CHAPITRE PREMIER
d'avril au mois de juillet 1642, peut être considéré comme très vraisemblable : les anciens Grecs n'auraient eu garde de le contester, dit M. F. Brunetière :
« Les Grecs, enfants gâtés des filles de Mémoire,... aimaient ces sortes de rapprochements qui ne coûtent pas beaucoup en somme à la vérité de l'histoire, et qui confondaient le nom de leurs grands historiens ou de leurs grands poètes avec le souvenir des grands événements de leur vie nationale et comme ils se plaisaient à raconter que, dans cette illustre journée de Salamine, Eschyle combattant sur les vaisseaux d'Athènes, Sophocle chanta sur le rivage le péan de la victoire à l'heure même qu'Euripide naissait dans l'île, sans doute ils se fussent complus à cette image d'un Molière assistant à l'arrestation de Cinq-Mars, comme à cet autre souvenir d'un Bossuet contemplant d'un œil avide la litière qui, de ce voyage tragique, ramenait dans Paris le tout-puissant cardinal. »
Jusqu'à la date où nous sommes parvenus, c'est-à-dire jusqu'à la seconde moitié de l'année 16i2, nous ne découvrons aucune manifestation sérieuse de la vocation comique qui allait éclater chez Jean-Baptiste Poquelin. Nul doute cependant que cette vocation ne se fût déjà révélée, car on n'en vient pas brusquement à monter sur la scène et à embrasser résolument la vie de théâtre, sans avoir donné quelques signes du penchant dont on est tourmenté.
Si l'on en croit Le Boulanger de Chalussay, le jeune tapissier se serait fait l'élève des charlatans du Pont- Neuf :
Chez deux grands charlatans il apprenoit un rolle, Chez ces originaux. l'Orviétan et Bary, Dont le fat se croyait déjà le favory.
ÉLOMIRE
Pour l'Orviétan, d'accord, mais pour Bary. je nie D'avoir jamais brigué place en sa compagnie.