‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 23 sur 221 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Par une longue marche en retour, la troupe revient à Agen, où elle déploie ses talents au mois de février 1650. M. Adolphe Magen a fait connaître la mention suivante, relevée par lui sur un vieux registre de l'hôtel de ville, intitulé Journal pour Tannée 1649 et iinissant en 1652 :

« Le treiziesme dudict (mois de février) suivant Tordre de monseigneur nostre gouverneur, avons faict faire dans le Jeu de Paume un teatre pour les comédies et une gualerie pour mondict seigneur, où il a esté employé des tables et autres pièces, qui a esté prins de chez... (en blanc).

« Le mesme jour, le sieur du Fraisne comédien, est venu dans la Maison de ville nous rendre ses devoirs de la part de leur compaignie et nous dire qu'il estoient en cette ville par Tordre de monseigneur nostre gouverneur (1). »

Le registre où M. Magen a fait cette découverte comprend quatre années, de 1649 à 1652. La mention de la visite de Dufresne aux consuls d'Agen est au f° 101, ce qui correspond, ainsi que M. Magen Ta fait observer dans une lettre à M. Loiseleur (2), à février 1650.

On remarquera que les comédiens avertissent tout simplement les consuls de leur présence. Ils sont dans la ville par Tordre de monseigneur le gouverneur. Ce gouverneur, c'est bien le duc d'Épernon, alors à Agen. 11 n'y a guère moins de quatre-vingts lieues de Narbonne à

s'opposa à son nouveau projet. Furieuse d'avoir été jouée, Hortense Desjardins prend le costume d'officier de cavalerie, se rend à Cambrai, où résidait Villedieu, et le provoque en duel. Sur le terrain, les deux amants se réconcilient et se rendent en Hollande où leur union s'accomplit sans difficulté. Après avoir résidé quelque temps dans les Pays-Bas, les deux époux rentrèrent en France. Boisset de Villedieu succomba dans un duel qu'il soutint contre un de ses camarades qui lui reprocha sa bigamie. Peu de temps après la mort de son mari, Hurtense épousa un vieux marquis bigame comme Villedieu: mais cette nouvelle union ne fut pas inquiétée, et M"e Desjardins ou Mme de Villedieu so livra dès lors sans réserve à son goût pour la littérature; elle rit représenter des tragédies, des comédies, et publia un grand nombre de romans.

1 La Troupe de Molière a Agen, 8 pages. Agen. Noubel, 1874. Deuxième tirage, Paris et Bordeaux, 1S7T .

'i Les Points obscurs, p. -3S0.

Agen. Le voyage était long et le déplacement coûteux. Le duc n'hésite pas à faire venir ses comédiens, et ceux-ci s'empressent de répondre à son appel. Il y a là une preuve irrécusable des liens qui unissaient le protecteur et les protégés.

On peut s'étonner de cette facilité de locomotion en un temps où il n'y avait sans doute aucun service de transports organisé. Et notez bien que ces comédiens traînaient avec eux un bagage considérable : les costumes d'abord, qui entraient pour beaucoup dans le succès des pièces, devaient tenir une grande place; les tapisseries, qui donnaient les entrées et sorties aux acteurs, comme le dit Ch. Perrault, n'étaient pas légères. Un certain matériel était indispensable.

Ainsi, une troupe tout à fait semblable à celle dont nous parlons, et portant le titre de comédiens de M-"1* le duc d'Orléans, voyageait dans les mêmes provinces, un peu plus tard, en 1657. Nous voyons, par des actes publiés par M. Jules Rolland (1), qu'elle avait un bagage pesant soixante-huit quintaux (6,800 livres), ce qui est un poids respectable. Il résulte de ces mêmes actes que ces troupes comiques, quand leurs services étaient réclamés soit pour des assemblées d'états, soit par de hauts fonctionnaires, étaient transportées aux frais des villes qui étaient sur leur passage. Nous avons vu précédemment dans la lettre du comte de Breteuil, que la ville d'Albi avait promis de rembourser leurs frais de transports aux comédiens du due d'jûpernon. Nous voyons en 1657 les mêmes magistrats obligés de faire transporter à Castres les comédiens de M^le duc d'Orléans. Les charretiers Bayrol et Barrau, habitants du bout du pont du Tarn, à Albi, s'engagent à voiturer la troupe et ses bagages (du poids de soixantehuit quintaux, comme nous avons dit» jusqu'à Castres, qui n'est qu'à une dizaine de lieues d'Albi, moyennant la somme de 85 livres. Les consuls acquittent cette somme, pour satisfaire aux ordres de M-r le duc d'Arpajon, lieutenant général pour le roi en la province. Comme ces comédiens se rendaient à Pézenas, où se réunissaient les états

(ij Le Moliàriste, ire année, p. 142.

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