De la Cène du Seigneur
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leans. Une chose est à noter, comment ledit Calvin se porta prudemment à traitter ceste matière, tant en son Institution qu'audit petit livret ; car voyant que la misérable contention esmeuë pour le fait de la Cène, avoit allumé un feu qui estoit pour mettre division entre les Eglises, tout son désir fut de l'esteindre par une claire exposition de la matière , sans s'attacher à personne. Ce qu'il a fait si bien et dextrement, que qui voudra bien considérer ses escrits, confessera que c'est à luy, après Dieu, qu'appartient l'honneur de la resolution depuis suy\de par toutes gens de bon jugement. Il eut aussi lors cest heur, qu'il ramena à la foy un fort grand nombre d'anabaptistes qu'on lui addressoit de toutes parts ; et entre autres un jadis abbé nommé Paul Volse, auquel Erasme avoit dédié son Chevalier chrestien l'an 1518, et lequel
estant converti de Tanabaptisme, est mort ministre en l'Eglise de Strasbourg. Il y eut aussi de ce nombre un nommé Jean Stordeur natif du Liège; lequel estant decedé de peste à Strasbourg, quelque temps après il print sa vefve à femme, nommée Odillette ou bien Idellete de Bure*, femme grave et honneste, (ce que il fit par le moyen et conseil de M. Bucer) et avec elle a tousjours vescu paisiblement, jusqu'à ce que nostre Seigneur la retira à soy sans aucuns enfans, car combien qu'elle eut un fils de lui, il mourut incontinent.
En ce mesme temps, assavoir l'an 1541, furent tenues en Allemagne quelques journées impériales sur le fait de
I . C'est en septembre 1 539 que Calvin épousa Idelette de Bure. Elle avait eu de son premier mari plusieurs enfants , auxquels Calvin servit de père. Elle mourut en 1549, après une union qui ne fut troublée par aucun nuage.
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la religion , à Wormes et à Ralisbone, ,esqiielles Calvin fut esleu des premiers par l'advis de tous les théologiens allemans , où il se porta tellement que su renommée se fit grande parmi les adversaires mesmes. Aussi Philippe Melanchthon entre autres le prit dés lors en singulière amitié, qui a tousjours duré depuis; et dés lors Tappeloit ordinairement le Théologien, par un singulier honneur. Semblablement, Gaspar Ciaiciger qui estoit excellent personnage, et l'un des pasteurs de l'Eglise de Wittemberg , le prit à part pour conférer à loisir privément avec lui , le priant de lui déduire au long la doctrine de la Cène du Seigneur et ce qu'il en sentoit; ce que Calvin fit volontiers. Et après la fin de tout le propos , le bon personnage Cruciger , comme il estoit homme fort humain , l'en remercia bien fort, lui déclarant que de sa part
il en sentoit aussi tout de mesme. Alors Calvin composa à Wormes , le premier jour de l'an , un chant de i>ictoire en vers latins à riionneur de Jésus Christ % lequel depuis a esté mis en lumière par Timportunité d'un moine inquisiteur de Tholose, qui le condamnoit avant qu'il fust imprimé ; et finalement a esté traduit en rime Françoise par feu M. Conrad Badius, qui est mort ministre de l'Eglise de Orléans.
Cependant le Seigneur exerçoit ses jugemens à Genève, punissant expressément ceux lesquels estans en estât de syndiq l'an 1538 , avoyent esté cause de decliasser Farelet Calvin. Tellement que l'un d'eux, estant coulpable d'une sédition et se voulant sauver par une fenestre, se creva soy-mesme ; un autre
1. Epicinium Christo cantatum. C'est le seul morceau en vers qu'ait publié Calvin.
ayant commis un meurtre fut décapité par justice ; les deux autres, conveincus de certaine desloyauté contre TEstat , s' enfuirent et furent condamnez en leur absence. Geste escume estant vuidée de la ville, Calvin commença d'estre regretté, et fut redemandé par plusieurs ambassades de Genève, et par Tintercession des seigneurs de Zurich aux seigneurs de Strasbourg , qui en firent difficulté. Calvin d'autre part, voyant le fruict qu'il faisoit à Strasbourg , n'y vouloit nullement consentir, combien qu'il portast affection à la ville de Genève et aux gens de bien qui y estoyent. Enfin il fallut venir aux menaces du jugement de Dieu, s'il n'obeïssoit à ceste vocation; lesquelles luy proposa M. Bucer, alléguant l'exemple de Jouas. Ainsi au grand regret desdits seigneurs de Strasbourg, et mesmes de M. Bucer et de ses autres compagnons,
il fut accordé à la ville de Genève pour quelque temps. Or, ces propos furent mis en avant lors que ledit Calvin avoit esté esleu avec M. Bucer pour aller à la journée impériale à Ratisbone*, ce qui fit qu'il ne peut si tost retourner à Genève. Mais cependant fut trouvé bon par ceux qui avoyent soin de ladite Eglise, qu'on prieroit les seigneurs de Berne de permettre que M. Viret, qui estoit ministre de l'Eglise de Lausanne, vint pour un temps demeurer à Genève : afin qu'en attendant le retour de Calvin, cette povre Eglise n'allast du tout en dissipation. Dont il fut fort joyeux, sachant bien, comme il estoit vray, que ce luy seroit grand aide d'avoir Viret pour compagnon au gouvernement d'icelle Eglise. Cependant s'escoulerent quelques mois. Mais