D'Augsbourg
Estais de l'Empire se tenoyent , que là avoit couru un grand bruit qu'il s'estoit révolté à la papauté; lequel avoit esté recueilli par les cours des princes avec trop grande facilité. Ce qui toutesfois ne le peut descourager de tousjours persister vertueusement en sa vocation.
Car de ce temps-là mesme, il revit et mit en meilleure forme son commentaire sur Isaïe , qui avoit desja esté imprimé Tan 1551. Davantage, lors furent imprimées ses Leçons sur tous les petis prophètes * , car auparavant on avoit seulement imprimé les leçons sur Osée à part. Or avoit-il leu tous les petis prophètes quand la fièvre quarte le print; il s'en falloit seulement deux ou trois dernières leçons sur Malachie.
Pourtant quand l'imprimeur fut près de cest endroit-là , afin que l'œuvre ne
\ . Prxlectiones in duodecim prophetas minores.
demeurast imparfaicte , Calvin fit lesdites leçons en sa chambre , à quelque nombre de personnes qui s'y peurent trouver (pource qu'à cause de sa fièvre et mesmes de l'hyver, il ne luy estoit pas bon de sortir à l'air); et furent icelles leçons recueillies de sa bouche ainsi que les autres, et comme elles sont imprimées. Ladite fièvre quarte avoit longs accez et grande ardeur, et encores après qu'elle l'avoit laissé, mesmes si c' estoit sur le soir, il estoit sans manger jusques au lendemain à disner.
Tellement que quelques fois il estoit 48 heures sans manger ni boire, et cependant il sentoit au dedans une merveilleuse sécheresse toute la nuict ; mais il s'estoit si bien accoustumé de longue main à sobriété et tempérance, et à tenir en bride ses appetis, que c'estoit une chose incroyable. Vray est que quelques fois les médecins luy ayans
VIE DE C.ALVIX. 135
remonstré qu'à faire ainsi il s'assechoit par trop, il essaya de prendre un potage le soir après Faccez terminé ; mais quelques heures après sa migraine le prenoit, qui lui donnoit quasi autant de peine que la fièvre. Dont il fut contraint d'observer ceste longue abstinence, ou en approcher de près.
En ce temps-la , assavoir au mois de mars 1559, M. Pierre Viret pour bonnes raisons, avec certains autres, sortit du lieu où ils estoyent, et se retira à Genève; où il fut prié tant par les magistrats que par Calvin et les autres ministres, de faire office de pasteur de l'Eglise, ce qui fut pour suppléer aucunement au défaut advenu par la longue maladie de Calvin. Mais finalement Dieu voulut que la fièvre le laissa audit an 1559, au mois de mars; toutesfois tellement débilité que jamais depuis il n'a peu revenir en une pleine santé.
Tousjours depuis, il traina la jambe droitte, qui par intervalles luy faisoit douleurs. Mais il ne s'arrestoit pas pourtant en la maison, sinon par fois que lesdites douleurs estoyent grandes et par trop pressantes : ains venoit au temple faire ses sermons, et en l'auditoire faire ses leçons. Quelques fois marchant seul, quelques fois estant appuyé et aidé de quelqu'un; ou quand il ne pouvoit autrement, se faisant porter en une petite chaire, ou montant à cheval. Or ce fut une grande joye à toute l'Eglise la première fois qu'il monta en chaire pour prescher après sa maladie. Il me souvient que ce fut un jour de dimanche, et qu'on chantoit le pseaume 30, qui estoit bien propre pour rendre action de grâces pour sa convalescence. Là on pouvoit appercevoir en son visage, comment il rendoit grâces à Dieu d'une vraye affection de
pieté ; car il n'y avoit riea d'affectation (comme on sait qu'il a tousjours fuy cela merveilleusement), mais en sa simplicité reluisoit naïfvement ce que je di. Ainsi estant aucunement restabli en Texercice de sa charge, il acheva ce qui luy restoit à exposer d'Isaïc aux sermons ordinaires de sa sepmaine; et puis commença esdits sermons le livre de Genèse le 4'' jour de septembre.
Quant à ses leçons, il commença le prophète Daniel le 12 de juin audit an ; et pour ses sermons du dimanche , il se mit à prescher l'harmonie des trois evangelistes au mois de juillet : et de ces sermons il y en a 65 imprimez. Sur la fin du mois de décembre, il tomba en un crachement de sang par une defluxion erodente, et pour s'estre trop efforcé ; comme il ne se donnoit aucun relasche, que il ne mist tousjours peine de s'acquitter de toutes les parties de
sa charge. Ce fut un accident qui estoit bien pour Festonner. Toutesfois après y avoir remédié par le conseil des médecins, et s'estre tenu coy bien peu de jours, il se monstra tel que de coustume, et retourna derechef à prescher ; combien que tant les médecins que ses amis familiers luy conseilloyent et le prioyent qu'il se reposast pour le moins un mois , afin de mieux remédier au mal commencé. De fait, le peu de repos qu'il se donnoit fut cause que, encores depuis aux années ensuivantes, il eut le mesme accident deux ou trois fois ; où il fut semblablement secouru par les médecins le mieux qui leur estoit possible en un tel corps.
Je ne veux omettre que ce ne luy fut pas une petite joye, de ce que Dieu luy fit la grâce que les magistrats et gouverneurs de la ville, par son conseil, prindrent courage lors à dresser ici
quelque commencement d'escole et profession publique des principales langues , ayans recouvré d'excellens personnages, de ceux qui s'estoyent ici relirez avec M. Pierre Viret. C'estoil en un temps, ainsi qu'on sait, que ceste ville estoit fort menacée à cause de l'Evangile, et qu'il y avoit apparence qu'on y auroit de grands affaires. Mais comme il savoit dépendre de Dieu, et non pas des hommes, il apprenoit aux autres la mesme leçon en tous aJBfaires.
Ceste année-là sur la fin, on commença à exposer en la congrégation les vendredis les quatre derniers livres de Moyse par forme d'harmonie, ainsi que Calvin l'a comprinse en son commentaire qu'il fit imprimer depuis. L'an 1560, au mois d'avril, il acheva en ses leçons le prophète Daniel, et commença Jeremie le 15 dudit mois.
Au mois de juin, il fut adverti par
i40 VIE DE CALVIN.
les frères de Poloigne, qu'un certain Stancarus troubloit leurs Eglises, disant que Jésus Christ estoit nostre moyenneur\ seulement en sa nature humaine, sans aucun regard de la divinité^. Lesquels aussi luy envoyans sommairement les argumens dudit Stancarus, le requirent d'y respondre ; ce qu'il fit briefvement et bien péremptoirement par une epistre qu'il leur envoya". Mais depuis, à leur requeste,