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chez Jean Callot et d’apprendre dans quelle atmosphère vivait la jeune progéniture qui allait toujours croissant. Aucun détail sur le père, sauf les portraits assez rigides et sévères, s’ils sont corrects, que Brentel et Méryan nous ont laissés sur les deux célèbres gravures des obsèques de Charles III et de l’entrée de Henri II à Nancy : Jean y apparaît sous sa dalmatique, haut de taille, aux épaules larges, à l’allure athlétique et militaire, les cheveux courts et rebroussés, la barbe pas trop longue et divisée en deux pointes sous le menton, un peu à la Henri IV, tout à fait à la Charles III. Il ne semble pas homme incliné à l’émotion ou à la tendresse. Sur la mère de Jacques, Renée Brunehaut, il ne reste rien, rien qui puisse dire comment elle partageait son affection entre les sept ou huit enfants qui l’entouraient déjà.
Mais on peut assez vite tracer le tableau en raccourci des événements qui survinrent à Nancy pendant l’enfance de Jacques, et qui purent laisser une impression sur l’imagination vive du futur artiste. C’est d’abord le développement de la ville neuve et des nouveaux remparts, percés de portes massives, auxquels le duc Charles travaillait avec persévérance. Puis, en 1596, la peste, importée de Hongrie, désole la ville : on compte 3,200 malades à la maladrerie, et, pendant deux ans et plus, les rues, les églises de Nancy seront remplies de ces miséreux, écloppés pour la plupart, cherchant à vivre d’aumônes en excitant la pitié, en dépit des défenses municipales. Les grandes fêtes ne sont pas rares : le 15 avril 1597 se célèbre le mariage de François de Vaudémont, second fils de Charles III, avec M''® de Salm. Le 31 janvier 1599, autre mariage, celui du fils aîné, Henri, duc de Bar, avec la sœur de Henri IV. L’arrivée de Catherine de Navarre eut lieu au mois d’avril, et Jacques, âgé de sept à huit ans, put contempler toutes les splendeurs d’une cour en ses grands jours : l’infante Isabelle des Pays-Bas et son mari, l’ex-cardinal archiduc Albert, se trouvaient là, comme la duchesse de Bavière, la duchesse de Juliers, le duc de Mantoue, le duc de Mercœur. Un spectacle plus que tout autre put le frapper : les tours de force de l’acrobate Andrea de Carmona, qui fit la joie de la ville.
Trois ans plus tard, en 1602, les funérailles de Mercœur attirèrent de nouveau les princes étrangers à Nancy. L’année suivante, en avril 1603 , Henri IV venait goûter chez sa sœur l’aimable hospitalité lorraine. Des carrousels furent organisés sur la rue Neuve, la Carrière qui venait d’être percée et bâtie.
A ces mises en scène attrayantes s’en ajoutaient d’autres, tragiques celles-là, dont l’impression a, toute sa vie, heurté le cerveau du gracieux aquafortiste. La peste, si désastreuse, était évidemment le résultat de sortilèges : malheur aux sorciers comme aux sorcières! On les pendait, on les brûlait, on les mettait à cuire vivants dans des chaudrons sur la place Saint-Epvre, sur la place Mengin. Les faux-monnayeurs avaient le même sort. L’œuvre de Callot, des Grands sie^es au Martyre des A-potres, en passant par les Miseres de la guerre et les Supplices, est pleine de ces scènes dramatiques qui étaient le catéchisme en action avec lequel s’enseignaient alors aux enfants les avantages de la bonne conduite. Les fêtes religieuses à l’église, les fêtes civiles
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au carnaval, le feu d’artifice de la Saint-Jean, la foire de Saint-Nicolas, complétaient le bagage de sensations dont s’imprégnait cette petite tête d’enfant.
Suivant toute probabilité, Jacques dut aller à l’école du voisinage, la «grande école» dans une ruelle étroite, la rue du Moulin d’aujourd’hui, au sud de Saint- Epvre, là même où l’on avait provisoirement installé le conseil municipal dès sa création, en 1594. La maison avait été, en 1576, offerte par le chapitre de Saint- Georges pour être affectée à l’instruction publique. Elle devait sans doute être placée sous le contrôle moral et scientifique de l’écolâtre de la primatiale, qui jouait à Nancy le rôle des grands chantres de cathédrale dans les villes françaises. Le précep-
teur était peut-être encore Florentin Blauvarleti, qui se confina plus tard dans les fonctions exclusives de greffier ou secrétaire de la Grande Maison, la mairie, quand elle fut transférée place Mengin. Les archives départementales mentionnent encore Didier Breton, prêtre séculier, qui, en 1594, se plaignait de n’avoir qu’un adjoint et réclamait un autre «subalterne pour enseigner les inférieurs en doctrine, à quoi lui second ne pouvait satisfaire, tant pour la multitude et affluence des escoliers que pour la variété des leçons ». Le programme consistait à « enseigner la jeunesse tant à bien lire, écrire, jeter (compter avec des jetons ou à l’abaque), nombrer, orthographier, que chanter musique et décorer l’église, voire même l’usage de l’astrolabe, carré géométrique et, si besoin est, les principaux fondements de la grammaire».
