CHAPITRE IV
« J'ay receu de Monsieur le Secq, thresorier de la bouree des estats du Languedoc, la somme de six mille liures a nous accordez par Messieurs du Bureau des comptes, de laquelle somme ie le quitte. Faict à Pézenas ce vingt quatriesme iour de feburier 1656. Molière.
« Quittance de six mille liures. »
Joseph Béjart toucha le même jour quinze cents livres pour l'ouvrage dont nous avons parlé : sa quittance est ainsi formulée :
« Jay receu de Monsie* le Secq la somme de quinze cents liures qui m'a esté accordée par la délibération des estats, pour la composition d'un liure que jay présenté à la prouince, de laquelle somme ie quitte ledit Monsie1' le Secq. Fait à Pézenas ce 24e feburier 1656. Bejar.
« Pour 1,500 liures. »
Pour le généalogiste Béjart, une courte délibération des estats est ainsi constatée dans le procès-verbal du 20 février : « Sur ce qui a esté represanté que le sieur Begear avoiet presanté ung livre à l'assemblée, très curieux et utille pour toute la prouince, les estats l'ont renvoyé à messieurs du bureau des comptes pour avoir tel esgard à son travail qu'ils le jugeront à propos. »
L'assemblée de l'année suivante se montra, comme nous le verrons, assez peu satisfaite de ces libéralités.
La troupe partit immédiatement pour Narbonne, où elle était le 26 février 1656. Les archives communales de cette ville contiennent à cette date la mention suivante : « Sur ce que M. le premier consul a représenté que les comédiens de S. A. de Conty, sortant de Pézenas de jouer pandant la tenue des estats et s'en allant à Bourdeaus pour attendre Son Altesse, où elle doibt aller à son retour de Paris, désireraient de passer quinze jours en ceste ville pour la satisfaction publique, et comme il n'y a point d'autre lieu à représenter que la grand'salle de la maison consullère, ils la demandent, et avec eux tous les honnestes gens de la ville, — à l'assemblée d'y deslibérer.
« Sur quoy M*8 les consuls ayant conféré ont esté d'advis de remersier lesdits comédiens et leur donner la salle. »
Le 3 mai suivant, les comédiens sont encore à Narbonne.
{J'k TIE DE MOLIÈRE
Ce jour, en présence du juge royal de Narbonne, intervint un accord entre les étapiers Dufort et Cassaignes d'une part, et Molière et Madeleine Béjart de l'autre, par lesquels les premiers, prenant à leurs risques et périls l'assignation donnée par le prince de Conti sur le fond des étapes à la fin de la session de 1654-1655. en fournissaient le montant aux comédiens, à savoir : 1,250 livres en espèces (il n*est pas sûr que ces 1.250 livres furent payées) et 3.750 en une lettre de change tirée par Cassaignes sur Dufort. acceptée par ce dernier et payable à un an de date, laquelle traite ne fut point acquittée à l'échéance. Sur toute cette affaire, les pièces documentaires n'ont pas été produites jusqu'à présent.
Les comédiens de S. A. de Conti firent-ils le voyage de Bordeaux d ait il est question dans la délibération des consuls de Narbonne? Auraient-ils été à Bordeaux entre le 15 mars et le 3 mai. ou seraient-ils partis de Narbonne seulement après cette dernière date? On n'a découvert jusqu'ici aucune trace de cette longue excursion. Le plus probable est qu'elle n'eut point lieu. Le prince était parti. en effet, pour Paris. Une grande et totale reforme est en train de s'accomplir en lui. Des les premiers mois de 1656, la conversion du prince est un fait accompli. [Vie de Par il Ion, évêque d'Alet). Au moment où la session des États de Languedoc fut close, le 22 février 1656. il ae«-.-ptait « avec une d icilité d'enfant », les règles de conduite que lui imposait l'austère évêque. « Le bal. la ( omèdic, le jeu. dit l'abbé de Voisin, furent interdits à tous ses do: tiques, i Lorsqu'il reviendra à Lyon l'année suivante, s sentiments à l'égard de ses comédiens seront bien changes: ils l'étaient déjà sans doute.
Quoi qu'il en >-)it. sa protection avait été d'une grand»' utilité pour Molière et sa troupe. Ne disons pas cependant qu'elle ait tout fait pour eux. Si la situation du poète comédien n'est plus la même que lorsqu'il était arrivé à Lyon en 1652, il ne devait pas seulement cette meilleure fortune au haut patronage qu'il avait rencontré. 11 y avait contribué par lui-même, par la révélation de s* n talent d'écrivain, qu'il parait avoir longtemps ignoré. 11 a composé et fait jouer une grande comédie qui, par la