‹ Vie de Jacques Callot, graveur lorrain, 1592-1635Chapitre 13 sur 35 · A LA POSTÉRITÉ · texte numérisé non relu

A LA POSTÉRITÉ

Passant, jette les yeux sur ceste escriture. Quand tu sçauras de combien mon voyage a esté advancé, tu ne seras pas marri que ie retarde un peu le tien. le suis lacques Calot, ce grand et excellent Calcographe qui repose en ce lieu en attendant la résurrection des corps. Ma naissance fut médiocre, ma condition noble, ma vie courte et heureuse; mais ma renommée a esté et sera sans pareille. Personne ne m’a égalé en toute sorte de perfection pour le dessin et la graveure sur l’airain. Toute la terre a consenti aux louanges extraordinaires qui m’ont esté données sans que, pour cela, je sois jamais sorti de ma modestie naturelle. le nasquis à Nancy l’année 1594 et mouru aussi à Nancy le 23° Mars 1635 au regret incroyable de la Lorraine, ma patrie, et de tous les plus rares esprits de nostre siècle et principalement de demoiselle Catherine Puttinger, mon espouse, qui pour un dernier tesmoignage d’amitié m’a faict dresser ce tombeau. Prie Dieu pour celui qui ne te prieras jamais de rien, et passe.

Voici l’épitaphe que la famille préféra : elle fut, comme elle est encore, gravée en lettres d’or sur marbre noir et placée au-dessous du portrait peint sur marbre noir.

Page 1