‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 32 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DaM<m<? resta un mois à Avignon. Il y fut dépouille de tout or, argent, de sa bague et de son manteau, et deneù alpeine mieux vêtu que notre prenner père Ad^m lorsque sortit du paradis terrestre. « Mais, ou e t-il comme un homme n'est jamais pauvre tan ^iil a des amis avant Molière pour estimateur et toute la maison de's Béjart pour amie, je me vis plus riche et plus "o tent que jamais : car ces généreuses personnes ne se con en è eut pas de m'assister comme ami elles me vou- SScomme parent. Etant commandes pour aller aux éta «s me menèrent avec eux à Pézenas ou je ne »Sre combien de grâces je reçus ensuite de toiUe la maison On dit que le meilleur frère est las, au bout d un m ô de donner! manger à son frère : mais ceux-c. ^généreux que tous les frères qu'on puisse avoir, ne se lasse, en point deqme voir à leur table tout un hiver; et je peux dire

Qu'en cette douce compagnie

Que je repaissois d'harmonie.

Au milieu de sept ou huit plat?,

Exempt de soin et d'embarras,

Je passois doucement la vie.

Jamais plus gueux ne fut plus gras;

Et. quoi qu'on chante et quoi qu on die

De ces beaux messieurs des états,

Qui tous les jours ont six ducats,

La musique et la comédie,

A cette table bien garnie,

Parmi les plus friands muscats,

C'est moi qui soufïlois la rôtie,

Et qui buvois plus d'hypocras.

« En effet, quoique je fusse chez eux, je j»uvoh iMen

dire aue ïétois chez moi. Je ne vis jamais tant de bontt,

Hnt d fran -bise ni tant d'honnêteté que parmi ces gens-

Kbien dignes de représenter réellement dans le monde

les personnages des princes qu'ils représentent tous les

ours Z le théâtre. Après donc avoir passé s- bons mois

dans cette Cocagne, et avoir reçu de M. le pnnce ae

Conti de GuillerVes (D et de plusieurs personnes de

(i) Nommé secrétaire des commandements du prince de Conti après

la mort de J.-F. Sarrasin.

cette cour des présents considérables, je commençai à regarder du côté des monts; mais, comme il me fàchoit fort de retourner en Piémont sans y amener encore un page de musique, et que je me trouvois tout porté dans la province de France qui produit les plus belles voix aussi bien que les plus beaux fruits, je résolus de faire encore une tentative; et, pour cet effet, comme la comédie avoit assez d'appas pour s'accommoder à mon désir, je suivis Molière à Narbonne. »

Mais revenons un peu en arrière. Molière et ses compagnons arrivèrent à Pézenas au commencement de novembre. Remontons le cours du temps : un mois passé à Avignon nous ramène à la fin de septembre; trois mois à Lyon, à la fin de juin. On peut bien mettre une quinzaine de jours pour les voyages. Ce serait donc vers la mi-juin que Dassoucy aurait rejoint à Lyon les comédiens, qui y étaient arrivés à la fin d'avril. Cela laisse un intervalle de six semaines si l'on veut que l'Étourdi ait été représenté avant la rencontre. La pièce eût été bien nouvelle, et, comme nous l'avons dit, on a peine à croire que le v geur n'en eût fait aucune mention. A plus forte raison si cette première représentation mémorable avait eu lieu en sa présence.

Un extrait des procès-verbaux de la session des Etats de 1655-1656. publié par M. Galifert et cité par M. J. Loiseleur, établit la présence des comédiens à l'hôtel d'Alfonce, où résidait le prince, à la date du 2 novembre; voici cet extrait : c Messieurs les Evesques de Beziers, Uzès et de Saint-Pons, en rochet et camail, Messieurs les Barons de Castries. de Villeneuve et de Lanta, les sieurs vicaires généraux de Narbonne et de Mende, envoyés du comte d'Allais, et de Polignac, et autres députés de la part de ceste assemblée pour saluer Monseigneur le prince de Conty, ont rapporté qu'estant entrés dans la cour du logis de Monsieur d'Alfonce où ledit seigneur loge, ils y auroient trouvé les gardes de Son Altesse en aye {en haie), les officiers à leur teste, et Monseigneur le prince de Conty les attendant à la porte du vestibule quy regarde ladite cour, lequel, après avoir laissé passer les trois ordres, seroit venu à eux et leur auroit dit qu'il estoit forcé de les

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