‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 86 sur 221 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

public, Boileau- Despréaux et Louis XIV. Boileau lui adressa les stances si souvent citées :

En vain raille jaloux esprits, Molière, osent avec mépris Censurer ton plus bel ouvrage ; Sa charmante naïveté S'en va pour jamais d'âge en âge Divertir la postérité...

Que tu ris agréablement!

Que tu badines savamment!

Celui qui sut vaincre Numance, Qui mit Carthage sous sa loi, Jadis, sous le nom de Térence, Sut-il mieux badiner que toi?

Ta muse, avec utilité.

Dit plaisamment la vérité; Chacun profite à ton École :

Tout en est beau, tout en est bon ; Et ta plus burlesque parole Vaut souvent un docte sermon.

Laisse gronder tes envieux : Ils ont beau crier en tous lieux Qu'en vain tu charmes le vulgaire, Que tes vers n'ont rien de plaisant; Si tu savois un peu moins plaire, Tu ne leur déplairois pas tant.

L'École des Femmes fut représentée au Louvre, le 6 janvier 1663. Le roi goûta cette comédie,

Qui fit rire leurs Majestés Jusqu'à s'en tenir les côtés;

c'est ce que nous apprend Loret, qui confirme en même temps la lutte engagée autour de cette pièce :

Pièce qu'en plusieurs lieux on fronde, Mais où pourtant va tant de monde Que jamais sujet important, Pour le voir n'en attira tant (1).

Si l'orage était violent, Molière avait, comme on le voit, de (1) Muse historique, lettre du 13 janvier 1G63.

solides appuis. Il marcha en avant, il fit imprimer son ouvrage, qui parut le 17 mars 1663, avec une dédicace à Madame Henriette d'Orléans. Dans la préface qui y est jointe il parle d"une petite dissertation qu'il a faite en dialogue pour répondre aux censeurs : «Il ne sait encore, dit-il, ce qu'il en fera. » Il se résolut bientôt à prendre L'offensive.

La Critique de l Ecole des Femmes parut sur la scène du Palais-Royal le 1er juin suivant. Cette conversation littéraire, dans un salon du xvne siècle, si vivement retracée, est une des productions de Molière les plus charmantes et les plus instructives. Il a mis à dessiner ces caractères une délicatesse nouvelle. Chaque personnage est peint en quelques traits avec une vérité qui le met sous nos yeux : c'est d'abord le marquis, qui devient décidément un type comique; puis Lysidas, le détracteur oblique, l'auteur pédant et envieux, C'est Élise, la satirique spirituelle, qu'il lit représenter par la jeune Armande Béjart, qui, pour la première fois peut-être, paraissait sur la scène et y venait défendre son mari. C'est la. précieuse, la prude Climène, qui cherche à prendre sa revanche du coup terrible qu'elle a reçu en 1659. Molière répond à tout le monde. Il glisse assez légèrement toutefois sur le reproche qu'on a fait à certains endroits de sa pièce de choquer la religion : « Ces paroles d'enfer et de chaudières bouillantes sont assez justifiées, dit-il seulement, par l'extravagance d'Arnolphe et par l'innocence de celle à qui il parle. • Immoral et sans pudeur, Arnolphe cherche a exploiter la morale et la religion à son profit; il y a là un trait essentiel de ce caractère profondément conçu. Molière n'avait rien de plus à dire : il réservait d'ailleurs à ce groupe d'accusateurs une meilleure réplique.

Il réfute moins sommairement les prétendus connaisseurs, défenseurs des règles et invocateurs d'Aristote, gent alors insupportable; il les fait battre par un homme du monde avec les arguments du bon sens et de la droite raison. 11 défend en même temps sa cause contre ceux qui, pour déprécier ses ouvrages, leur opposaient sans cesse les tragédies de Corneille. L'auteur de la Lettre sur les affaires du théâtre, qui s'est fait l'écho de toutes ces clameurs, développe comme il suit la comparaison dont on se servait

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