‹ Vie de Jacques IIChapitre 10 sur 28 · XL CONSEILS DU ROI JACQUES II · texte numérisé non relu

XL CONSEILS DU ROI JACQUES II

roi de n'avoir à son service qne des gens parfaitement honnêtes, il faut toujours qu’il leur donne la préférence. N’employez les esprits forts qu’avec les plus grandes précautions; ils sont. d’ordinaire athées dans leurs principes et fourbes dans leur conduite ; quant à ceux qui tournent à tous les vents , ils sont presque toujours lâches et sans jugement ; car s’ils en avaient ils ne se conduiraient pas comme ils le font. Dans tous les siècles et dans tons les pays il a existé de ce^ misérables , et vous feriez bien de lire les conseils que donna à ce sujet , sur son lit de mort , en parlant à son fils , don Enrique , roi de Castille , et frère de Pierre-le-Cruel.

S’il plaît à Dieu deme rétablir sur mon trône, et je me flatte que dans sa bonté il y condescendra, je m’efforcerai d’arranger les affaires de manière que vous puissiez gouverner mes états avec sûreté pouf la monarchie , et à la satisfaction de tous vos sujets. Un roi n’est jamais en sûreté à moins que ses sujets ne soient contents ; et le peuple ne peut non plus jouir en paix de ses propriétés, si le roi n’est tranquille de son côté , et en état de le protéger et de maintenir ses droits. Gardez donc votre prérogative , mais ne troublez point vos sujets dans leurs propriétés ou dans leur conscience. Rappelez-vous ce grand précepte : * Faîtes à autrui comme vous voudriez qu’on vous fît ; c’est la loi et les prophètes. Prenez bien soin que vos employés ne tourmentent pas le peuple -par des vexations , des poursuites et des projets. Songez qu’un roi doit être le père de ses sujets et leur porter Une ten-

Digitiz^

A SON FILS LE PRINCE DE GALLES. XLI dresse paternelle. Vivez en paix avec tous vos voisins: car il est bon que vous sachiez que les rois peuvent être des voleurs , tout comme les derniers de leurs sujets, et qu’ils sont punis de leurscrimes par le grand tribunal. Qle vous laissez donc point entraîner par l'ambition et par des idées d’une gloire terrestre, au point de vous faire oublier ce précepte divin , et ne soyez jamais tenté d’agrandir votre territoire par des acquisitions injustes ; soyez plutôt content de ce qui vous appartient. Tâchez d'établir la liberté de conscience par une loi. L’acte à'habeos corpus a été un grand malheur , tant pour le peuple ()ue pour la couronne, puisqu’il oblige de tenir sur pied une plus grande force militaire qu’il n’en aurait fallu sans cela pour protéger le gouvernement , et qu’il encourage les malinteiUionnés et les esprits turbulents et inquiets à former des projets criminels , en leur offrant une plus grande sécurité. C’est pour cela que le comte de Shaflsbury l’a proposé et qu’il l’a poussé avec tant d’ardeur.

Ne soyez jamais sans un corps considérable de troupes catholiques ; sans elles vous ne serez pas libre; et avec elles, le peuple sera reconnaissant de la liberté de conscience que vous accorderez. Ne vous laissez jamais entraîner à vous en départir. Notre bienheureux Sauveur a chassé les vendeurs du temple , mais je h’ai jamais entendu dire qu’il ait forcé personne d’y entrer. C’est une grâce et une faveur spéciale que le Dieu tôut-puissant accorde à ceux qu’il éclaire en les portant à embrasser la vraie religion ; c’est par la

XUI COKSEILS DU HUI JACQUES II douceur, rinstruclion et le bon exemple que l’on gagne les âmes, et non par la terreur; et je ne doute pas que si une fuis la liberté de conscience est éta- |>lie , on ne voie pn grand nombre de conversions. C’est là une vérité dont tous les protestan|s , tant de l’fùglise anglicane que Les autres, ne sont que trop couvaiipriis , et c’est pmp' cela qu’ils s’y opposent tous : aussi faudra- 1- il user d’une grande adresse pour l’obtenif. , ^

Rien n’a été plus fatal aux grands hommes que de s’ctre laissé aller à- l’amour défendu des femmes; ce vice est le plus attrayant de tous et le plus dihicile à réprimer si l’on ne s’y prend pas dès l’origine. Il est si universel parmi les jeunes gens, qu’il y en a bien peu qui se donnent le temps de réfléchir à son danger, $e laissant entraîner par le mauvais exemple et par les autres tentations dont le diable se sert pour assouvir son inimitié contre Les hommes. Personne ne devrait être plus sur ses gardes que vous, puisqu’il a plu à Di eu de vous faire naître dans le rang que vous occupez : carplus les hommes sontgrands , plusils y sont exposés, sur-tout quand ils jouissent de la paix, du repos et de l’abondance. Pour vous mettre d’autant plus sur vos gardes , vous n’avez qu’à vous rappeler l’exemple du royal prophète David qui , bien qu’un homme selon le cœur de Dieu , ne fut pas plus tét en tranquille possession de son royaume, qu’il oublia les grandes choses que Dieu avait faites pour lui, et se laissa vaincre à l’aspect d’une belle femmé , jusqu’à ofienser Dieu, pon-seulement par l'adultère , çuaiis

A SON FIJ.S LE PRrNCE DE GÂLEE&- XI'IU encore par le meurtre. Puissent tous ceux qui ont •' i le malheur de tomber en des crimes si énormes , se rappeler et imiter son repentir véritable et sincère, et ne pas oublier sur-tout que Diqp le punit dans ce monde pour pouvoir l’épargner dans l’autre. Ce n’est pas à moi à rien ajouter aux leçons des personnes vertueuses auxquelles je vous ai confié, ni auxeonseils de votre confesseur, qui }es uns et les autres tendent à vous perfectionner de plus en plus. Je dirai seulement que je vous engage à avoir toujours devant les yeux les bonnes instructions quevousenave? reçues, à lire de bons livres et à éviter l’oisiveté et la mauvaise société. La première expose à toutes sortes de tentations, et quant à la seponde , c’est un mir<tc)e que de ne pas s’en laisser entraîner. Ayex par-dessus tout horreur de tous ceux qui tiennent des (jiscours profanes el athées- fl n’y a malheureusetpent que trop de gens qui font pe qu’ik peuvent pour renverser le christianisme et tournept en ridicule toutes les religions ef tous les cultes , non-seulement en paroles , mais encore par leurs actions. Ce que je viens de dire et ce que je' vais ajouter est fondé d'abord sur le christianisme et sur la raison , puis sur l’expérience ellemême ; et quoiqu’il soit vrai que j’ai toujours eu de l’aversion pour les proianeS'et pour les athées, j’avoue néanmoins à ma honte que je me suis laissé trop aller à l’amour des femmes ; il m’a pendant long-temps dompté , et par le ntauvajs exemple et parce que je ne me sois pas assez tenu sur mes gardes aux premières attaques d’un ennemi si dangereux ; parce que je n’ai

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