C’est probablement tout ce qu’avait appris Jacques de 1600 à 1608, pendant le temps qu’il suivit l’école, avant l’événement qui allait décider de sa carrière, événement mystérieux encore, mais sur la nature duquel il n’est guère possible de s’égarer
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beaucoup. A la fin de 1607, Jacques ayant alors quinze ans passés, le moment semble être venu pour lui de se préparer à la vocation que sa famille lui avait choisie. C’était probablement quelque collège comme celui des jésuites à Pont-à-Mousson , où les études seraient sérieuses, avec ou sans la tonsure. Si ce plan resta à l’état de projet, s’il reçut quelque commencement d’exécution, on ne saurait le dire : les documents font défaut. On ne connaît que le résultat : la fuite de l’enfant, son abandon déterminé de la maison paternelle et sa retraite cachée aussi loin qu’il le put, au bout du monde, à Rome, Il ne peut guère y avoir de doute à cet égard, quand on songe, d’une part, à l’indépendance absolue de ce caractère nerveux, doux, charmant, mais qui ne voulait pas être violenté, qui ne s’est jamais soumis aux règles même de son meilleur maître, Thomassin : Jacques n’a jamais voulu obéir qu’à ses propres inspirations, et il s’est ainsi créé maître. Que son départ ait été une rupture, cela n’est pas moins évident par la durée même de la séparation : il a fallu treize ans à Jacques pour revenir sur son coup de tête, alors que, dans les conditions normales d’éducation, le voyage classique à Rome ne durait que trois ou quatre ans; encore ne rentra-t-il dans sa famille que lorsque la position qu’il avait mis sa fierté à se conquérir, sans l’appui des siens, vint à lui manquer. Enfin nous avons l’acte de contrition ou de repentir gravé par Jacques lui-même dans sa belle histoire de VEnfant prodigue : le lendemain de la mort de son père, enlevé par la peste en 1630, Jacques, frappé par ce tragique événement, traça ces onze pages où il représente :
Ce père que les ans accablent de douleurs Comblant son fils de biens
et où il se peint lui-même, rappelant avec amertume
Ce partement soudain , signe et triste présage Q^e le calme trop grand est suivy de l’orage.
Les feuilles 7 et 8, qui montrent le fugitif revenant sous le toit paternel, portent à la clef de voûte du salon où il est reçu les armes des Cahot, les cinq étoiles pairées en sautoir : la famille qui environne le vieillard se compose des membres mêmes que Jacques retrouvait à cette époque, en 1621.
Félibien raconte, d’après Henriet, d’après Silvestre, qu’il y eut deux premiers faux départs irréguliers, en 1604, en 1606, avant un dernier départ, celui-ci régulier, de l’enfant en compagnie de l’ambassadeur de Lorraine. Meaume ajoute que Jacques cédait au désir d’aller rejoindre à Rome l’orphelin Israël Henriet, parti depuis quelque temps pour la Ville Éternelle. Tous deux, pour le prouver, disent qu’en 1607 Jacques travaillait déjà au burin à Nancy : donc il avait dû apprendre le métier dès 1604, à Florence, chez Remi Cantagallina. Il est possible de démontrer que les trois pièces que Jacques aurait gravées à Nancy en 1607 et en 1608 sont d’une date bien postérieure; il est possible d’établir que le diplomate lorrain qui est supposé avoir emmené
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Jacques à Rome, en décembre 1608, était en ce moment même à Madrid. Il peut être suggéré avec une certitude à peu près probante qu’Israël Henriet n’était pas à Rome en 1608, qu’il n’y vint que huit ans plus tard, attiré peut-être par les succès de Callot et l’imitant, au lieu de lui donner l’exemple.
