Prxlectiones in libriim prophetiarum Danielis
dia à tous les fidèles de France qui desiroyent ravancement du règne de Christ en ce royaume-là. En l'epistre qu'il leur escrit à ceste fin, on peut dire qu'il a esté vrayement prophète. Car combien qu'il y eust lors grande apparence que la vraye Eglise auroit quelque tranquilité en France, et qu'il y auroit grande liberté de prescher la pure doctrine de l'Evangile (c'estoit au mois d'aoust, et environ le temps de l'assemblée de Poissi); toutesfois après leur avoir baillé divers enseignemens en ladite epistre, sur la fin il dit ces propres mots : « Que s'il vous faut combatre plus long temps (comme je vous adverti et dénonce qu'il vous faudra soustenir encore des combats beaucoup plus rudes que vous ne pensez) quoy que la rage des meschans se desborde, etc. » En ce temps-là aussi, il fit imprimer un livre latin, intitulé
Response à un certain moyemieur rusé^ qui^ sous couleur de bailler moyens de pacification^ s^ efforce d'empescher et rompre le droit cours de V E\>angile au royaume de France,
L'occasion qu'il eut de composer ledit livret, fut que lors un certain François Balduin se mit en avant : lequel ne pouvant non plus demeurer en une religion qu'en une place, a changé de demeure et condition plus souvent que tous les jours, et de religion pour le moins trois fois. A la fin n'ayant plus de conscience à perdre , s'est rangé d'une certaine religion pareille à celle des chanoines réguliers; lesquels estans en gênerai semblables à tous les autres de leur rang, toutesfois quand il est question de leur particulier, se font moines en ce qui est avantageux pour les moines ; et tout au contraire se font séculiers , quand la moinerie leur est
peu favorable. Ainsi ce personnage baise Ja pantoufle comme les autres; et afin qu'on ne fist doute que ce ne fust à bon escient, en a prins une bonne et belle remission de son roy, pour rentrer en grâce de Sa Saincteté et des cardinaux, desquels pour son dernier malheur il est devenu esclave. S'il est donc question d'escrire contre nous, voila le meilleur catholique du monde.
Mais si d'autre costéilfaut s'accommoder à ceux qui sont comme entre deux fers, et se vantent de tenir le milieu, alors il crache les reformations de l'Eglise romaine, et parle vaillamment de certains abus. Mais c'est sans toucher au principal, et tellement toutesfois que tout homme qui ne le cognoistroit penseroit qu'il parlast à bon escient, et non point pour se faire valoir. Cet homme pour son entrée ne faillit pas, l'an 1 561 , de mettre en avant
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nn livre de telle matière, sans aucun nom, à l'heure mesmes qu'on estoit au colloque de Poissy. Calvin cognoissant l'intention de ce malheureux, respondit brièvement comme il avoit accoustumé, mais fort péremptoirement, et donnant quelques atteintes à celuy qui estoit principalement coulpable de ce mal * .
Balduin sur cela s'escliaufFe, et depuis n'a cessé d'escumer sa rage contre celuy qu'il avoit tant de fois appelé père et précepteur : le tout pour faire cognoistre qu'il s'estoit révolté à bon escient. Sur cela Calvin l'a combatu et ruiné par un seul silence. Car quant aux injures et outrages contre sa personne, il les a tousjours estimées hono-
i . Responsio ad Balduini convicia. François Baudouin avait étudié à Louvain et à Paris. Il finit par se consacrer tout entier au barreau, et il a laissé une certaine réputation comme jurisconsulte. Il mourut en 1573.
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rables pour le nom du Seigneur auquel il servoit ; joint qu'estre blasmé par un meschant , emporte certain tesmoignage de vertu. Et quant aux reprehensions concernantes la doctrine, les unes luy ont semblé si légère et impertinentes qu'elles ne meritoyent response ; les autres ne sont que redites empruntées d'ailleurs, et mille et mille fois réfutées. Toutesfois, pource que c'est à moy aussi que cest apostat s'est attaché pour gratifier sesmaistres, j'ay prins la charge de luy respondre pour la deuxième fois; dont aussi je m'acquitteray, avec la grâce de nostre Dieu. Au reste, Calvin la mesme année composa, par manière de passe-temps, le petit livret intitulé : Congratulation à vénérable prestre messire Gabriel de Saconnay^ precenteur * de V Eglise de
\ , Le chantre {cantor) prenait le titre de prx-
Lion, touchant la belle préface, et mignonne, dont il a remparé le livre du roy d'Angleterre \ C'est le livre qui trente ans auparavant avoit esté fait sous le nom du roy d'Angleterre, Henri huictieme, contre Luther; lequel ce vaillant prestre fit reimprimer à Lion avec sa préface. Je croy qu'il s'en est mors la langue; car Calvin en sa congratulation, luy gratta bien sa rongne.
