‹ Vie de J. CalvinChapitre 85 sur 95 · Arius niait la divinité de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

Arius niait la divinité de Jésus-Christ

2. Pelage niait le péché originel et la nécessité de la grâce.

clair voyant à cognoistre et redarguer Fimpieté des faux evangeliques, s'accommodans à toutes gens sous couleur du titre des nicodemites ? Qui a plus heureusement combatu et desfait cest amas de sangliers, assemblez pour degaster la vigne du Seigneur? Qui a mieux ni plus droict navré Tanteclirist à la mort? Qui a plus courageusement et plus pertinemment respondu à ce malheureux intérim * qui a tant troublé l'Allemagne? Est-il possible de mieux respondre à tous les argumens des adversaires de la saincte doctrine de la

1. Y! intérim est un système de doctrine imaginé par Charles- Quint, en 1548, pour amener la réunion des catholiques et des protestants en Allemagne. Les articles qui le composent furent rédigés par trois théologiens, dont un protestant. Les deux communions repoussèrent cette transaction , et Charles-Quint lui-même y renonça quatre ans après, à la suite du traité de Passau.

prédestination et providence éternelle de Dieu que ce vilain Bolsec avoit reschaufifez de mauvaise grâce en son cerveau de moine? Que diray-je des combats qu'il a eu pour maintenir la divinité et éternité du fils de Dieu contre Servet, Valentin Gentil, et le reste des Servetistes qui se déclarèrent environ le mesme temps? Qui a aussi plus vivement maintenu la pureté de la doctrine contre les plus dangereux ennemis; c'est assavoir ces sages moyenneurs, qui sous ombre de paix et union prétendent de la corrompre, cherchans leurs avantages en complaisant aux hommes? Finalement qu'ont rapporté de leurs efforts ces opiniastres Joachim Westphale et Tileman Heshusius, sinon qu'ils se sont monstrez les plus ardens ennemis de vérité et de concorde, qui fussent en tous leurs quartiers? Car, quand il luy a esté force d'entrer au

combat , il a tellement maintenu la vérité, et combatu Tignorance et impudence de tels personnages, qu'il en a acquis louange, et les susdits toute vergongne, voire mesme entre ceux de leur secte et nation; et FEglise de Dieu en a esté tant plus confirmée en la vraye et saine doctrine. Brief, je croy qu'il ne se trouvera lieresie ancienne ni renouvellée,ni nouvellement forgée denostre temps, laquelle il n'ait destruite jusques aux fondemens. Car entre autres grâces excellentes, il y en a deux qui reluisoyent en lui : c'est assavoir une singulière vivacité à descouvrir là où gist la difficulté des matières ; et puis aussi une dextérité merveilleuse à coucher ses responses , sans perdre une seule parole : comme tous ceux le confesseront, voire mesmes les ennemis de l'Evangile , qui voudront attentivement lire ses escrits.

Tant y a, disent les autres, qu'il vouloit tout gouverner. O vilaine et fausse impudence! quelle prééminence a-il jamais cherchée? Et s'il en eustcherché, qui Teust empesché d'en avoir ? Avec qui eut-il jamais débat du premier ou second Heu? Quand on lui a déféré ce qui appartenoit aux dons et grâces que Dieu avoit mises en lui , quand a-il esté veu changé tant soit peu ? Quand se trouvera-il avoir jamais abusé de sa charge et authorité envers le moindre du monde ? Quand a-il entreprins ne fait chose, sans l'advis ou contre l'opinion de ses compagnons? Quand, mesme, il avoit achevé un livre de l'Escriture en ses leçons ou sermons, combien qu'il seust mieux que pas un, quel texte seroit le plus propre pour l'édification de l'Eglise, il n'a jamais toutesfois commencé autre livre , qu'il n'en demandast l'advis de ses compagnons.

Brief , quelle différence avons-nous jamais veuë entre lui et nous , sinon qu'il nous surpassoit tous en toute humilité entre autres vertus , et en ce qu'il prenoit seul plus de peine que nous tous , et s'en acquittoit non seulement fidèlement , mais aussi d'un grand courage et vertueusement , sans ostentation toutesfois, ni mesme apparence externe?

Car on peut bien dire de lui, que Dieu y avoit tellement opéré, qu'entant que la condition des fidèles en ce monde le peut porter, c'estoit un homme qui avoit humilité sans pusillanimité, et magnanimité sans orgueil.