La première œuvre supposée faite par Callot à Nancy en 1607 serait un portrait du duc Charles III, gravé par un débutant : il porte la signature du graveur et un millésime : 1607. Ce portrait, rare en France, figure dans la collection ( Callot, vol. V, p. 99) du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de Paris : il provient du recueil de M. de Beringhen, dont les plus rares pièces, celle-ci entre autres, avaient été recherchées en Italie, à Florence surtout, vers 1700. L’exergue qui entoure le médaillon a bien le millésime de 1607, mais c’est la date de la peinture et non de la gravure. Jacques Danglus peignait la toile à Nancy, en 1607, sur l’ordre de Charles III qui y faisait aussi inscrire son âge, 65 ans, avant d’envoyer l’œuvre à son petit-fils Cosme, à Florence, comme cadeau de noces, à la veille du mariage du prince avec l’archiduchesse Marie-Madeleine d’Autriche. Le Cabinet des estampes possède environ 15 portraits différents de Charles III, gravés à Nancy, à Paris, en Allemagne : sur aucun il n’est attribué au duc de titre salutatif On le nomme simplement Charles III, Carolus III, M. de Lorraine : seul le portrait de Callot a le qualificatif « Sérénissime » qui n’était accordé au prince qu’à Florence, par courtoisie, comme père de la grande-duchesse. Enfin la signature de Jacques Callot est celle qu’il avait adoptée dans les dernières semaines de son séjour à Rome (voir fig. 8) : le chiffre arabe t, pointu du haut, carré au bas, représentant un I majuscule, première lettre du prénom lacomo en italien, où le J n’existe pas. Il est improbable que, gravant pour la première fois à Nancy, en 1607, il eût signé autrement que par un J, la première lettre de Jacques. Le nom est suivi de l’expression fecit et exciidit. Or excudit signifie alors « imprime et vend » , dans le langage des éditeurs du temps. On se représente mal ce jeune homme de quinze ans ayant établi chez son père « noble » une presse à tirer, avec l’outillage accessoire que le tirage comporte, avec un petit magasin de vente. La vérité est que l’œuvre fut gravée à Florence, en février 1612, et elle prouve simplement quels progrès le jeune fugitif avait encore à réaliser, à cette époque, avant de devenir l’artiste recherché des Cours.
De même, Jacques aurait, avant son départ de Lorraine, gravé la Généalogie des Vorceüets, travail assez mal venu à l’œil, l’eau-forte ayant çà et là laissé de vilaines bavures qui furent rectifiées au burin, travail déclaré œuvre de début. Cette vaste composition, résultat de la juxtaposition très délicate de quatre grandes planches, exige une science de burin et de pointe, une technique de métier qu’un enfant de douze ans n’aurait pu acquérir en trois mois d’étude chez Cantagallina, lors de la première fuite supposée en 1604. A cette date, Remi Cantagallina commençait seulement à travailler : ses premières eaux-fortes sont de 1603; il n’aurait pu enseigner le burin qu’il ne pratiquait pas. La juxtaposition de quatre cuivres pour une seule .Jacques Callot. 3
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œuvre est du pur Thomassin. D’ailleurs la généalogie même dément les dates de 1607 ou de 1608 qu’on lui attribue^ il s’y trouve, en effet, rapporté une alliance de famille dont Jean des Porcellets, l’évêque de Toul, était très fier, puisqu’elle le rattachait aux Bourbons et à la Maison de France : le mariage de Fîenri de Bourbon- Condé avec Henriette de Montmorency, la belle jeune fille dont le maréchal de Bassompierre fut amoureux fou et pour laquelle Henri IV s’enflamma au point de mettre presque le feu à toute l’Europe quand elle s’enfuit à Bruxelles pour être à l’abri de ses attentions. Le mariage est du 17 mai 1609. La généalogie est donc postérieure à cette date, et en 1609, Callot, déjà à Rome, ne pouvait exécuter ce travail en Lorraine. L’œuvre date réellement de l’automne 1621, et la signature apposée sur l’estampe, lac. Callot sculptor, est celle qu’il avait adoptée dans les derniers temps de son séjour à Florence, qu’il conserva quelque temps après son retour en Lorraine.
La troisième œuvre que Callot est déclaré avoir faite avant son départ est un Armorial de Lorraine, travail au burin assez médiocre. Il n’y a plus de doute aujourd’hui, étant donné le témoignage de Marivin, le secrétaire du gouverneur de Nancy de 1635, M. de Brassac, témoin contemporain, que les armoiries de l’ancienne noblesse ont été burinées non au début, mais à la fin même de la carrière de Callot, sur la demande non de son père, mais de son frère. On en pourrait donner une autre preuve. Au décès de Charles III, en 1608, Jean Callot, le père, eut à offrir à l’un des princes étrangers présents aux obsèques, Maximilien de Bavière peut-être, une collection d’armoiries de gentilshommes lorrains, collection qu’il avait été conduit à faire dans l’exercice de ses fonctions, au temps des guerres. Si l’œuvre avait été gravée alors, comme il est affirmé, elle aurait été ainsi offerte à ce prince, et non seulement à ce prince, mais à tant d’autres qui étaient venus à Nancy apporter le témoignage de leur respect pour le défunt et de sympathie pour son successeur Henri IL Or le cadeau de 1608 est une œuvre non gravée, mais manuscrite, qui se trouvait en 1861 à la Bibliothèque d’Offenbach, près de Francfort.
