LÉGENDE DE CALLOT
sources que Paris offre au chercheur sont incomparables. L’admirable Bibliothèque nationale contient, dans chacun de ses cinq départements (manuscrits, imprimés, estampes, cartes, médailles), des documents si nombreux, si variés, qui sont dès à présent si méthodiquement classés et mis si libéralement à la disposition du public, qu’on peut assurer qu’il n’est homme ayant plus ou moins marqué dans le monde dont on ne puisse retrouver le nom et les gestes dans ce magnifique monument, le plus beau qui ait jamais été élevé à la grandeur et à la conservation de la pensée humaine. Et à ces richesses s’ajoutent celles qui se sont amassées ailleurs, à l’Arsenal, à la Mazarine, à l’Ecole des Beaux-Arts, à Sainte-Geneviève.
Et comme si tant de sources ne suffisaient pas à l’alimentation des générations présentes, voici qu’il vient de se fonder, 19, rue Spontini, une nouvelle Bibliothèque d’art et d’archéologie, qui, par un raffinement des plus goûtés des auteurs, s’attache à donner à ceux-ci des renseignements complets sur tout ce qui s’est publié ou se publie en matière d’art, et va même, grâce aux libéralités princières de son fondateur, M. Doucet, jusqu’à fournir les textes les plus rares et les plus inaccessibles. Et cette création en a fait surgir une autre, sous l’action de MM. Fenaille, Bourin et Doucet : la Société pour l’étude de la gravure française, qui s’attache à susciter et à publier des œuvres de vulgarisation nouvelles. Il est impossible qu’ainsi encouragés, les ouvrages ne se multiplient pas qui fassent mieux connaître non seulement un maître et ses procédés, mais bien des maîtres et leurs écoles, de manière à constituer une histoire complète, à fixer d’une manière durable les traditions de l’art en France, histoire, traditions utiles, puisqu’il s’agit de conserver, en le décrivant et en le définissant mieux, un patrimoine dès longtemps acquis qui est un des beaux apanages de notre génie national.
Le récit qui suit rentre dans ce plan général, sans avoir la prétention, pourtant, de devenir le type définitif d’une Vie du maître lorrain^') : il reste encore trop de sources qui n’ont pu être explorées, où rien n’a pu être puisé, pour qu’il ne subsiste pas la certitude qu’à un jour prochain sans doute, comme conséquence peut-être de cette étude même, des documents plus abondants, des lettres plus nombreuses seront trouvés qui révéleront l’âme de l’aquafortiste et qui combleront tant de lacunes signalées au cours du présent travail. Il convenait, toutefois, de mettre en ordre et à jour ce qui est en ce moment connu : il ne s’agit pas d’une œuvre de polémique contre ce qui s’est écrit jadis. Chaque époque fait usage des matériaux dont elle dispose, et un auteur ne doit jamais cesser de rester sceptique ni de penser que la vérité d’aujourd’hui sera peut-être l’erreur de demain.
Pour l’avenir, un programme de recherches immédiates est facile à déterminer. A Rome, il y a lieu de retrouver la liste des âmes de la paraisse Saint-Siméon-
M. Bruwaert serait vivement reconnaissant velle, qui pourrait lui être adressée, 55, avenue de de toute critique comme de toute indication nou- l’Alma , à Paris.
Saint-Jude, sur laquelle Callot habitait, rue de l’Ours, à Pâques 1609. Les pâques de 1610 et 1611, Callot les passa chez Thomassin, sur la paroisse de S. Biaggio délia Pagnotta dont les listes d’âmes furent, vers 1824, transférées à la sacristie de Saint-Pierre du Vatican : ces listes sont à ressaisir dans le classement qui se prépare à Saint-Pierre.
A Florence, la comptabilité du grand-duc Cosme II, celle des dépenses de la Maison civile, la Garde-Robe, où Callot émargeait, doivent être reprises parmi les innombrables dossiers accumulés aux Offices : ce qu’on a essayé avec succès pour Galilée peut être tenté pour Callot. Il doit exister des états pour l’attribution d’ateliers aux artistes attachés à la Cour médicéenne, comme il en existe â Paris pour la distribution des ateliers du Louvre. Les livres de baptêmes et de mariages des paroisses Saint-Félix et du Saint-Esprit, de 1612 â 1621, doivent contenir le nom de Callot comme parrain ou comme témoin. Les registres administratifs et judiciaires du même temps, si on les démêlait de la masse, pourraient fournir leur contingent de notes précieuses.