Il y en a aussi qui l'ont fait prodigue et joueur; mais c'est du tout sans raison. Car, je vous prie, y avoit-il homme plus simplement habillé, ni plus modeste en toute contenance ? Y avoit-il maison, pour la qualité d'un tel homme, je ne di point moins somptueusement,

mais plus povrement meublée? Si on ne m'en croit et dix mille tesmoins avec moj , au moins que les petites facultez de son frère et seul héritier, et l'inventaire de tous ses biens en soyent creus. Quant au jeu, il est bien vray que quelque fois, quand cela venoit à propos et en compagnie familière, il serecreoit au palet, à la clef*, ou autre tel jeu licite par les loix et non défendu en ceste republique ; mais encore c'estoit bien peu souvent, et plustost à l'incitation de ses familiers amis, que de son propre mouvement. Car d'ordinaire, outre ce que tout le reste du jour il s'occupoit du tout à escrire ou estudier ; après le repas mesmes il se pourmenoit en sa chambre quelque petit

1. Rabelais parle de ce jeu , qui consistait, paraît-il , à lancer une clef sur une table, le plus près possible du bord.

quart d'heure seulement, ou au plus une demie heure s'il y avoit quelqu'un qui lui tinst compagnie , et puis se retiroit à l'estude. Quant à ceux donc qui l'ont blasmé de prodigalité et de ce qui s'en ensuit, je di qu'au moins ses livres feront foy jusqu'à la fin du monde , de ses passe-temps et de l'impudence de tels menteurs.

D'autres tout au contraire Font taxé d'avarice, et il y en a eu de si effrontez calomniateurs, qu'ils se sont emportez jusques à le faire un usurier; les autres un banquier : chose si ridicule, et si faussement controuvée, que tout homme qui l'a jamais tant soit peu cognu , ne demandera jamais défense contre un tel mensonge. Et comme lui-mesme l'a escrit en quelque endroit , s'il y en a eu qui ne se soyent peu persuader qu'il ne fust riche et abondant en argent , à tout le moins qu'ils le croyent

finalement après sa mort , quand tout est descouvert. Car il se trouvera , que toute sa succession ( y comprins mesmes ses livres , qui ont esté chèrement vendus, à cause de sa mémoire tresprecieuse à toutes gens doctes ) ne passe point deux cens escus. Vray est que comme il a fort bien escrit au mesme passage , d'autant qu'il n'appetoit rien plus que ce qu'il avoit, il n'estoit point povre. S'il est donc question d'avarice, il estoit si fort avaricieux , qu'ayant en somme toute six cens florins de gages , qui ne reviennent jusques à trois cens livres tournois, il a mesmes pourchassé d'en avoir moins , et les contes de cette seigneurie en feront foy. Il a esté si convoiteux des biens de ce monde, qu'estant prisé , voire mesmes honoré et de rois et de princes et seigneurs de plusieurs nations , et mesmes leur ayant dédié ses ouvrages : je ne sache

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(et le sauroye à mon advis s'il estoit autrement ) que jamais il en ait receu à son profit la valeur de vingt escus. Aussi avoit-il la sacrée parole de Dieu en telle révérence , qu'il eust mieux aimé mourir que de s'en servir d'appast en ambition ou avarice. Il a dédié plusieurs de ses livres à quelques personnes particulières, en recognoissance de quelque bien -fait ou d'amitié :

comme son commentaire sur le livre de Seneque, dont il a esté parlé, à un des seigneurs de Mommor , en la compagnie desquels il avoit esté entretenu à Paris aux escoles , non pas toutesfois à leurs despens ; son commentaire sur TEpistre aux Romains, à Simon Grinée * ; sur la première aux Corinthiens,

1. Simon Grynée professa successivement la langue grecque et la théologie. On lui doit la découverte des cinq derniers livres de Tite- Live.

au seigneur marquis Garacciole * ; sur la seconde , à Melchior Volmar son précepteur en grec: sur la première aux Thessaloniciens , à Maturin Gordier son régent au collège à Paris en sa première jeunesse ; sur la seconde , à Benoist Textor son médecin; sur l'Epistre à Tite, à ses deux singuliers amis et compagnons en l'œuvre du Seigneur M. Guillaume Farel et M. Pierre Viret; et le livre des Scandales, à son ancien et perpétuel ami Laurent de Normandie.

Quantaux autres, dédiez à quelques rois, ou princes, ou republiques, son but estoit d'accourager les uns par ce moyen

1 . Antoine Caraccioli, fils de Jean Caraccioli qui fut maréchal de France. D'abord très-mondain, il entra ensuite chez les Chartreux, puis à Saint- Victor, et devint évêque. A la suite d'un voyage à Rome, il abandonna son évéché, se lia avec Th. de Bèze et avec Calvin , et prêcha la Réforme jusqu'à sa mort, arrivée en 1569.

à persévérer en la protection des enfans de Dieu, et y inciter les autres. Parquoy aussi, quand il a veu que tels personnages faisoyent tout le contraire, ou ne prenoyent pas en bonne part son labeur, il n'a point fait difficulté d'oster leurs noms pour y en mettre d'autres ; ce qui est toutesfois advenu seulement en deux ou trois préfaces.

Il y en a eu aussi qui ont bien osé se porter jusques là, de le calomnier de paillardise * . Et ce seroit merveille qu'un tel mensonge ait peu estre forgé; n'es toit que c'est ainsi que le monde n accoustumé de faire contre les plus excellens serviteurs de Dieu. Mais il nV a personne qui jamais en ait mesmes soupçonné celuy dont nous parlons en lieu où il ait conversé ^. Il a vescu envi-

1 . Il y a dans le livre de Bolsec un chapitre intitulé : « De l'impureté et luxure de Calvin. 9

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