CHAPITRE IV
vant un notaire de Montpellier, le receveur de Montélimart pour son obligation « envers ladite damoiselle Béjart ».
Le 1er avril, elle fit à la province du Languedoc un prêt de dix mille livres. Notez que, si l'on veut avoir la valeur actuelle de ces sommes, il faut les multiplier par cinq.
De quelques indications recueillies par Emmanuel Raymond (M. Galibert) (1), on peut conclure qu'une somme de cinq mille livres fut assignée par le prince de Conti à ses comédiens pour leur service pendant cette session de 1654-1655. C'est bien probable, puisque nous avons vu qu'une allocation de 4,000 livres leur fut accordée pour la session de 1650-1651 tà Pézenas, puisque nous allons voir qu'une allocation de 6,000 livres leur sera attribuée pour la session de 1655-1656 tenue également à Pézenas. Il a été établi encore, par l'extrait des comptes du trésorier de la bourse de Languedoc, pour la session de 1650-1651, publié par M. de La Pijardière, que ces allocations aux comédiens étaient ordinairement comprises dans l'état général des dépenses de l'étape. Mais il semble qu'il s'éleva cette fois des difficultés pour le paiement et que la somme allouée aux comédiens fut difficile à recouvrer et peut-être ne le fut jamais intégralement.
Joseph Béjart publia un « Recueil des titres, qualités, blasons et armes des seigneurs barons des états généraux de Languedoc, tenus par S. A. R. M^rr le prince de Conti, en la ville de Montpellier, l'année 1654 ». L'ouvrage, imprimé in-folio à Lyon par Jassermé, dut coûter assez cher à son auteur. Dans la dédicace de la deuxième partie de l'ouvrage qui parut l'année suivante, Béjart put se vanter d'avoir obtenu les encouragements et l'approbation du prince, qui s'était diverti à lire ce livre pendant les entractes de la comédie.
La troupe de Molière partit de Montpellier peu après la la clôture des états. Elle est à Lyon à la fin d'avril 1655. Un acte de mariage entre deux comédiens nommés Foulle- Martin et Anne Reynis, le 29 de ce mois, est donné par M. Brouchoud en fac-similé (2). Les deux époux y sont
(1) Histoire des pérégrinations de Molière dans le Languedoc, 1S58.
(2) Document V.
dits comédiens de la troupe de M. le prince de Conti. Les témoins signataires sont : Pierre Réveillon, Charles Dufresne, J.-B. Poquelin. Joseph Béjart René Berthelot.
C'est ici. après leur retour à Lyon, qu'il faudrait placer la représentation de l'Étourdi, si l'on adoptait la date consignée par La Grange dans son registre. Mais, outre qu'il serait étonnant que Molière n'eût pas profité de son séjour auprès du prince pour faire jouer sa première œuvre devant lui et devant toute la noblesse de la province, il y a encore une présomption toute défavorable à cette date, que l'on tire du silence de Charles Coypeau Dassoucy, qui arriva à Lyon à peu de temps de là. Il serait vraiment extraordinaire, si Molière venait de remporter cette grande victoire de l'Étourdi, que l'empereur du burlesque (c'est le nom que Dassoucy se donnait volontiers) n'en eût pas dit un mot dans le récit de ses aventure*
Nous avons vu que Dassoucy était en relations avec Molière, et nous avons reproduit une lettre qu'il lui écrivait trois ans avant l'époque où nous sommes. Sa fortune errante le conduisit à Lyon au commencement de l'été de 1656.
« Ce qui me charma le plus (en arrivant à Lyon), ditil (1), ce fut la rencontre de Molière et de MM. les Béjart. Comme la comédie a des charmes, je ne pus quitter de sitôt ces charmants amis : je demeurai trois mois à Lyon parmi les jeux, les comédiens et les festins, quoique j'eusse mieux fait de ne m'y pas arrêter un jour, car, au milieu de tant de caresses, je ne laissai pas d'y essuyer de mauvaises rencontres... Ayant ouï dire qu'il y avoit à Avignon une excellente voix de dessus, dont je pourrois facilement disposer, je m'embarquai avec Molière sur le Rhône, qui mène en Avignon, où, comme un joueur ne sauroit vivre sans cartes non plus qu'un matelot sans tabac, la première chose que je lis. ce fut d'aller à L'académie (à la maison de jeu). J'avois déjà ouï parler du mérite de ce lieu et de la capacité de plusieurs galants homme qui divertissoient les bienheureux passants qui aimoient à jouer à trois dés. »
■\ Aventures du Dassoucy, t. Ier, p. 309.