A Nancy, les combles de l’Hôtel de Salm de 1600, la Cour d’appel d’aujourd’hui, renferment les archives notariales de la Ville et de Marsal des xvù et xvif siècles, et par conséquent les contrats de mariage, d’achat, de vente, de location, les procurations, les partages successoraux intéressant Jacques Callot et sa famille, localisant les demeures de l’artiste, précisant bien des événements de sa vie. Il y a lieu de retrouver chez les descendants de Nicolas Fournier, baron de Neydeck, héritier en 1680 des papiers et des meubles du graveur, la trace et le sort de ces reliques importantes.
S’il se formait, pour les illustrations du pays, des casiers, non judiciaires, mais biographiques, soit aux Archives départementales, soit, pour les artistes, â la Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-Arts, au Cabinet des estampes, où se concentreraient documents et découvertes, on arriverait vite à reconstituer de nobles existences, dignes de servir aux générations futures de modèle et d’exemple.
ENFANCE DE CALLOT
La famille de Callot (à Nancy, on prononce Kâ-lôj on fait dériver le nom de Carolo) passe pour être originaire de Bourgogne; du moins, c’est ce qu’affirment des généalogies faites assez longtemps après les événements. Ponce Callot est le premier ancêtre cité : en supposant une trentaine d’années entre chaque génération. Ponce serait né vers 1400. Son fils Louis a pu naître vers 1430 : il aurait été secrétaire particulier d’un duc de Bourgogne. En lui attribuant de 40 à 50 ans lors de l’exercice de cette charge de haute confiance, le prince devrait être Charles le Téméraire, le dernier duc, qui fut tué le 5 janvier 1477 aux portes mêmes de Nancy qu’il tentait de reconquérir, après l’avoir une fois prise en 1475, occupée et perdue. Après Louis, marié à une demoiselle Philiberte X, viendrait Albéric dont la naissance se reporterait à 1470 et qui aurait épousé une demoiselle Isabelle Y. De ce mariage serait issu, vers 1500, Jean dit Liégeois, qui s’unit à une demoiselle Didière Z et qui existait encore en 1589. Telle est ce qu’on pourrait nommer la série légendaire des aïeux, telle que la donne le R. P. Pelletier dans son Dictionnaire de la noblesse de horraine : il avait sans doute recueilli ces renseignements du religieux prémontré, le R. P. Dominique, abbé de l’Estange, neveu de Jacques Callot, versé en sciences héraldiques et généalogiques. Tout le monde a des aïeux, et il n’est personne vivante à qui il manque un seul anneau dans la longue chaîne qui rattache sa naissance à l’apparition de l’homme et de la femme sur la terre.
Quant à la série tangible des ascendants de Jacques, elle commence par la personnalité très marquée de Claude, le grand-père, dont le portrait, s’il n’y a pas erreur, trouvaille et cadeau de M. l’abbé Martin, curé d’Einville, orne depuis 1859 le Musée lorrain de Nancy. Ce devait être un homme à la main forte ; archer des gardes, sorte d’exempt chargé des réquisitions et des saisies, aubergiste et soldat, il avait l’œil au gain et ne manquait guère les occasions d’élargir sa place au soleil. Né vers 1534? documents publics le désignent comme archer en 1562. Le rôle de la rue des Comptes de 1571-72 le nomme en bonne compagnie : «M® Nicolas le Pois; Claudin, paticier; Antoine Didier, messaiger; la veuve d’Ogeville [Augeville]; la veuve Saint-Phlin [de Saint-Félin]; l’hôte du Porte-Enseigne; Rémy Tout-Bon; Claudin Callot, archer; Jacques Beaufort; Claudin Maillart.» D’après le Trésor
VIP: de JACQUES CALLOT. [1584]
des chartes de Lorra'me, il est, en 1572, hôte des Trois Kois, « hostellerie » qui se trouvait sur la paroisse Saint-Epvre et que les archives municipales mentionnent encore, en bien et en mal, dans la même région un demi-siècle plus tard. Le métier d’hôtelier est loin d’être aussi mauvais qu’on pense : à Troyes, les grosses fortunes du xvf siècle avaient pour beaucoup à leur base une tenue d’auberge; tel hôtel sans prétention des Champs-Elysées assure, bon an mal an, au propriétaire un revenu de cent à deux cent mille livres de rente; les hôtels des Etats-Unis donnent des dividendes énormes : c’est un genre de placement très rémunérateur. Il n’y a pas de raison de penser que l’hôtel des Trois Kois fût pour Claude Callot une affaire médiocre. Dans tous les cas, en 1584, Claude obtenait du duc Charles III des lettres de noblesse (droits de chancellerie : 2,000 francs barrois, 3,800 livres de France).
