‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 29 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les familiers du duc Henri de Montmorency, dans le temps même où Boissat y figurait également et jouissait de toutes ses bonnes grâces. Supportant avec peine le chagrin qu'il ressentait de l'affront qu'il lui avait été fait, il cherchait 1 .ision d'amener Boissat à un combat singulier et de se venger ainsi. Moi. alors, devinant les intentions de Vachier, car nous étions assez unis par une amitié qui avait existé déjà entre nos parents, j'avertis de tout les amis de Boissat, qui étaient nombreux et bien choisis; pendant ce temps-là je ne perdais pas de vue Boissat luimême. A la lin, Georges de Musy, premier président de la cour des aides, et Jacques Marchier, avocat général de la même cour (à Vienne), interposant leur médiation, les deux parties se .réconcilièrent et la querelle s'apaisa. »

M. A. Baluffe croit que cet incident aurait eu lieu à une date antérieure, peu après 16 il. qui est la date donnée par Chorier, et qu'il se serait produit dans une excursion que Molière aurait faite à Vienne à cette époque.

Mais cette excursion est non-seulement hypothétique, mais tout à fait invraisemblable : Molière à dix-neuf ans. n'eût fait que quitter les bancs du collège. Chorier, dans le mouvement de son récit, parle des preuves nombreuses de tolérance et d'urbanité que donna Boissat. malgré une sorte de crise mystique qu'il traversa alors. Le biographe n'a pas sans doute puisé ces preuves dans un espace de temps rigoureusement circonscrit Sub ici tempus, dit-il, « quelque temps après », ce qui laisse une marge assez large, surtout si Ton considère qu'il écrit à une longue distance des événements. Nous tenons donc avec M. Brouchoud pour l'année 165 1.

Si cette page de Chorier était contemporaine des faits, il y aurait beaucoup à en conclure. Les expressions dont se sert l'auteur : « il devait conduire des femmes de distinction et des jeunes personnes à une comédie que Molière avait composée », ne pourrait s'appliquer qu'à l'Étourdi, et attesteraient par conséquent la représentation antérieure de cette pièce. Mais, écrit plus tard, le récit de Nicolas Chorier est moins significatif, et l'on ne peut attacher aux termes qu'il emploie autant de valeur.

Le prince de Conti, après chacune des deux campagnes

qu'il fit en Roussillon. présida, en vertu d'une commission expresse du roi. les états du Languedoc, la première fois cà Montpellier, où la session s'ouvrit le 7 décembre 1654 et dura une partie de l'hiver: la seconde fois à Pézenas (du 4 novembre 1655 au 22 février 1656). Molière et sa troupe assistèrent à l'une et à l'autre de ces sessions, qui étaient toujours une occasion de divertissements et de fêtes. On tâchait de distraire MM. les députés et peutêtre de les étourdir un peu, afin qu'ils fussent moins ménagers des deniers de la province.

Les comédiens furent appelés à Montpellier pendant la - —ion de 1654-55 C décembre 165*-li mars 1655). C en décembre 165*. juste au moment de l'ouverture des états, que mourut le poète Sarrasin, secrétaire du prince. On prétend que gon Altesse offrit ce poste de confiance à Molière. Q'est Grimarest qui l'affirme. Daniel de Cosnac, d'autre part, rapporte que le prince, des le lendemain de la mort de Sarrasin, destina sa place à Guilleragues, alors éloigné, à qui il manda de revenir sans retard. Ce serait donc tout au plus à titre provisoire, et à cause du besoin pressant, que le prince aurait eu recours à Molière. Quoi qu'il en soit. Molière ne songea certes pas un instant à sacrifier son indépendance, et il n'eut pas de peine à éviter les pièges que lui tendait la bienveillance de ce capricieux protecteur. Il devait lui être plus utile, du reste, dans la conduite des plaisirs que Son Altesse Royale offrait à ses hôtes et des spectacles dont elle régalait les représentants de la province.

Vers l'époque du carnaval, en 1655, fut dansé à Montpellier, devant M& le prince et Mme la princesse de Conti, un grand ballet intitulé le Ballet des Incompatibles (lj. On sait ce qu'étaient ces ballets de cour, qui eurent tant de vogue au xvn« siècle. Les plus grands personnages, les princes, les rois mêmes, étaient souvent mêlés aux comédiens et aux comédiennes de profession. Presque toujours les danseurs ou danseuses étaient masqués. L idée du Ballet des Incompatibles, c'est de faire paraître

(1) Imprimé à Montpellier, par Daniel Pech, imprimeur du roi et de la ville, 1655, in-4°.

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