Il n’y a donc rien qui appuie l’affirmation que Jacques aurait su graver avant sa fuite de 1608 et qu’il aurait appris cet art à Florence, en 1604, au cours d’une escapade antérieure.
Que l’enfant ait tenté, deux fois avant sa fuite définitive, de s’échapper de la maison paternelle, on n’en saurait être surpris. Mais certainement le troisième départ est le seul qui ait été cruel et grave. L’histoire d’un départ amiable à la suite de M. de Tornielle ne semble pas avoir plus de consistance que la légende des estampes avant l’apprentissage. Les comptes de la Cour ducale sont assez complets, à Nancy, pour les années 1608 et 1609 : on peut y suivre, par les payements, les différentes missions confiées aux ministres des ducs Charles et Henri. La correspondance du chanoine Viardin, écolâtre de la primatiale, agent de Lorraine à Rome, et celle de Vbillot, secrétaire d’Etat, ministre des affaires étrangères à Nancy, n’ont pas de lacunes telles dans la collection de Lorraine, aux manuscrits de la Bibliothèque
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nationale, qu’on ne puisse se faire une opinion sur cette question spéciale : Jacques Callot fit-il partie d’une mission envoyée à Rome en 1608? La réponse est négative, faute de preuve.
Le chanoine Viardin part de Nancy vers la fin d’avril, et arrive à Rome le 14 mai, le jour même où Charles III expirait à Nancy. Un service a lieu à Saint-Louis-des- Français, le lundi 16 juin. Pendant des mois et des années, le bon écolâtre entretiendra sa Cour de maints incidents 5 il parlera du manque de pluie, du grand dommage qui en résulte pour la vigne. Chargé par la duchesse de Brunswick, sœur de Charles III, de faire peindre un Sa'mt François, il l’adressera au R. P. cordelier Jacques de Beauvau, qui s’occupe d’art à Rome. Nulle part un mot sur Jacques Callot, le fils d’un fonctionnaire de la Cour, qui aurait été pupille de l’agence diplomatique.
Le duc Charles III est mort : il faut envoyer d’urgence un ambassadeur qui annoncera au Saint-Père le funeste événement et recommandera le défunt à ses prières. C’est précisément à cette mission que l’enfant aurait été confié, suivant Félibien, écho des confidences d’Israël Henriet. Les archives départementales disent (B 1308, fol. 261 v°) :
Du 24 mai 1608 ; à remettre à M. de Beauvau, gentilhomme de la Chambre de S. A. , la somme de 2,400 francs pour subvenir à la despence d’un voyage qu’il a esté despéché en diligence de poste, de Nancy à Florence, vers M. le grand-duc de Toscane et, de là, vers nostre S. Père le Pape à Rome, luy 4' de personne à cheval, sans le postillon.
Le duc mourant avait recommandé d’une manière spéciale qu’on portât sa bénédiction à sa fille la grande-duchesse. De là, double mission confiée à Henri de Beauvau, mission qui comportait une fatigue énorme, tout un voyage à cheval à bride abattue, à personnel très réduit, avec hospitalité princière à recevoir au palais Pittij évidemment le jeune Callot ne pouvait être compris, lui, quatrième ou cinquième, dans une telle mission, et son nom n’est cité ni à Nancy, au départ, ni au passage à Florence, au palais Pitti, ni à l’arrivée à Rome.
Le R. P. Husson et, après lui, Meaume nomment le comte de Tornielle comme l’agent diplomatique qui, au début de décembre 1608, aurait emmené Callot à Rome où les voyageurs seraient arrivés dans les premiers jours de janvier 1609. Les archives départementales (B. 1317, fol. 259 r“) détruisent cette hypothèse :
Du 25 novembre 1608 : à remettre à M. le C'° de Tournielle, conseiller d’Estat de S. A., grand maistre en son hôtel et surintendant aux finances, la somme de 16,000 francs pour subvenir à la despence d’ung voyage que S. A. l’a despéché en Espagne vers le Roy catholique, pour affaires important grandement au bien du service d’icelle, ledict voyage fait par la poste avec 12 personnes quant audict S'' Comte, tant gentilshommes que serviteurs, sans 2 postillons, afin de courir en 2 housses.
M. de Tornielle n’a donc pu, lui non plus, conduire Callot en Italie, puisqu’il se rendait à Madrid annoncer sans doute, entre autres choses, la naissance récente de la princesse Nicole dont l’existence devait être si triste.
Il y eut ensuite la mission Couvonge et Voillot, en janvier 1609; mais cette mission, qui embrassait Mantoue, n’alla pas au delà de Venise : sur l’état des membres de la mission, il n’y a aucun nom qui rappelle celui de Jacques Callot.