Charles III était certainement un grand et un bon prince. Privé de son père, le duc François, en juin 1545 , lorsqu’il n’avait encore que deux ans, il avait été élevé à la Cour de Paris sous l’œil vigilant de Henri II et de Catherine de Médicis. A 15 ans, en 1558, il épousait leur fille Claude et devenait ainsi le beau-frère de Marie Stuart comme du roi d’Espagne Philippe IL Ce mariage, cause lointaine, ne fut pas sans influence sur la carrière de Jacques Callot. Sans ce mariage, Catherine n’eût pas eu de Charles III une petite-fille bien-aimée, Christine ou Chrétienne, qu’elle tint à établir à Florence et qui fut une des causes déterminantes du départ de Jacques de Rome pour aller se fixer aux abords du palais Pitti. Rentré dans son duché à la mort de Henri II, Charles III s’appliquait à reprendre en mains les liens un peu lâches, sinon même rompus çà et là, qui l’unissaient à sa noblesse, à son administration, à son peuple, toujours prêt à récompenser ceux qui lui étaient dévoués et fidèles. Fidèle lui-même aux derniers Valois ses beaux-frères, fidèle surtout à la foi de ses pères et à l’église, la maison protestante de Bourbon ne fut pas sans lui inspirer des inquiétudes. Il ne ressort pourtant pas que, dans la conspiration qui s’organisa à Nancy même, dès septembre 1584, puis à Joinville en décembre, pour enlever à Henri de Navarre la couronne de France qui allait lui échoir, il ait eu un rôle aussi actif que celui de ses cousins, les princes de la ma'son de Guise. Néanmoins il prévoyait la lutte, et il s’y préparait.
Voici partie du texte par lequel, le 30 juillet 1584, le duc anoblissait Claude Callot et s’assurait en lui un énergique serviteur :
Charles, par la grâce de Dieu, duc. . , marchis, dûment certiorez de la vie louable, bonnes mœurs, probité et mérites de nostre amé et féal Claude Callot, archier de nos gardes, demeurant en ceste nostre ville de Nancy; ayant esgard aux services lidelz que, par l’espace de 22 ans et plus, il nous a faict, tant à nostre suite ordinaire par nos pays qu’en tous les voyages qu’avons faietz, depuis, hors de nosdits pays, en quoy il s’est tousjours comporté avec fidélité. . . joinct que, dès sa jeunesse, il a tousjours faict profession des armes. . . avons icellui Claude Callot, de nostre grâces pédale, ensemble ses enfants, postérité et lignée, née et à
ENFANCE DE GALLOT
naistre en bon et léal mariage, annobly et annoblissons et du tiltre de noblesse décoré et décorons; voulons et nous plaict que lui et sesdicts enfans comme telz soient reputez, puissent acquérir biens nobles, fiefz.
Et, en signe de noblesse, avons à icelluy et à sesdictz enfants, postérité et lignée donné et donnons les armoyries telles que cy-dessoubz qui sont d’azur à cinq estoilles d’or péries et passées en saulteur, timbrées d’un dextrocher revestu et componé d’or et d’azur tenant une hache d’armes, le tout porté et soustenu d’un armet d’argent couvert d’un lambrequin aux métaulx et couleur de l’escut.
Scintillant nt asira «Ils brillent comme des astres», telle fut la devise.
