine du Rosé (ou du Rozet) n'est autre que M,le de Brie, et Julien Meindre de Rochessauve figure dans un acte du 22 février 1655. passé à Montpellier, comme caution d'une somme de 3,200 livres due à Madeleine Béjart il). Il v est qualifié de noble homme, habitant de la ville de Brioude en Auvergne.

Catherine Leclerc du Rozet (voyez l'article de Jal), qui aura une part si grande dans la vie de Molière, apparaît ici pour la première fois.

On a quelquefois conclu d'une anecdote qui est à la suite des Historiettes de Tallement des Réaux. que Marie- Hortense Desjardins. plus tard dame de Villedieu, qui composa des romans et des pièces de théâtre, lit vers • époque partie de la troupe et joua la comédie avec Molière et les Béjart : « Un jour, dit Tallement, qu'il (Molière i la fut voir à Paris dans sa chambre garnie, une femme qui étoit encore au lit dit d'un ton assez haut : « Est-il possible que M. de Molière ne me reconnoisse point? » 11 s'approche entre les rideaux : « Il seroit difficile, madame, que je vous reconnusse », répondit-il. Elle les fait tous lever et ouvrir toutes les fenêtres; il la reconnaissoit encore moins : « Sans doute, ajouta-t-il, c'est la coiffure de nuit qui en est cause. — Allez, lui dit-elle, vous a êtes un ingrat; quand vous jouiez à Narbonne, on n'alloit « à votre théâtre que pour me voir. »

Mme de Villedieu entend peut-être qu'on allait au théâtre pour la voir, non pas jouant elle-même un rôle, mais assistant comme spectatrice à la comédie. En 1650, elle avait dix-huit ans et avait déjà fait beaucoup parler d'elle (2).

1 Voyez Rech Molière, par M. Eud. Soulié, p. 254.

? Fiile du prévôt de la maréchaussée d'Alençon, née en i632, M"e Desjardins s'enfuit à seiz3 ans de la maison paternelle et courut le monde avec un de ses cousins, qui était aussi bien qu'elle dépourvu de toute ressource. Elle devint mère à la suite de cette équipée. Puis elle fit la conquête d'un jeune capitaine d'infanterie, Boisset de Villedieu. Celui-ci lit les démarches nécessaires pour contracter mariage avec Hortense. Mais il était déjà marié, et sa femme vivant encore

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