L’assertion que Jacques désirait, en 1608, rejoindre son ami Israël Henriet, déjà parti pour Rome, prête de son côté beaucoup au doute. Il est malaisé d’établir l’âge exact d’Israël. Son père Claude, peintre -verrier et peintre sur toile, avait été, à l’âge de 45 ans, appelé de Châlons-sur-Marne à Nancy, en 1586. Il épousait à quelque temps de là, en 1588 peut-être, une jeune fille du pays, Adrienne de Rambervillers. De cette union naissait sans doute Claude vers 1589, car en 1608, alors que le père est mort depuis quatre ans, il y a un peintre nommé Claude Henriet que la Cour emploie pour la décoration des funérailles de Charles III. Le second enfant aurait été Israël, né vers 15915 puis deux sœurs, dont la plus jeune, Élisabeth, épousa Gilles Silvestre en 1618, et enfin Jacques, baptisé le 9 août 1598. Quand le père mourut en 1604, il ne semble pas que la veuve ait eu le moyen ou le pouvoir immédiat de subvenir à une éducation aussi coûteuse que celle de l’envoi d’Israël à Rome. Une plainte déposée à Rome, le 17 août 1618, chez le gouverneur contre Israël, établit que celui-ci se trouvait alors dans la ville, et, comme le cours d’étude était généralement de trois à quatre ans, c’est donc vers 1614-1615 qu’Israël aurait quitté Nancy pour se rendre en Italie. C’est vers cette date qu’arriva à Nancy la nouvelle des premiers succès de Jacques à Florence : elle semble avoir déterminé Claude Déruet et Israël Henriet à imiter leur jeune compatriote. L’arrivée de Déruet à Rome ne doit pas être très éloignée de 1616, année oû il faisait graver, chez Philippe Thomassin, sa première œuvre, un Ji/A? François de Vaule, pour les Minimes de la Trinité du Mont-Pincio.
Si, à l’aller, le voyage de Callot en compagnie d’un ambassadeur ne semble pas exact, le récit s’applique assez bien au voyage de retour. Les indications erronées de Félibien ne seraient donc qu’une transposition des faits, erreur assez naturelle chez un auteur qui écrivait trois quarts de siècle après les événements, sans autre documentation que des récits transmis par deux ou trois générations.
Resterait à savoir pourquoi Jacques, lors de sa fuite, a choisi Rome comme but de son voyage. Quand Philippe Thomassin dut quitter Troyes, en 1585, à cause de la guerre civile qui éclatait et qui l’obligeait à échanger son burin contre un mousquet, on s’explique très bien l’attrait de Rome : Pantaléon Lanseine, fils du cordonnier de Troyes, n’avait eu, trois siècles plus tôt, en 1261, qu’à se trouver à Rome à la veille d’un conclave pour être proclamé pape 5 ce conte courait les rues sur la bonne fortune d’Urbain IV; d’ailleurs, habitant en face l’hôtel du Dauphin, Philippe voyait chaque semaine, chaque jour, voyageurs, rouliers rentrant d’Italie ou s’y rendant : les monts ne semblaient pas beaucoup plus éloignés, au delà de la porte de Croncelz, que ne le paraît New -York aux gamins qui, de la jetée du Havre, s’amusent à regarder arriver ou partir les grands transatlantiques. Si les mêmes sug-
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gestions ne prévalaient pas dans la grand’rue de Nancy, Rome n’en était pas moins, là, considérée comme un but de voyage qui hantait beaucoup de rêves : le Jubilé de 1600 avait créé une commotion profonde ; 200,000 pèlerins avaient vu la nouvelle église de Saint-Pierre et en disaient merveille par toute l’Europe. Dans la grande ville, l’or affluait de partout, offrandes du monde entier, et l’émigtation vers ce centre attrayant était aussi marquée pour cette époque que le sont aujourd’hui les vastes exodes vers le Nouveau Monde. Au procès de Thomassin devant l’Inquisition à Rome , sur dix témoins assignés place Navone, on n’en voit qu’un seul Romain, les autres sont étrangers. Et puis, beaucoup d’Italiens avaient été attirés à Nancy par le duc. Le culte de Notre-Dame-de-Lorette était fort répandu en Lorraine. De sorte qu’il n’y a pas trop lieu de s’étonner si le jeune fugitif se dirigea de ce côté plutôt que vers Paris ou Bruxelles. Bullart dit que Jacques pattit en compagnie de quelques jeunes Flamands; on a entendu Callot même raconter qu’il avait accompagné quelque temps des bohémiens rencontrés sur sa route. Le voyage fut des plus pénibles, dit Baldinucci, considérant la distance, l’âge et le peu de ressources du jeune émigrant : trois à quatre mois de marche pour franchir les quatre cents lieues qui, par la route ordinaire, Bâle, Coire, Bergame, Ferrare , Lorette , séparent les rives de la Meurthe de celles du Tibre.