Cet écusson apparaît, en effet, sur le portrait présumé de Claude joint à un autre écusson où se voient les armoiries de Jeanne d’Arc au-dessus d’une figure de femme, apparemment le portrait de Claude de Fricourt, arrièrepetite - nièce de la Pucelle d’Orléans, que Claude Callot avait épousée vers 1559. Le ménage fut doté au moins de beaucoup d’enfants : il dut J avoir un Claude, car le fils aîné recevait généralement le prénom du père, et il n’y a pas de Claude sur la liste de sept enfants — trois fils et quatre filles — qui nous a été conservée. Les filles furent bien mariées : Marguerite, à Jean -François Ruiz, fils du valet de chambre du duc, récemment anobli lui aussi; Louise, à Thomas Thiriet, prévôt de Liverdun; Antoinette, au greffier Claude Houat; Charlotte, à Chrétien Vaultier. Les fils furent placés dans les ordres : Jean, tonsuré, fut pourvu d’un bénéfice ecclésiastique; Jacques entra aux Bénédictins; Nicolas devint chanoine de Saint-Dyé. Acquéreur dès 1584 du fief de Bainvillesur-Madon, Claude se trouvait, de ce fait, investi du privilège de nommer le bénéficiaire d’une chapellenie fondée en 1406 par Aimard, châtelain de Maizières, dans l’église du village : 300 francs barrois peut-être par an — 3,000 francs d’aujourd’hui — au profit du titulaire. L’un après l’autre, les enfants des Callot se succédèrent à ce bénéfice dont la famille n’entendait pas perdre un seul denier. Dès l’âge le plus tendre, ils sont nommés; à leur majorité, ils optent pour le monde, renonçant à la bourse en faveur d’un des leurs, ou entrent en religion. Probablement le fils aîné, Claude, mourut jeune, — ■ les archives départementales mentionnent pourtant vers cette époque une personne de ce nom, mais sans en révéler la parenté. En tout cas, quand Jacques Callot. 2
F.IXIE ^.VTIONAIE.
lO VIE DE JACQUES CALLOT,
Jean vit arriver l’âge de 25 ans où il devait prononcer ses vœux, il fit abandon de la chapelle de Bainville et, délaissant la carrière que lui avait préparée le pieux testateur de 1406, il rentra dans le monde et épousa Renée Brunehaut, fille du docteur Jacques Brunehaut, médecin de la mère de Charles III, Chrétienne ou Christine de Danemark. C’était en mai 1587, comme il résulte d’une copie d’acte que possédait en 1855 M. de Bouligny, propriétaire à Bainville du domaine des Cahot.
Jean devait donc être né vers 1562. En rupture de vocation religieuse, il lui fallut se choisir une occupation. A l’exemple de son père, il devint archer des gardes, et comme ce service laissait beaucoup d’heures libres, — les archers de Nancy exercent d’ordinaire une seconde profession, tels nos gardes nationaux de 1840, tels nos sapeurs-pompiers de province, — il s’adonna à la peinture des armoiries. D’après le « Rolle des Bourgeois, manans et habitans de Nancy pour la levée des sols en 1589, Jean Cahot, archer», avait quitté le toit paternel et s’était, avec sa jeune femme, installé paroisse Saint-Epvre (voir plan, p. 15), rue de la Boudière, près de la rue des Comptes, entre la rue des Maréchaux et la petite Carrière, peut-être le n" 14 ou 16 de la Grande-Rue actuelle, qui fit partie de la succession laissée plus tard par la veuve de Jacques. Les registres de baptême de la paroisse ont été mal gardés, s’ils ont jamais été tenus à cette époque : les prescriptions du Concile de Trente n’avaient, pas plus en Lorraine qu’en France, acquis force de loi, évidemment. Le premier des livres conservés date de 1604, et nous laisse dans un très grand embarras pour fixer la date précise de la naissance ou du baptême de Jacques Cahot. Il faut procéder par déductions ou par hypothèses.