L'an 1562, oyant et comme voyant les troubles qui estoyent par toute la
centor dans les églises où il y avait un souscliaatre {succentor ),
i . Gratulatio ad venerabilem presbjterum dominum Gabrielem de Saconay^ prœcentorem ecclesïae Lugdunensïs y de pulchrd et eleganti prœfatione quam l'ihro régis Anglise inscripsit. Ce Gabriel de Saconay, qui mourut en 1580 , ne s'est guère fait connaître que par la véhémence de ses écrits contre la Réforme,
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France , c'est une chose incroyable combien grande et continuelle compassion il avoit de la désolation des Eglises et des horribles massacres faits contre les povres fidèles ; et comment il estoit en grande solicitude que tous moyens licites fussent employez pour les garentir de la violence extrême des ennemis de Dieu, et les remettre en quelque tranquilité, àFhonneur deDieu et soulagement de tout le royaume. Et de fait, outre ses prières particulières et qu'il faisoit à part soy, en ses sermons il n'oublioit d'exhorter le peuple à prier Dieu pour les grandes nécessitez desdites Eglises de France. Et par son conseil les syndiques et seigneurs de la ville firent crier à son de trompe, que chacun eust à s'humilier devant Dieu, fréquenter mieux les sermons, nommément les jours de dimanche et de mecredi ; pour requérir Dieu tant plus
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afFectueusement pour tous les frères fidèles espars parle royaume de France, et mesmes pour la prospérité de tout Testât desdits pays.
Environ ce temps-là un seigneur de considération en France, et sa femme, ayans pris leur chemin par l'Allemagne pour aller à Lion et en Languedoc, à cause des guerres et troubles passèrent par ici , le virent et parlèrent à luy ; ce ne fut pas sans ouïr de lui bonne instruction. Geste année-là ayant achevé en ses leçons le prophète Jeremie le 9 de septembre , il commença les Lamentations dudit prophète le 20 du mesme mois. Et sur ce propos discourant familièrement avec les autres ministres : « Il pourroit sembler, disoitil , que ce seroit un mauvais présage pour les affaires des Eglises, de ce qu'il me faut lire les Lamentations; mais le tout est en la main de Dieu. » Au mois
de novembre, on commença à exposer en la congrégation Tepistre auxGalates.
Au mois de décembre il eut la goutte plusieurs jours; tellement que le 18 duditmois, quiestoit le jour des censures des ministres pour la Cène de Noël , ils firent leur assemblée en sa chambre, luy estant au lict. Il y avoit eu la nuict une merveilleuse bise , qui se renforça de plus en plus tout ce jour-là et le lendemain qui estoit jour de samedi, et s'appaisa seulement le dimanche. Lors Calvin en la présence de plusieurs des ministres, parlant de la véhémence de ceste bise, dit un mot qui peu de jours après fut trouvé véritable : « Je ne sçay, disoit-il, que c'est; mais toute ceste nuict, oyant ce grand bruit, il me sembloit que c'est Dieu qui sonne le tambour en l'air; je ne pouvoye oster cela démon esprit, il se fait quelque grand'chose. » Or dix ou douze jours après,
vindrent les nouvelles que ce jour-là de samedi 1 9 du mois avoit esté la bataille de Dreux , où pour certain Dieu opéra contre les ennemis de son Eglise, quoy qu'on vueille dire.
Audit an, il composa le petit livret intitulé Response à un certain hollandois ^ lequel sous ombre de faire les chrestiens tous spirituels , leur permet de polluer leurs corps en toutes idolâtries^^ laquelle response il adressoitaux fidèles du Pays Bas. Lors aussi, il dressa la Confession de foy au nom des Eglises reformées du royaume de France , pour présenter a V Empereur et aux princes et Estats d' Allemagne, en la journée de Francfort"^ . Mais ladite confession ne peut venir jusques-là, pource que les passages estoyent clos. Depuis elle fut imprimée l'an 1564.