Ce n’est pas que les routes fussent désertes; plus qu’au jourd’hui se rencontraient, sur les chemins, voyageurs de tout rang, de toute station : à cheval ou en carrosse , comme les gentilshommes en tournée de plaisir ou d’affaires; à pied, balle ou sac au dos, comme les marchands ou colporteurs, comme les jeunes ouvriers aspirant à la maîtrise et faisant leur tour professionnel, comme les pèlerins surtout se rendant, nombreux, aux chapelles miraculeuses. Des Mercures, « guides Joanne » du temps, ou de simples almanachs, indiquaient routes, distances, étapes, auberges.
Arrivé à Rome vers la fin d’août 1608, Jacques a dû quitter Nancy au printemps. Le moment choisi, Pâques peut-être, qui tombait le 6 avril en 1608, était des plus malencontreux pour la famille du transfuge , s’il était au contraire favorable à la tentative de Jacques. Le duc de Lorraine, atteint d’apoplexie , était à peu près paralysé ; de semaine en semaine on redoutait son trépas : événement grave pour le héraut de Lorraine à qui le protocole imposait alors les devoirs les plus délicats et les plus absorbants. L’heure fatale sonna dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 mai, et, dès ce moment jusqu’au 19 juillet, jour des funérailles, le héraut dut, à la douleur d’avoir perdu son fils enfui, ajouter le chagrin d’avoir perdu son bienveillant souverain.
Le récit que nous a laissé Claude de la Ruelle, secrétaire des commandements , de cette période de deuil officiel est des plus curieux : il révèle un rituel féodal dont le souvenir a depuis longtemps disparu, qu’on retrouve â peine dans le cérémonial, bien conservateur pourtant, de la Couronne britannique. Le corps du prince est placé tout orné sur un lit de parade, sous la garde des chanoines, des Cordeliers,
des Minimes, des Capucins, d’un côté; des gentilshommes de la chambre, des chambellans, des pages, des valets, du côté gauche. A i heure défilent les gentilshommes de la Cour pour jeter de l’eau bénite; à 2 heures, défilé des dames et des demoiselles; à 3 heures, les autres personnes du Palais ducal. Le médecin embaume à 4 heures, et le cœur est porté à l’église neuve des Jésuites. Le lendemain, jeudi 15 mai, les paroisses viennent à l’eau bénite. Puis le corps disparaît momentanément et on lui substitue une effigie couverte de près d’un million et demi de francs de bijoux (monnaie du temps), et, pendant deux mois, tous les honneurs princiers seront rendus à cette effigie, dans la salle des Cerfs, comme si le duc existait encore : il y aura lever, déjeuner, dîner officiel en présence de la Cour; mais les plats, après avoir été présentés à l’effigie par les officiers de service, seront distribués aux pauvres. Durant ce temps, des ambassadeurs ont été dépêchés à toutes les puissances pour leur faire part de la perte du prince et les inviter à se faire représenter aux funérailles. Les puissances envoient des missions qu’il faut loger, héberger. En même temps, Nancy se prépare pour les obsèques; des vêtements de deuil sont commandés pour toutes les personnes de la Cour, depuis les princes jusqu’aux pages, et aussi pour les 1,600 personnes, pauvres compris, qui formeront le cortège funèbre. La longueur des vêtements, la distance à observer entre chaque prince suivant sa naissance, son titre, son rang, l’escorte qu’on doit assurer à ceux-ci, limiter à ceux-là, tout est réglementé avec une rigueur extrême; et c’est au héraut d’armes, devenu roy d’armes pour cette triste circonstance, qu’il appartient de rechercher les droits, les précédents, de décréter et de faire exécuter les rites dans leur extrême minutie. L’enterrement dura trois jours. Le 17 juillet, à 2 heures, eut lieu le convoi du corps du Palais à Saint-Georges ; le lendemain, convoi du corps, de Saint-Georges aux Cordeliers; le 19 juillet fut consacré au service et à l’enterrement aux Cordeliers, officiant Jean des Porcellets, nouvel évêque de Toul.
Mathieu Méryan, de Bâle, Frédéric Brentel ont dessiné et gravé ce célèbre cortège qui s’est publié en estampe chez Hermann de Loye, à Nancy. Après le défilé de toutes les autorités, de toutes les ambassades, de toutes les armoiries appartenant au défunt, chacune appelée et annoncée à son rang de préséance par le roy d’armes, viennent les insignes du défunt, portés : la couronne par M. des Thons, le sceptre par M. de Meillane, la main de justice par M. de Gournay, la croix de Saint-Michel par M. d’Ave. Tous ont passé, c’est le tour du roy d’armes de se placer à son rang : il le fait, revêtu de sa dalmatique, précédé des cloches d’armes, des deux poursuivants, Vaudémont et Clairmont, des deux hérauts. Lorraine et Barrois, et suivi des deux maréchaux, ses chefs immédiats. Les artistes ont donné fort grand air au père de Jacques Callot dont le cœur devait être déchiré sous le double coup qui le frappait.
