CHAPITRE IV
ensemble les extrêmes opposés, par exemple les quatre Eléments, qui passaient alors pour des principes irréductibles, puis la Fortune et la Vertu, la Vieillesse et la Jeunesse, des philosophes et des poètes, l'argent et les beaux-arts, un charlatan et la Simplicité, la Dissimulation et des ivrognes suivant le dicton in trino veritas. l'Éloquence et une harengère, la Sagesse et des amoureux, la Vérité et des courtisans, la Sobriété et des Suisses. une bacchante et une naïade, enfin le dieu du Silence et six femmes.
Il y a deux récits : l'un, en tête de la première partie, est fait par la Nuit; l'autre, en tète de la seconde partie, est fait par le dieu du Sommeil.
Les personnages du ballet sont partagés, comme cela se voyait le plus souvent, entre les gentilhommes qui faisaient partie de la maison du prince de Conti ou qui avaient été convoqués aux états du Languedoc, et des acteurs. Molière y paraît deux fois. Dans la première partie, il figure le poète qui, avec le peintre et l'alchimiste, sont mis en opposition, en incompatibilité avec l'Argent. Lui, Béjart, qui fait le peintre, et le sieur Joachin, qui fait l'alchimiste, n'ont, dans le livre du ballet, qu'un couplet pour eux tous faisant allusion à la pauvreté à laquelle la poésie, la peinture et l'alchimie réduisaient ordinairement leurs adeptes. Dans la seconde partie. Molière a le rôle de la harengère qui est mise en contraste avec l'Eloquence, et cette fois il a des vers pour lui seul. Les voici. Rappelez-vous que ces vers, imprimés dans le programme du ballet, n'étaient pas, d'ailleurs, récités sur le théâtre.
Je fais d'aussi beaux vers que ceux que je récite,
Et souvent leur style m'excite A donner à ma muse un glorieux emploi. Mon esprit de mes pas ne suit pas la cadence. Loin d'être incompatible avec cette Eloquence, Tout ce qui n'en a pas l'est toujours avec moi.
C'était un lourd compliment :
Je fais d'aussi beaux vers que ceux que je récite,
Molière récitait habituellement les vers des Rotrou, des Corneille :
Et souvent leur style m'excite A donner à ma muse un glorieux emploi.
Il y a ici une allusion assez claire au récit de la Nuit, par lequel débutait le ballet :
Après que ses faits pleins de gloire T'ont rendu le témoin d'une illustre victoire, Dont l'orgueil de l'Espagne a poussé des soupirs.
Les faits pleins de gloire du prince de Conti. c'était la première campagne de Catalogne, qui avait eu lieu en 165 i, et l'illustre victoire dont l'orgueil de l'Espagne avait poussé des soupirs, c'était la prise de Puycerda(21 octobre), qui avait terminé honorablement cette campagne. Il est donc très probable que Molière est l'auteur de ce premier récit. Mais, quant au reste de l'ouvrage, on doit supp qu'il est de plusieurs mains. On ne peut soupçonner Molière d'avoir écrit ces quelques vers qui le concernent, et qui proclament que tout ce qui n'a pas d'éloquence est incompatible avec lui. Presque tous les vers de ce ballet sont d'ailleurs trop mauvais pour être du poète qui avait déjà écrit l'Étourdi.
La session de Montpellier fut très fructueuse pour la troupe. Madeleine Béjart (est-ce en son propre nom Y ce comme re de [a société?) place le 18 février une
somme de trois mille deux cents livres.
Le 18 février 1655, Antoine Baratier. conseiller du roi, receveur des tailles en L'élection de Montélimart, reconnaît, par une obligation passée devant le « notaire delphinal héréditaire de Montélimart ». devoir à Madeleine Béjart la somme de trois mille deux cents livres i pour les causes et à payer au terme y - . Le 22 du même
mois, noble homme Julien Meindre, sieur de Rochesauve, habitant de Brioude. en Auvergne (1), cautionne, par-de-
i On l'a déjà vu figurer dans l'acte de baptême du 10 janvier 1650, à Narbonne.