CatechismuSy sive christianœ religionïs instl
compagnons ministres voyoyent que c'estoit un mespris des sacremens, de recevoir les gens à la Cène, qu'on ne sceust s'ils avoyent renoncé aux idolâtries et superstitions papistiques, ils requirent les magistrats de procurer que le peuple estant appelé par dixaines jurast la confession de foy. Ce qui fut trouvé bon, et estant ordonné par le conseil, le peuple y obéît alaigrement : comme luy-mesme l'a escrit en une préface qu'il mit audit catéchisme, le faisant puis après imprimer en latin à Rasle l'an 1538 au mois de mars.
Ces heureux commencemens despleurent grandement à Satan et aux siens , qui ne faillirent pas , comme il n'estoit mal-aisé sur les premiers chan-
futio, 1538. C'est le titre de la 2« édition. La première fut publiée en français, mais on n'en connaît aucun exemplaire. L'édition divisée par demandes et par réponses est de 1541.
gemens d'eslat et de religion , de luy faire fascherie. Car à grand peine se passèrent quatre mois , que d\in costé les anabaptistes le vindrent assaillir ( desquels estoit un certain Jean Stordeau dont il sera parlé ci après), et de l'autre un meschant apostat nommé M. Pierre Caroli, docteur de Paris ; lequel estant secrètement soustenu et appuyé du crédit d'aucuns des principaux , lui pouvoit beaucoup donner de peine. Mais quant aux anabaptistes, il les seut si bien et beureusement manier en dispute publique , combien que le magistrat n'y mit pas la main , que dés lors la race en fut perdue en ceste Eglise. Ce qui est d'autant plus admirable, que la pluspart des Eglises d'Allemagne en sont encore bien fort empeschées ; et s'il y en a qui en soyent délivrées, c'a esté plustost par la simple rigueur de justice qu'autrement. Quant
au combat qu'il eut à soustenir contre ledit Caroli sur plusieurs calomnies * où aussi estoyent meslez M. Guillaume Farel et Pierre Viret, l'histoire seroit trop longue qui voudroit reciter tout le discours. Je laisse donc qu'il fut conveincu en deux synodes , assavoir à Lausanne et à Berne; et que s'estant retiré en ces pays , et ayant charge de pasteur en une église , ayant aussi espousé femme , il s'en alla vers le cardinal de Tournon , et par son moyen obtint du pape lettres de pardon. Et par plusieurs fois est ainsi passé de la papauté à l'Evangile et de l'Evangile à la papauté. Mais la fin fut que ce malheureux-la , ayant esté plusieurs fois abbatu par Calvin, tant par escrit que
1 . Caroli accusait Calvin de professer l'arianisme. Il y a dans Bolsec un chapitre intitulé : « De l'injure que Calvin a fait à nostre Seigneur Jésus Christ lorsqu'il a nié sa divinité. »
de bouche ; et puis estant dechassé de l'Eglise de Dieu, est mort misérablement à Rome dedans un hospital, pour servir d'exemple à ceux qui se révoltent de Jésus Christ pour suivre un maistre qui recompense si mal ses serviteurs et en ce monde et en Tautre.
En ce temps-la , assavoir Tan 1537 , Calvin fit imprimer deux epistres, lesquelles il avoit escrites d'Italie , au voyage que nous avons dit qu'il y fit , à certains de ses amis en France. L'une est , de fuir les idolâtries et de garder la pureté de la religion chrestienne ; l'autre, du devoir de l'homme chrestien à tenir ou quitter des bénéfices en l'Eglise papale*.
1 . Epistolee duœ : prima ^ de fugiendls impiorum illicitis sacr'is et puritate cliristianœ veligiouïs ; secundo, de christiani hominis officio in sacerdotiis papalis Ecclesise vel administrandis vel ahjiciendii.
34 VIED F. CALVIN.
Cependant survindrent en la ville des séditions les unes sur les autres, qui l'affligèrent et pourmenerent d'une estrange façon. Mesmes on se vint opposer à la pratique de l'Evangile, combien qu'elle eust esté jurée par tous ceux de la ville. Mais lors Calvin, comme ilavoit un esprit vrayement héroïque , s'opposa fort et ferme aux séditieux , avec ledit Farel et un autre bon personnage nommé Couraut, aussi ministre de cette Eglise, aveugle des yeux corporels , mais clairvoyant des yeux de l'esprit ; lequel aussi ledit Calvin avoit attiré de Basle, là où il s' estoit retiré à cause des ardentes persécutions de la France , comme dit a esté. L'issue fut telle, que le Seigneur voulant tout d'un coup retirer ses serviteurs de la presse, purger ceste ville de certains mutins qui abusoyent du nom de l'Evangile, planter son nom
ailleurs, et finalement façonner son serviteur par une expérience des choses qui depuis luy ont grandement servi : il fut ordonné, la plus grande part du conseil surmontant la meilleure, que les susdits sortiroyent de la ville dans trois jours, pour n'avoir voulu administrer la Cène en une cité ainsi troublée et meslée *. Gela estant annoncé audit Calvin , sa response fut , que s'il eust servi aux hommes il seroit mal recompensé, mais qu'il avoit servi à celui , qui au lieu de mal recompenser ses serviteurs, payoit ce qu'il ne devoit point. Et c'estoit à bon droit qu'il parloit ainsi ; car il avoit
i. Calvin et Farel avaient déclaré, le jour de Pâques, qu'ils ne célébreraient pas la Cène dans une ville où se commettaient tant d'excès, d'insolences et de débauches. Dès le lendemain, ils reçurent ordre de quitter le territoire de la république.
ensuivi l'exemple de Sainct Paul, en servant à l'Eglise à ses propres cousts et despens.
Il se retira donc, au grand regret de tous les bons, et vint premièrement à Basle. Puis il fut appelé à Strasbourg, là ou estant recueilli comme un tliresor par ces excellens hommes M. Martin Bucer, Gapito, Hedio, et autres qui pour lors reluisoyent comme perles précieuses en l'Eglise de Dieu , il y dressa , par le congé * des magnifiques seigneurs et gouverneurs de Strasbourg, une Eglise Françoise, y establissant mesmes la discipline ecclésiastique : ce que jamais toutesfois les allemans n'ont peu obtenir jusques à présent pour leur Eglise. Il lisoit aussi en théologie avec grande admiration d'un chacun, et avoit pour