Ce même jour, 19 juillet, avait lieu une autre cérémonie, dans laquelle le roy d’armes occupait un des premiers rôles. A 2 heures de l’après-midi se donnait, à la
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Cour, dans la salle Saint -Georges, le dernier dîner officiel pour la maison de Charles III.
Après dîner, M. de Bourbonne, grand-maître, usa de ce langage à l’assistance : «Et affin que congnoissiez tous que vous n’avez plus d’estatz et que moy-mesme n’ay plus de puissance, je rompt le baston de la maison en vostre présence.» Adonc, il print ledit baston par les deux boutz et posant le milieu sur sa teste nue le rompit, puis en baisant les deux boutz rompuz les jetta au milieu de la salle.
Ce que fait, le sieur Callot, roy d’armes, commença à crier ;
«Silence! Silence! Silence!
«Le très haut, très puissant et sérénissime prince monseigneur Charles troisième du nom, soixante-troisième duc de Lorraine, et trentième Marchis, duc de Calabre, Bar, Gueldres, marquis du Pont à Mousson, comte de Provence, Vaudémont, Blamont, Zutphen, etc., notre débonnaire et souverain prince est mort, le duc est mort, le duc est mort, sa maison est rompue, chacun se pourvoye. »
Après cela chacun se retira, non sans regretter le bon maître.
Et pendant ce temps, Jacques, qui lui aussi avait rompu ses liens avec sa maison, errait sur les chemins d’Italie, souffrant de la fatigue, de la faim, se demandant, lui aussi, comment il arriverait à se pourvoir.
Jacques Callot a pu arriver à Rome au cours de l’été de 1608, en compagnie des ouvriers flamands mentionnés par Bullart ou des bohémiens dont parle la légende, ou de pèlerins rencontrés en cours de route. Comme formalité à la porte du Peuple, le voyageur, venu du Nord par le ponte Molle et la voie Flaminienne, se bornait à laisser à la douane son sac de voyage qui devait être examiné, au point de vue des livres qu’il aurait pu contenir, et qui se restituait le lendemain chez le gouverneur contre le dépôt soit de l’adresse, soit d’un billet de l’hôtelier chez qui gîte était pris. Le logis n’était pas diflïcile à trouver : il aura suffi à Jacques de passer, chemin faisant, à l’église française de Saint-Louis, et le recteur Pierre Pichot lui aura aussitôt indiqué dans le voisinage Jean Languille, graveur sur bois, via Parione, qui louait des chambres meublées et dont Guillaume Berthelot, sculpteur parisien, était alors même un des pensionnaires. Etienne Fabre, strada Giulia, tenait une auberge fort appréciée des nouveaux venus de langue française qui ne pouvaient payer les gros prix (un jules ou dix sous par jour) du grand hôtel de l’Ours, l’hôtel à la mode. Une autre hôtelière française connue se nommait Claude Bassetier. Il n’était pas beaucoup plus difficile de se procurer immédiatement du travail : architectes et peintres en avaient toujours en réserve pour les solliciteurs qui savaient tenir un compas, un crayon, un tire-ligne, une plume, et même pour ceux qui ne savaient que faire de leurs mains. On pouvait toujours broyer des couleurs, préparer un lait de chaux, grimper à l’échelle et passer au maître palettes et pinceaux. Sandrart dit que Callot chercha d’abord à faire de la peinture. Les désœuvrés qui arrivaient à Rome se faisaient peintres ou se qualifiaient tels, bien qu’ils gagnassent quelquefois à peine de quoi se suffire. Le salaire à la journée atteignait jusque cinq à six jules.