Sandrart, qui a connu Cahot personnellement à Utrecht en 1627, le fait naître en 1589, dans son A.cadéwie tudesque de 1675. Les autres auteurs citent l’épitaphe du graveur pour établir qu’étant mort le 24 mars 1635 à 43 ans, comme le porte l’inscription, il a dû naître en 1592, argument que confirmerait le portrait fait à Paris en 1629, par Michel Lasne, lorsque Cahot avait, dit l’exergue, 36 ans. Les pierres tombales subissent d’étranges émotions; elles sympathisent souvent avec les survivances inconsolées ou trop consolables : Philippe Thomassin, le maître de Jacques Cahot à Rome, n’avait que 60 ans à sa mort; sa veuve ne manquait pas de lui en attribuer 70 sur sa tombe : elle se remariait dans les trois mois. Les victimes enlevées trop tôt à l’amour des leurs ont, au contraire, à bénéficier parfois d’un autre excès : on les rajeunit pour mieux apitoyer sur leur malheureux sort. Si l’on admet que Renée Brunehaut-Cahot nourrit elle-même ses bébés, on peut aisément espacer les naissances de deux en deux années : on ne lui connaît pas moins de dix enfants. Jean, l’aîné, serait venu au monde en 1589, après dix-huit mois de mariage; Jacques a pu venir vers la fin de 1591 ou le commencement de 1592. Mais c’est là une supposition gratuite, que seule une découverte d’acte ou de document probant pourra confirmer ou infirmer. Du reste, dans ces limites étroites de probabilités, l’erreur de date n’a pas très grande importance quant aux conditions du développement artis-
ENFANCE DE CALLOT
tique de l’enfant. Après Jacques, qui eut pour parrain Jacques Brunehaut, son grandpère maternel, naquit Georges vers 1593 : on en fit un cordelier; puis Claude, vers 1595 : on en fit un capucin; puis Jeanne, dont on fit une sœur grise ou franciscaine; puis Catherine, baptisée le 22 septembre 1605, qui mourut à Bainville, à 6 ans, en i6ri; François, baptisé le 23 février 1607, qu’on plaça chez les Tiercelins à 15 ans, après la tonsure; Henri, du 2 mars 1611, qui lui aussi, reçut la tonsure à 15 ans pour devenir chapelain de Bainville, puis tiercelin, alors que son frère jumeau Nicolas mourait, en 1611, à 7 mois, en même temps que Catherine. Seule resta dans le monde Marguerite, née vers 1604, qui épousa un archer, Nicolas Notaire, et devint en 1631 concierge du palais ducal. Cette énumération édifiante suffit pour indiquer l’état d’âme du ménage Jean Callot. En rompant avec sa vocation, le jeune séminariste semble avoir fait vœu, pour expier ainsi son manque de fidélité à ses premiers engagements, de consacrer à l’Église les enfants qu’il plairait au ciel de lui donner, à l’exception toutefois de l’aîné qui devait pourvoir au maintien de la famille et de la race, en conservant unis sur sa tête seule les biens patrimoniaux si péniblement acquis.
Car la fortune, avec de meilleures situations officielles, venait comme récompense de bonnes années de service auprès du prince. La période glorieuse, ou à tout le moins belliqueuse, du règne de Charles III concorde avec les malheureuses années de la lutte religieuse de la Ligue en France. Pendant que pied à pied luttaient Henri III, pour défendre la couronne qu’il allait perdre à l’assassinat de Saint-Cloud, Henri IV pour retenir cette couronne qu’on voulait lui enlever, Charles III mettait la main sur Jametz, en décembre 1588, pour la protéger contre les atteintes de l’hérésie; en mai 1589, il s’emparait de Toul et de Verdun, mais échouait à Metz, tout en j faisant nommer évêque un de ses fils, le cardinal Charles. En décembre, il défait, à Rixheim, les Allemands alliés qui accouraient au secours du Béarnais, et il enlève Marsal. Il était du devoir de la noblesse lorraine et de noble homme Claude Callot de marcher avec le souverain. Les Cahiers bleus de d’Hozier (Ms. de la Bibl. nat. ) nous montrent Claude en plein exercice de ses fonctions, le 2 juin 1590 ; «Roolle des Chers [charretées] de foing prins et chargé à Thélod pour Son Altesse, au contenu de la Commission baillée et décernée à noble homme Claude Callot, archer des gardes de S. A. Sept vingts et une (= 141) charées tant à Thélod qu’à Arroignes, tesmoing le seing du notaire soubscript. P. Charrouyer, notaire.» Les réquisitionnés réclamaient payement; Claude le leur refusait; mais il n’avait pas d’objection à élever contre un protêt en règle. De là cette protestation des paysans obligés de faire les frais de la guerre.
La lutte dura jusqu’en 1594 : Christophe de Bassompierre fut alors, après la conversion ou après les victoires de Henri IV, envoyé à Saint-Germain-en-Laye et y conclut la paix le 16 novembre. Charles III put s’occuper alors du développement economique de son duché ; il fit venir de partout des ouvriers habiles pour doter le