Il y avait quatre-vingts ans que Rome avait subi son dernier outrage, siège et pillage par les troupes de l’Allemagne, conduites, pour l’empereur Charles-Quint, par un renégat, le connétable de Bourbon, qui y laissa sa vie. Depuis lors, elle avait repris son mouvement de croissance sous une poussée de 100,000 habitants presque, qui faisait craquer ses anciens quartiers, des abords du Capitole au pont Saint-Ange, et qui la forçait à s’étendre vers l’Est et surtout vers le Nord dans la plaine du Champde-Mars. A l’exemple de la strada Giulia, ouverte par Jules II, Grégoire XIII avait Jacques Callot. 4
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créé la via Gregoriana, du monte Cavallo à la porta Piaj Sixte V avait élargi encore le programme en reliant par une ligne droite (la via Felice d’alors, via Sistina d’aujourd’hui) l’obélisque de la place du Peuple à l’obélisque de Sainte-Marie-Majeure, à travers monts et valléesj des privilèges étaient offerts à ceux qui entraient dans cette spéculation foncière : citoyenneté romaine, exemption d’impôts, remise de condamnations pénales. Toutefois les entrepreneurs et le public préféraient les terrains plats qui longeaient le quai, la Ripetta, le Corso, à l’est du fleuve; le palais Borghèse se construisait au coude du Tibre; la rue Ferratina, la rue délia Croce, la rue des Pontifes, se bâtissaient bien et vite ; les artistes s’y installaient avec pénates et modèles. La vigne nouvelle du cardinal de Florence (villa Médicis), l’église nouvelle des Minimes français (la Trinité-du-Mont-Pincio), dominaient le quartier neuf et formaient un fond de tableau très pittoresque. Et ce n’étaient pas seulement des palais qui s’élevaient pour le compte des riches cardinaux : les églises se transformaient, s’agrandissaient, s’embellissaient à nouveau. Le dôme de Saint-Pierre enfin terminé (on en avait posé la dernière pierre le 19 mai 1590, aux salves de l’artillerie), Paul V se hâtait de l’orner d’une façade où il pût laisser l’empreinte impérissable de son nom. Les Pères de l’Oratoire de Baronius activaient leur magnifique temple de Sainte-Marie-Vallicelle que le vieux Baroche et ses disciples, les frères utérins Francesco Vanni et Ventura Salimbeni, avaient doté de fort belles œuvres. Non loin de là, les Pères Jésuites mettaient la dernière main au Gesù, aux frais du cardinal Odoard Farnèse , qui ne pouvait dépenser moins pour Dieu que pour sa propre maison , car le palais Farnèse était la sensation de Rome. A Sainte-Marie-Majeure, à Saint- Jean-de-Latran, des travaux considérables d’architecture, de peinture, de sculpture, s’exécutaient. L’église Saint-Louis-des-Français même, dégagée des maçons depuis 1586, était encore encombrée d’échafaudages derrière lesquels les peintres Ricci de Novare, le Josépin, Michel-Ange de Caravage, Zampieri le Dominiquin donnaient essor à leur génie. Chaque église avait son cardinal protecteur, chaque cardinal avait son peintre architecte, chaque peintre avait la tête et les mains pleines de plans et devis pour la plus grande gloire de Dieu et la sienne.
Ce n’est pas qu’il y eût une école romaine déterminée oû recruter les talents nécessaires. Rome, très éclectique, très universelle, ouvrait ses portes à toutes les bonnes volontés, et une pléiade d’artistes se guettant, se critiquant, se jalousant ou même s’admirant mutuellement, constituaient un centre de vie artistique d’une intensité remarquable. On accourait à Rome de tous les points de l’Italie, de l’Europe même, et l’artiste laborieux était sûr d’y acquérir relations, idées nouvelles, renommée, argent même, car on y était assez libéral et généreux, autant et plus qu’en aucune autre capitale. La tradition raphaélique avait à peu près disparu avec Baroche, alors âgé de 80 ans et rentré à Urbin, avec Vanni et Salimbeni, ses gracieux imitateurs, letournés eux aussi à Sienne, leur patrie. Le sillage de Michel-Ange, très marqué encore, se suivait toujours. Du reste, les peintres toscans, favorisés par
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une succession de trois pontifes florentins, Clément VIII Aldobrandini, Léon XI Médicis, Paul V Borghèse, avaient déserté, pour ainsi dire, leur pays et envahi la capitale catholique.
Le premier peintre du moment, Joseph César d’Arpino ou le Josépin, était bien d’origine napolitaine; mais il devait ce qu’il savait à un Toscan, Christophe Roncalli de Pomérance : homme de 48 ans, il avait été très fêté, sept ans plus tôt, à la Cour de France et en était revenu très fier, peut-être même chevalier de Saint- Michel. Il s’était construit une magnifique demeure dans le haut du Corso, près de
Vatican
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E S. GiouajuU in oÿno F S. St^ano in Pi^ciuoln G Mots on deThomassin ^ôg2-j6o2,Parinnc H S. Thomas inParione \ délia Parc
K S -Nicolas des Lorrains (j633)
L LaGrue prés deVOurs, Logis de Collât M Légation de Toscane, PI. Nieosce N Magasin de Maiipin , Via Ripeita 0 Atelier de Tempes ta P Logis de P. P. Rubens , ViaCroce Q Logis d 'Israël l/enriet, PI. di Spania R Pal. Piecolomini , Academie de Franeejjôgo S Pal.Sali>iaU .Académie deFrance,J725-iSoo T Villa Médicis id. ihooagu
^ Villa Médicis T
Trinité du M^Pincio Minimes frant^ais
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Monument
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Madone des Monts
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Colisée